De quel droit exploitons-nous les animaux ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Correspondant bas-rhinois de l’association végétarienne de France, François Cenki milite pour une alimentation éthique à tous points de vue.

François Cenki de l'Association Végétarienne de France

François Cenki de l'Association Végétarienne de France

Réduire son alimentation carnée, c’est déjà bien. Supprimer tout produit d’origine animale, c’est mieux et « surtout plus cohérent » souligne François Cenki. Il y a sept ans, après déjà quatre décennies de végétarisme, il s’est reposé la question de son engagement pour conclure qu’il n’était pas allé au bout de sa logique. Il a donc évolué vers le véganisme car « même pour du lait, des œufs ou de la laine, l’exploitation mène inévitablement à la maltraitance ». La promotion du bien-être animal ne serait selon lui qu’un moyen pour les hommes « d’apaiser leur conscience » voire un écran de fumée pour cacher le fait qu’en réalité, « l’homme n’a pas besoin de produit animal pour vivre et encore moins survivre. Ce n’est pas parce que l’homme de Cro-Magnon mangeait de la viande qu’il faut continuer ! »

S’appuyant sur l’antispécisme qui refuse toute forme de discrimination basée sur l’espèce (pourquoi mange-t-on du cochon et pas du chien ? Pourquoi l’homme s’arroge-t-il le droit de vie ou de mort sur la faune ?), il appelle « à respecter le droit fondamental des animaux à vivre leur vie et à ne pas souffrir inutilement ».

Pire, les régimes carnés ou laitiers accélèrent la destruction de la nature et le réchauffement climatique, sont facteurs de troubles sanitaires liés à la malbouffe et « entretiennent l’illusion que l’homme est naturellement carnivore ». Or l’OMS considère la viande rouge comme probablement cancérogène et les viandes transformées comme avérées.

Document L214

Document L214

L’humanité omnivore se fait du mal

Les élevages toujours plus intensifs voire carrément industriels grignotent et polluent les terres (l’élevage emploie 70 % des terres agricoles), épuisent les réserves en eau (pour produire un litre de lait il faut 1 000 litres d’eau) ou poussent à la déforestation pour cultiver le soja pour le bétail.

D’ailleurs, les conséquences sociales des régimes carnés vont bien au-delà de ce que l’on imagine habituellement : « les pays pauvres exportent des céréales pour nourrir nos animaux alors que leurs populations souffrent de la faim ». Pour ne citer qu’un exemple, « un cochon de 50 kg peut nourrir 200 personnes ; les céréales qu’il aura mangées auraient pu en nourrir 1 800 ».

Chacun peut être sensible à l’un ou l’autre argument « mais tout se tient. Tous les problèmes peuvent se résoudre par une alimentation la plus végétale possible ». Et si en plus, les produits sont bio et d’origine locale, l’agriculture après une inévitable période de transition, y retrouverait son compte.

 

100 % sans produit animal

Vegan (né de la contraction de vegeterian), végane, végétalien intégral, quels que soient les termes utilisés, ils renvoient tous à un mode de consommation excluant tous les produits d’origine animale. Dans l’alimentation (régime sans chair animale, sans œufs, sans laitages), dans les cosmétiques (pas de test sur les animaux), dans l’habillement (pas de laine, de soie, de cuir,…), dans la vie quotidienne (pas de bougies en cire d’abeille,…), rien ne doit encourager l’exploitation des animaux.

Document L214

Document L214

Un goût de revenez-y

De la fécule de pommes de terre et de l’huile de noix de coco en lieu et place de la mozzarella sur la pizza, du jus de pois chiche pour faire des meringues aussi bonnes qu’avec des blancs d’œuf, du jacquier (quand le fruit est encore vert) pour remplacer la viande dans les potées, des merguez à base de haricots rouges,… «Essayez, vous serez surpris », répètent à l’envi les véganes aux tenants de la gastronomie traditionnelle. Et s’il est parfois difficile de trouver des produits V élaborés dans le commerce (sauf outre-Rhin où le veganisme est bien plus répandu ou par internet avec notamment la Boutique Vegan dont les entrepôts sont situés à Sasbach près d’Achern), il existe une multitude de blogs (dont l’excellent Atelier du barbu ) où l’on peut pêcher de savoureuses recettes végétaliennes.

 

Société - Bien-être animal

Un appel à ne plus consommer d’agneaux à Pâques

Les associations C.OR.E (Christian ORganization for Ecology) et FSLIRA (Fraternité Sacerdotale et Laïque International pour le Respect de l’Animal) entendent sensibiliser les chrétiens ainsi que les autorités catholiques, orthodoxes et protestantes, à la cause de l’agneau pascal.

Leur objectif ? Que soit mis un terme à la consommation de chair d’agneau à Pâques. Les deux associations dénoncent en France le « doublement en quantité de la consommation de chair d’agneaux, bébés ovins mis à mort avec toute la souffrance générée par la violence du processus. »

C.OR.E et FSLIRA ont décidé d’agir suite à la diffusion de deux vidéos par l’association de protection animale L214 avant Pâques 2016. Pour cette cause spécifique, un blog doit être créé, qui exposera leurs arguments théologiques ainsi que des informations sur l’abattage des agneaux.

Une « pétition pour l’abolition de la tradition concernée » est lancée sur Avaaz et Change. Elle sera remise au Pape, à la Conférence des évêques de France, au Conseil des conférences épiscopales d’Europe, à l’Assemblée des évêques orthodoxes de France ainsi qu’à la Fédération protestante de France.

 

Mode de vie - Alimentation végane

Recettes éthiques

Que ce soit pour des questions d’éthique, d’écologie ou d’allergies, le véganisme fait de plus en plus d’adeptes au point que l’offre peine à répondre à la demande.

Les burgers servis dans le Good truck d’Anne Bavay sont tout simplement bluffants. Photo : DNA - Christian Lutz-Sorg

Les burgers servis dans le Good truck d’Anne Bavay sont tout simplement bluffants. Photo : DNA - Christian Lutz-Sorg

Des glaciers qui proposent au moins une glace végane dans leur palette de parfums, des restaurateurs bio, végétariens ou indiens qui inscrivent à leur menu quelques plats dont aucun ingrédient n’est d’origine animale, des pâtisseries sans beurre, sans œufs, sans lait,… Difficile de passer à côté du véganisme.

Le phénomène n’a pourtant rien à voir avec un quelconque effet de mode alimentaire, bien au contraire. Le végétalisme est soit contraint par des allergies, soit motivé par la compassion pour les animaux, soit encore mûrement réfléchi quand il est pratiqué de manière intégrale.

Cassandra Lorentz par exemple y est venue à cause de ses allergies. « Beaucoup de gens comme moi mangent vegane parce qu’intolérants au lactose ou aux œufs » indique la jeune femme qui craint également le gluten. Mais force était de constater que le choix pour les gourmands n’est pas pléthorique. À l’occasion d’une reconversion professionnelle, la jeune femme s’est donc décidée à occuper un créneau prometteur : la pâtisserie vegane, sans beurre, sans crème, sans œufs et sans gluten…

Par amour des animaux

Dans son laboratoire de Wiwersheim (Cassy’s Bakery), elle s’active pour livrer ses partenaires revendeurs à Strasbourg et répondre aux commandes des particuliers. Elle a dû faire des tests pour adapter les pâtisseries mais avec par exemple des bananes comme substitut aux œufs, des laits végétaux ou de la margarine « on ne voit pas la différence. On a même plus de diversité gustative ».

Beaucoup de végétaliens le sont par amour des animaux, soit depuis toujours, soit après avoir vu les vidéos chocs tournées dans des abattoirs par l’association L 214. Tout en dénonçant la brutalité des élevages et des abattoirs, l’association de protection animale fait la promotion du véganisme. « Le site vegOresto par exemple qui recense les établissements proposant au moins un repas vegan de façon pérenne a été lancé par L 214 », rappelle sa représentante alsacienne Fabienne Woelfflin. On y trouve les adresses des snacks, salons de thé et restaurants végétaliens en Alsace dont certains comme Velicious ou l’ Eden sans gluten à Strasbourg, l’ Arpège à Colmar, la Tête de chou à Mulhouse se sont déjà taillés une belle réputation.

Le test de la qualité gustative

Tous ne sont pas 100 % véganes faute d’avoir « une vision plus globale que la simple alimentation, note Elodie Navet, présidente de l’association alsacienne Avenir Vegan. Mais on constate ces dernières années une évolution assez marquée vers un renforcement de l’offre ». Ce n’est plus seulement la protection des animaux qui motive ces établissements mais « également le souci de l’homme et de la planète ». Le passage du végétarisme au végétalisme mène naturellement au véganisme.

Si cuisiner sans viande n’est pas problématique, réaliser des préparations sans lait, beurre, fromage ou œufs oblige à oublier quelques bases culinaires pour en apprendre d’autres. Ce léger réapprentissage mis à part, « la cuisine végane n’est pas plus compliquée » rassure Anne Bavay convertie par éthique. La jeune femme balade depuis un an son camion restaurant 100 % vegane baptisé Veg’Anne, alternativement à Oberhaslach où elle a son labo, Dorlisheim, Lutzelhouse, Illkirch-Graffenstaden ou encore Strasbourg (square Tivoli et bientôt à la Petite-France). Ce mode de vente permet à des curieux de goûter à ses burgers végétaux, ses muffins ou ses mousses au chocolat. Et de revenir tant ils sont bluffés par la qualité gustative. Le bouche-à-oreille fonctionne si bien qu’elle va bientôt devoir embaucher une deuxième salariée pour suivre le rythme. « Car tout est fait maison ne serait-ce que parce qu’il n’existe pas de produits déjà élaborés (ndlr : forcément sans œuf) comme la mayonnaise dans la restauration classique ». De même, il faut savoir trouver les produits véganes à la base des préparations, quête souvent problématique en dehors des boutiques bio. Les Alsaciens ont de la chance de pouvoir trouver ce qui leur manque outre-Rhin où l’offre s’est déjà imposée comme une évidence.

Cette absence de commerce réellement spécialisé peut être une aubaine que Camille Lamotte va prochainement saisir. Elle ouvrira le 3 juin une boutique appelée L’ère vegane dans l’écoquartier Danube à Strasbourg et proposera de l’alimentaire bien sûr mais également des cosmétiques et de l’habillement. « J’en avais assez de retourner toutes les étiquettes avant d’acheter ». Là, les véganes pourront s’approvisionner en toute confiance parmi quelque 800 références, presque exclusivement bio qui plus est. Une exigence qui tombe sous le sens.

DNA/Simone Wehrung (31/03/2017)

Publié dans Bidoche, Initiative, Portrait

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Roger Lançon, Eckbolsheim 08/04/2017 06:00

« Simone Wehrung a développé toutes les raisons d’adhérer à cette forme d’alimentation, santé, écologie, droit des animaux, en oubliant un peu vite que manger de la viande est une loi de la nature ; les uns mangent les autres sans grand souci du bien-être de la proie. Mais nous sommes des êtres humains et nous pouvons et devons nous comporter autrement que les animaux sauvages.
Jusqu’à présent, les adeptes du végétalisme et du véganisme nous expliquaient que l’on peut très bien s’accommoder de plantes et de graines. Mais voilà que des scientifiques comme le botaniste Francis Hallé nous démontrent que les plantes sont complexes et sensibles, se révèlent plus abouties que les animaux, qu’elles interagissent entre elles, communiquent et qu’elles ont une forme d’intelligence. Comme nous ne pouvons vivre de photosynthèse, nous devons nous plier aux exigences de la nature : manger ce que nous avons toujours mangé. »

Paul Urban, Baldenheim 08/04/2017 05:59

« J’aimerais rappeler qu’un porc de 100 kg issu de mon élevage aura mangé environ 300 kg d’aliments secs mais pas uniquement des céréales.
Il aura consommé 75 kg de lactosérum (petit lait) provenant des laiteries de la région, 70 kg de soluble de blé (coproduit de la transformation du blé en amidon), 20 kg de son de blé, 40 kg de tourteaux de colza et de tournesol (reste après extraction de l’huile), les céréales -maïs, blé, orge- ne représentant qu’un tiers de sa ration.
Je pourrais aussi citer les pulpes de betteraves provenant de la sucrerie d’Erstein qui sont consommés par les bovins de la région ainsi que les milliers de tonnes de drêches (résidus de la fabrication de la bière à partir de l’orge germée) qui sortent de nos brasseries alsaciennes intégralement consommées par nos animaux d’élevage.
Ces matières premières qui ne sont pas directement consommables par l’homme sont recyclées en viande, lait et œuf, de haute valeur nutritionnelle. Tout cela n’est pas nouveau, mon grand-père récupérait déjà le petit-lait à la laiterie du village pour nourrir ses cochons. »

Denis 02/04/2017 09:58

Un appel à ne plus consommer d’agneaux à Pâques ...
Quelle excellente idée ! Quelques gigots flageolets en moins je ne suis pas contre.

Maintenant comment dire sans me faire traiter de raciste anti islamiste que les mètres-cubes de sang versés chaque année au nom d'une religion dans des conditions barbares me soulèvent le cœur et l'estomac ?

Si d’aucuns d’entre vous en connaissent une qui sacrifie chaque année les cons dans les mêmes proportions je veux bien m'y convertir sur le champ… et pourquoi pas finir "évêque" ou "imam" : les moutons, j'en suis certain, s'en réjouiraient !

Martina 31/03/2017 19:54

J'ai lu avec enthousiasme cet article dans les DNA de ce matin, d'autant plus que chaque année à la période de Pâques je souffre et pense avec tristesse à ces pauvres agneaux de quelques jours, des bébés, sacrifiés pour quoi ??? Pour terminer avec du positif, j'ai eu le plaisir de goûter aux bonnes choses d'Anne lorsqu'elle était avec son Good truck sur la Place Gutenberg lors d'une manif : un régal...