Végan ou végétarien : penser la « terreur » carnivore

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Plusieurs parutions contribuent à réfléchir au régime carné, dont « L’Humanité carnivore », de Florence Burgat.

L’Humanité carnivore, de Florence Burgat, Seuil, 472 p., 26 €.

L’Humanité carnivore, de Florence Burgat, Seuil, 472 p., 26 €.

Peut-être dira-t-on un jour que l’Europe en déclin au début du IIIe millénaire aura su conserver une avance sur un point : devenir une sorte de laboratoire où s’étend, au moins intellectuellement, l’espace des droits. Le moment actuel de cette histoire pourrait bien être celui de l’animal, à constater la diversité et la richesse des approches qui lui sont consacrées, enparticulier en France. Une masse de travaux dont, du côté des philosophes, Manifeste animaliste, de Corine Pelluchon, et, du côté des historiens, les Biographies animales, d’Eric Baratay, concourent à une prise de conscience non seulement des souffrances que l’homme inflige à la bête mais aussi à une remise en question des limites qui définissent l’humanité par rapport aux animaux.

 

L’Humanité carnivore, le nouveau livre à la fois savant et militant de la philosophe Florence Burgat, qui a fait de la condition animale un objet d’études et une cause, s’inscrit dans ce courant. Sur le spectre des spécialistes d’une question à laquelle elle a consacré une dizaine d’ouvrages, elle occupe une position parfois jugée radicale.

 

Non contente de prôner que soit mis fin au martyre des bêtes dans les abattoirs ou ailleurs, elle défend la thèse d’une continuité entre l’homme et l’animal. Au point de mettre ici en équivalence l’anthropophagie avec la « zoophagie », la consommation de viande. Le cannibalisme n’est-il pas, soutient-elle, « une sorte de loupe grossissante qui fait voir le zoo-carnivorisme sous une lumière crue et dont la pratique, parce qu’elle est ordinaire, est à peu près toujours épargnée » par la répulsion qui s’attache à la manducation de chair humaine ?

 

Réveiller notre étonnement philosophique

 

Contre cette occultation, Florence Burgat s’efforce de réveiller notre étonnement philosophique. Il s’agit de défaire une pseudo-évidence qui a fini par assimiler l’être humain au mangeur de viande et l’animal à une pièce de boucherie « bonne à manger » (et non à la victime d’une violence meurtrière). Quand cette violence est baptisée pompeusement « sacrificielle » par certains ethnologues, ceux-là deviennent complices, à ses yeux, d’en voiler la cruauté sous le rite. Pour mieux frapper ses lecteurs, elle recourt à une stratégie argumentative portant sur les affects, en cherchant à rabattre l’horreur éprouvée...


LE MONDE DES LIVRES | Nicolas Weill (01.03.2017)

 

 

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CENKI François 16/03/2017 13:10

Petite image à méditer :
Quand des mangeurs de viande regardent un agneau,
ils voient une côtelette.
Quand des végétariens regardent une côtelette,
ils voient un agneau. 

Sans oublier tous ceux qui ne font plus le lien.

Et vous, que voyez-vous ?

La viande ne devrait pas nous mettre l’eau à la bouche
mais les larmes aux yeux !