Journal du reconfinement/Acte 3 ‘’Quand un gorille se frappe la poitrine, il donne des indications sur sa taille’’

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Il est toujours impressionnant de voir un gorille se frapper le torse. Mais le son produit traduit-il honnêtement la taille de son émetteur ? Une équipe de recherche s'est penchée sur la question…

Un gorille à dos argenté se frappant la poitrine. Photo : Dian Fossey Gorilla Fund (Cliquez pour agrandir)

Un gorille à dos argenté se frappant la poitrine. Photo : Dian Fossey Gorilla Fund (Cliquez pour agrandir)

Tap Tap Tap ! De l'aveu même des chercheurs, le battement sur la poitrine par les gorilles est l'un des sons les plus emblématiques du monde animal. Mais traduit-il toujours honnêtement la taille de son émetteur ? Une étude internationale pilotée par l'Institut Max Planck pour l'anthropologie évolutive s'est penchée sur la question.

https://secure.adnxs.com/imptr?id=57898&t=2Quand les dos argentés se frappent le torse

Chez les animaux, les signaux acoustiques sont d'une importance capitale, qu'ils soient vocaux ou non. Ils peuvent ainsi permettre aux mâles d'évaluer leurs rivaux et faciliter le choix du partenaire sexuel en traduisant la taille de l'émetteur ou alors sa forme physique. Difficile en effet de se faire entendre bien loin lorsqu'on est malade ou blessé. L'un des signaux non-vocaux les plus connus est le battement de la poitrine par les gorilles. Le primate se dresse sur ses membres postérieurs et frappe rapidement sa poitrine avec ses mains, produisant alors un son de tambour audible à plus de 1 kilomètre !

Ce comportement, généralement adopté par les mâles adultes, les fameux dos argentés, est parfois précédé de vocalisations et accompagné de grognements. Selon de précédentes recherches, il serait important pour la compétition entre mâles et la recherche du partenaire sexuel. "Les dos argentés se frappent la poitrine relativement rarement, en moyenne 0,5 fois toutes les 10 heures, mais peuvent se la frapper jusqu'à une fois toutes les quelques minutes pendant les rencontres intergroupes, souligne la nouvelle étude publiée le 8 avril 2021 dans la revue Scientific Reports. Les dos argentés battent également plus fréquemment leur poitrine les jours où les femelles sont en œstrus", c'est-à-dire en période d'ovulation. La corpulence des mâles reflète leur capacité à combattre et finalement leur rang dans le groupe et leur succès reproducteur. Mais les battements de la poitrine traduisent-ils efficacement une corpulence avantageuse ?

Un "signal honnête de la capacité compétitive"

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont enregistré de tels comportements et ont utilisé la photogrammétrie afin de mesurer la taille de mâles adultes gorilles de montagne (Gorilla beringei beringei) présents dans le Parc national des volcans au Rwanda. Ils se sont ensuite intéressés à la relation entre la taille du corps (plus particulièrement la largeur du dos) des primates, la fréquence (en hertz) maximum enregistrée lors du battement et trois caractéristiques temporelles : la durée, le nombre et la vitesse des battements (nombre de frappes par seconde).

"Nos résultats indiquent que les battements de la poitrine des gorilles de montagne transmettent de manière fiable des informations sur la taille du corps de l'émetteur", rapportent les auteurs de cette nouvelle étude. Les mâles plus grands émettaient systématiquement des battements de poitrine à des fréquences plus basses que les mâles plus petits. Donc, "le battement de la poitrine du gorille est un signal honnête de sa capacité compétitive". Cependant, les chercheurs n'ont pas trouvé de lien entre la taille et la durée, le nombre ou la vitesse des frappes sur la poitrine. Et même s'il s'agit là d'un premier pas dans la compréhension de ce signal non-vocal, les scientifiques remarquent que de futures recherches devront montrer si oui ou non les récepteurs prennent en compte cette information. Les rivaux fuient-ils devant des battements de basse fréquence ? Les femelles se rapprochent-elles ?

 

 

 

 

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Commenter cet article

Claire 22/04/2021 06:56

Les scientifiques se compliquent bien l'existence : je trouve la théorie de Martine tout à fait adéquate ! Mais, ce ne sont pas forcément ceux qui font le plus de bruit qui sont les plus intéressants : je parle ici des humains bien sûr...

Béa kimcat 21/04/2021 17:09

Intéressant !
Eh oui comment ne pas penser au Gorille de Georges Brassens dont on fête le centenaire de naissance.

Dominique 21/04/2021 11:11

Correction : préférées

Dominique 21/04/2021 11:10

Une de mes chansons de Brassens préférée. Une pique juste à la fin sur la peine de mort et pourtant un texte savoureux plus accrochant qu’un long réquisitoire...

Martine 21/04/2021 10:07

Et si ce comportement se traduisait -- peut-être, quoi que, on a la droit d'imaginer, s'pas ? --, aujourd'hui chez les humains mâles surtout (mais pas que, tant certaines femelles du genre ont adopté les comportements et les valeurs du groupe dominant, normal...) ce comportement se traduisait donc, je reprends, par... les pétrolettes, les motos, les autos (moins : la loi anti-bruit sur les voitures a bien freiné la tendance à ce type d’esbroufe sonore, largement compensé par l'esbroufe visuelle, tout aussi efficace) aux grosses cylindrées bruyantes et tapageuses. Bon, je m'amuse (mais peut-être pas tant que cela...)...

JC 21/04/2021 08:04

Mais oui bien sûr ! Gare au gorille.

Domi 21/04/2021 05:28

Mea culpa?