Les phoques dans la Somme menacés de toutes parts

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La côte Picarde est un espace naturel remarquable de notre pays avec ses hautes falaises de craies blanches, ses dunes sauvages, ses plages interminables de sables ou de galets et ses hots spots pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs… Et puis il y a les phoques.

Complètement disparus après-guerre des suites d'une chasse intensive pour la fourrure et la graisse, les phoques sont revenus petit à petit en baie de Somme dans les années 80. Photo © Laetitia Dupuis/AFP

Ces mammifères attirent une foule considérable et suscitent une telle frénésie qu’il n’est pas rare de voir plusieurs centaines de touristes agglutinés pour voir de plus près les phoques gris et veaux marins en train de nager paisiblement ou avachis sur la plage couchés sur le flanc, la moustache au vent et les nageoires en éventail.

Mais la popularité de cet animal est en train de se retourner contre lui. Chaque année, des perturbations provoquées par les humains sont constatées. C’est la raison pour laquelle des associations comme Picardie Nature, sensibilisent le public sur les menaces auxquels sont confrontés les phoques en raison de comportements inappropriés.

Quels sont ces risques ?

Les phoques sont inféodés au milieu terrestre pour se reposer, se reproduire ou allaiter. Et la période des naissances se passe en pleine saison estivale. Lorsque de jeunes phoques sont échoués sur la côte, beaucoup de personnes pensent qu’il s’agit de petits en détresse qui nécessite une capture. Or la plupart du temps, le jeune animal se repose en attendant simplement le retour de sa mère.

Pour ne pas mettre en péril la vie de ces animaux, il faut donc rester à bonne distance pour maintenir une zone de tranquillité. Un attroupement autour d’un phoque est toujours préjudiciable. Picardie Nature rappelle aussi que le phoque est un animal sauvage qui peut mordre ou griffer s’il se sent en danger. Le comportement des promeneurs et des curieux, ainsi que le tourisme de masse sont donc un réel problème pour ces animaux.

La vie d’un phoque dans la baie de Somme n’est pas un long fleuve tranquille et ces animaux sont également confrontés à l’hostilité de certains pêcheurs qui voient d’un très mauvais œil leur prolifération.

Qu’est ce qui provoque cette hostilité ?

Dans les années 80 les phoques ont bénéficié d’une politique de protection qui leur a permis de recoloniser les littoraux français pour le plus grand bonheur du public. Mais depuis ils sont aussi accusés de boulotter tous les poissons du coin jusque dans les filets des pêcheurs. La guerre est donc déclarée et les anti-phoques affirment que la pêche professionnelle et de loisir sont en train de tomber en raison du pillage des réserves de poissons par ces carnivores. Les ennemis jurés des phoques sont sur les dents et la querelle a tourné plusieurs fois au drame avec des animaux retrouvés criblés de plomb ou carrément décapités ou démembrés. On est loin de la peluche mignonne de notre enfance. Le phoque suscite donc à la fois la discorde et une admiration excessive…

Mathieu Vidard* (18.02.2020)

 

*Mathieu Vidard présente « La Terre au Carré » du lundi au vendredi de 13h30 à 14h30 sur France Inter.

 

 

 

 

 

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kimcat 30/03/2020 17:09

On devrait les laisser tranquilles...
Pauvres phoques, victimes des hommes...

dominique 27/03/2020 13:01

Proches de la baie de Somme nous nous y rendons parfois; j'ai toujours espéré voir les phoques mais ils sont au loin sur les bancs de sable..cela ne peut se faire qu'avec des jumelles que les bénévoles de Picardie Nature présents pour le comptage prêtent volontiers..;tant mieux les phoques d'ailleurs; aussi je suis étonnée de lire à quel point le tourisme les dérange...à moins que ce soit par bateau ! Heureuse de lire ici que ce sont plutôt les humains qui gaspillent le poisson, le prélèvent exagérément (je vise les bateaux usines et nous les consommateurs et non les petits artisans pêcheurs) et en cela nuisent aux phoques , à la biodiversité; et non l'inverse; oserai-je redire ici qu'il y a qq années dans Marianne, Guy Konopnicky avait consacré un article aux phoques de la Gironde qui affament les pêcheurs; mais depuis les mentalités ont évolué et je ne crois pas qu'il écrirait encore ça aujourd'hui !!! Je l'espère .

Claire 27/03/2020 12:35

Comme vous le faites fort justement remarquer : les hommes gaspillent énormément mais, qu’importe : s’il n’y a plus de poissons, c’est évidemment la faute des autres ! une telle mentalité est pitoyable et, sans doute, sans espoir de changement…

domi 27/03/2020 11:08

il s'agit de trouver un équilibre, s'il n'y avait pas assez de poisson à partager, les phoques iraient ailleurs, mais l'homme veut toujours la plus grosse part de gâteau, c'est pareil pour le cormoran

Jean-Louis 27/03/2020 12:20

Comme le fait remarquer notre ami JPL, cette hostilité envers les autres espèces qui se nourrissent de poissons n'a aucun sens : nous -les humains- sommes les pires gaspilleurs, nous jetons de milliers de tonnes de poissons tués pour rien... et nous nous permettons de nous prendre à ces "concurrents", sans le moindre respect de la législation d'une part, de la biodiversité par ailleurs ! Ce sont là des comportements éminemment déplacés qu'il convient de dénoncer sans complaisance aucune !
Oui, Domi, le Cormoran est effectivement un autre des ces mal-aimés...

Sylvie 27/03/2020 10:59

Laissons vivre ces pauvres phoques tranquillement !

Jean-Louis 27/03/2020 12:26

Dans un monde idéal, ce serait le cas mais, notre monde -celui de l'homme- est loin d'être idéal et, s'il y a conflit, ce n'est évidemment pas la faute des autres espèces mais, bel et bien, de la nôtre...

Stéphane 27/03/2020 09:46

L'empiètement des espaces révèle la tension des ressources sur chaque espèce.

Jean-Louis 27/03/2020 12:33

Les pires et les moins "partageurs" restent quand même les humains !

Jpl 27/03/2020 09:30

Comme d’habitude, on s’en prend aux phoques alors que les pires préleveurs sont les pêcheurs. Pas une seule prise en considération des méfaits qu’eux mêmes imposent à la nature, pas de zone réserve naturelle pour la reproduction des poissons, une pêche sans discernement avec rejet à la mer de 30% des prises mortes, je comprends les craintes de la profession mais s’en prendre à l’animal est simpliste.

Jean-Louis 27/03/2020 12:23

Tu résumes parfaitement bien la situation, merci !
J'espère que, tous les deux, vous allez bien !
A bientôt ici même...

Kabelac 27/03/2020 09:25

Je suis pour la defense des phoques et tous les autres animaux migrateurs
Protégeons nos phoques et notre baie Somme contre des individus mal intentionnés. Je suis de Mers les Bains bien cordialement

Jean-Louis 27/03/2020 12:22

Merci pour votre commentaire Kabelac : il m'est arrivé de passer aussi à Mers-les-Bains lors de mes divers séjours en baie de Somme ou en proche Pas-de-Calais (Berck).
N'hésitez pas à revenir sur mes pages !

Jean-Louis 27/03/2020 05:51

C'était le mois dernier...
Avec le confinement, eux aussi auront un peu de répit puisqu'en principe nul n'est plus censé se balader sur les plages ! A moins que les imbéciles qui ne voient dans les phoques que des dévoreurs de poissons, ne bénéficient d'une dérogation ce qui ne m'étonnerait pas vraiment !
Ainsi, j'ai lu, hier, que les chasseurs avaient le droit d'aller "agrainer" les sangliers dans l'Aube (voir ici : https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/aube/troyes/aube-prefet-autorise-chasseurs-nourrir-sangliers-limiter-degats-1806876.html ).
Dans notre pays, il faut décidément toujours qu'il y ait des exceptions... et pas vraiment pour les bonnes causes !