La Belgique maintient l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les débats en Belgique sur l'interdiction de l'abattage des animaux sans étourdissement préalable sont suivis avec attention à l'étranger. Les communautés musulmane et juive considèrent généralement que cette interdiction est contraire à leurs prescrits alimentaires religieux. Elle empêche donc la production de viande considérée comme hallal ou casher…

"On ne peut pas dire en même temps que l'on combat l'antisémitisme, que l'on protège les synagogues, et parallèlement nous empêcher de vivre nos traditions et notre judaïsme", s'indigne le président du consistoire israélite de France Joël Mergui, de passage à Bruxelles. "L'abattage rituel existe depuis que le judaïsme existe. Il n'est pas en contradiction avec le bien-être animal. Le bien-être animal est un concept fondamental, la liberté de culte également. Les deux sont compatibles."

Multiplication des interdictions

Les musulmans perçoivent de manière similaire les restrictions imposées aux méthodes d'abattage comme autant d'attaques contre leur liberté de culte. "Cette forme d’ingérence est particulièrement inquiétante parce qu’elle s’attaque de front à la liberté religieuse, une des valeurs fondamentales des Droits de l’homme et de notre Constitution belge", écrivait déjà en 2017 Mustapha Chairi, président du Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique.

Juifs et musulmans européens luttent contre une tendance à la multiplication des interdictions de facto des abattages rituels. La Région bruxelloise entame à son tour ce débat, après que les plus hautes instances de la justice belge et européenne ont validé les règles fixées en Flandre et en Wallonie.

Décrets validés

Des organisations juives et musulmanes avaient contesté devant la Cour constitutionnelle le décret flamand qui avait pour effet d'empêcher l'abattage selon les rites juif et musulman. La Cour belge s'était tournée vers la Cour de justice de l'UE. La Cour de Luxembourg a confirmé en décembre dernier la possibilité pour un pays d'imposer l'étourdissement préalable de l'animal lors de son abattage. La Cour constitutionnelle belge a dès lors validé les décrets régionaux.

Les militants des droits des animaux et les défenseurs de la laïcité se sont évidemment réjouis de cette confirmation. Pour Hervé Parmentier, secrétaire général adjoint du Centre d'Action Laïque, l'arrêt de la Cour constitutionnelle confirme que "si la liberté de religion et de conscience reste totale, les prescrits religieux doivent quant à eux se conformer à la loi civile et aux valeurs démocratiques qui la sous-tendent".

Une législation encore mouvante

“C’est une énorme déception pour les communautés religieuses, mais c’est surtout une honte pour notre pays", s'insurge en revanche Yohan Benizri, président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique, qui est aussi vice-président du Congrès juif européen. "Le combat, tant juridique que politique, ne s’arrêtera pas pour autant. Nous continuerons de défendre nos valeurs dignement et légalement", annonce-t-il

C'est que la législation dans les pays européens sur cette question est encore mouvante. Quelques pays ont banni l'abattage rituel (Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Slovénie). D'autres, comme les Pays-Bas et la Pologne, l'avaient également interdit avant de faire marche arrière. Les autres Etats tolèrent jusqu'à présent une exception religieuse à la règle générale européenne qui exige un étourdissement préalable à l'abattage.

Les interdictions en Belgique s’inscrivent dans le cadre d’une lutte à travers l’Europe entre les militants du bien-être animal et les représentants des communautés musulmanes et juives

Mais le débat se rallume régulièrement çà et là. En France, la diffusion d'un reportage du magazine Envoyé spécial de France 2 avait enclenché une polémique en 2012, qui s'est calmée depuis lors. Mais des personnalités surfant sur la vague identitaire remettent régulièrement le sujet en avant.

Le sujet est suivi attentivement en Israël. "Les interdictions en Belgique s’inscrivent dans le cadre d’une lutte à travers l’Europe entre les militants du bien-être animal et les représentants des communautés musulmanes et juives au sujet des méthodes d’abattage halal et casher", souligne le Times of Israel. Il note que "un combat similaire se déroule autour de la circoncision non médicale des garçons, ou milah, que certains militants des droits de l’enfant qualifient de cruelle". Ces débats seraient alimentés par des "activistes et politiciens anti-immigration" dans le but de minimiser la présence musulmane et juive en Europe.

Pression croissante

L'Exécutif des Musulmans de Belgique s'inquiète aussi de ce risque: "L'État de droit ne doit pas céder à la pression politique et sociale croissante des mouvements populistes qui mènent une lutte symbolique contre les minorités vulnérables à travers l'Europe", écrit l'Exécutif en réaction à la décision de la Cour constitutionnelle. Il dénonce "une mesure symbolique émotionnelle", qui force tous les citoyens à entrer dans "le carcan d'une solution fictive simpliste".

Certains soulignent que l'obligation de l'étourdissement préalable sur le sol belge poussera le secteur de la viande à importer des carcasses en provenance de pays qui permettent l'abattage rituel.

"Nous permettre de vivre nos traditions"

"Il faut que la Belgique et différents pays d'Europe revoient leur position sur ce sujet", implore Joël Mergui. "Si l'on veut que dans 10 ou 20 ans il y ait encore des lumières juives en Europe, il ne faut pas seulement assurer notre sécurité, mais aussi nous permettre de vivre nos traditions. Respecter le shabbat, manger casher, la vie familiale, se recueillir dans une synagogue: ces traditions ne menacent pas l'ordre public. On ne peut pas dire: 'on veut qu'il y ait un judaïsme en Europe, mais oubliez vos traditions'. Nous voulons continuer à apporter notre contribution au développement de l'Europe, mais il faut que l'on puisse continuer à pratiquer notre culte tranquillement."

RTBF (14.10.2021)

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux, Bidoche, Consommation

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Commenter cet article
A
Nous nous sommes vus refuser une bière dans un pays où la religion interdisait l’alcool. Donc si leur religion interdit la viande d’animaux abattus après étourdissement, c’est simple : il leur suffit de ne pas manger de viande
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J
L'article est intéressant, tout comme les commentaires. L'avis d'un religieux modéré serait également intéressant.
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J
Je l'ai souvent évoqué ici : l'abattage rituel est une horreur bien entendu inacceptable ! Il y a ces mises à mort barbares au nom de certaines ''religions'' qui, en tant que telles, sont insupportables et révoltantes et puis, il y a tout le business autour : ainsi, il faut le rappeler, la majorité des consommateurs de viande mangent ''hallal'' ou ''casher'' sans même s'en douter ! Les animaux abattus de la sorte ne sont pas tous destinés aux diverses confessions religieuses ou sont refusés par celles-ci pour des motifs quelconques et rejoignent systématiquent dans les rayons "classiques"... Je vous recommande à ce propos la lecture de « Halal à tous les étals », de Michel Turin (éd. Calmann-Levy) : c'est absolument consternant et mérite d'être connu par le plus grand nombre ! Et puis, il y a la taxe dite "hallal'', un sujet sur lequel ie reviendrais...
En attendant, saluons le législateur belge qui semble bien plus courageux que les nôtres !
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M
La religion n'a rien a voir la dedans c'est juste une vieille tradition qui a l'époque avait été instaurée pour des raisons sanitaires (comme l'interdiction de la viande de porc). Nous sommes au 21 siècle il serait temps d'évoluer, d'ailleurs un certain nombre de religieux juifs ou musulmans admettent que l'étourdissement préalable n'est pas interdit explicitement par la religion. C'est juste une vieille lune auquel s'accrochent les ultras religieux bornés qui font passer la lettre avant l'esprit et une bonne source de revenus pour les rabbins (ils sont payés pour superviser l'abattage rituel).
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J
Nous sommes au 21ème siècle … faut évoluer et cesser ces pratiques d’un autre âge, que ce soit sur l’animal ou sur l’être humain; bien évidemment ce sont des inventions de l’homme pour en asservir d’autres.
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Z
Cesser ces pratiques barbares est un minimum!
Amitiés Jean-Louis.
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B
Je ne comprends pas cette souffrance infligée à l'animal qui va être abattu au nom de la Religion...
Des traditions bien barbares... Des inventions humaines. Je suis d'accord avec Dominique, Dieu ne peut pas avoir imposé ça...
Bon début de semaine Jean-Louis
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D
les religions (toutes), les croyances, un verrou, une prison, à toute pure réflexion sur quelque sujet que ce soit.
Le pire est que les croyants n'ont pas conscience ou sont dans le déni de cet emprisonnement.
L'être humain ne pourra devenir humain que lorsqu'il ne ressentira plus le besoin de soigner ses névroses existencielles en plongeant par naïveté ou mimétisme culturel dans les filets des dogmes religieux de tous horizons.
Depuis des millénaires combien de millions d'animaux innocents sacrifiés ou maltraités sur l'autel de la religion ... sans oubliés femmes et hommes victimes du même obscurantisme...?
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D
Nous n’aurions jamais dû accepter ça . C’était faisable , « ils » se seraient adaptés ! Qu’est-ce que ces religions qui encouragent la barbarie et la souffrance. On peut avoir la foi et refuser ça, on le doit ! Ce n’est d’ailleurs pas Dieu si on y croit qui a imposé cela . Ce sont sont les Hommes au cours des siècles qui ont inventé des interdits et des obligations au gré de leurs intérêts ou leur soif de pouvoir et de mainmise sur les autres humains !!! Nous devons cesser ces pratiques immondes . Dans une société régie par l’argent et le profit ce sera difficile puisque sur chaque abattage( quel horrible mot) une petite part du profit va directement dans l’escarcelle des « Églises »
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