Prix Nobel : les animaux aussi méritent la reconnaissance

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Alors que des chercheurs viennent de comprendre comment ralentir le vieillissement grâce au poisson zèbre, on oublie souvent que sans les animaux, jamais les scientifiques ne seraient parvenus aux découvertes qui leur ont valu un prix Nobel.

Bien sûr, il convient de rendre hommage au génie humain mais on en oublie bien souvent que l’animal a contribué à l’excellence. Une brochette de Prix Nobel n’aurait jamais connu la gloire sans une faune en tout genre qui a permis leurs travaux. Le temps est venu d’honorer ces héros de l’ombre.

Plongeons d’abord dans l’univers marin. Le bilan est éloquent : treize Prix Nobel de chimie ou de médecine ont été décernés suite à des travaux réalisés à partir d’espèces aquatiques. Parmi les plus exemplaires, la famille des échinodermes, c’est-à-dire des étoiles de mer et des oursins, mérite une attention particulière. Commençons par ces derniers.

Convenons qu’outre leurs piquants, dont le nombre peut dépasser les 5 000, ils sont d’autant moins prometteurs qu’on ne leur reconnaît pas de vrai cerveau, que leur locomotion est aléatoire ou qu’ils sont incapables de nager et pas davantage de voir. Se méfier pourtant des jugements trop hâtifs. En se penchant sur la reproduction des oursins, Sir Tim Hunt, biochimiste britannique, constate leur fantastique potentiel. Une seule femelle peut produire près de 20 millions d’œufs par ponte.

Or, les cellules d’œufs se divisent à un rythme incroyable, une toutes les heures, alors qu’il faut 18 heures pour la division d’une cellule humaine. Par ailleurs, il observe qu’après la fécondation, l’abondance d’une protéine augmente puis disparaît. Il vient de découvrir comment la cellule contrôlait la division ainsi que le rôle important des « cyclines » (protéine au comportement cyclique) dans les cancers du type poumons, seins, etc. Cette découverte a valu au chercheur d’être nobélisé « médecine ou physiologie » en 2001.

De la limace de mer au calmar

Bien avant lui, le physicien allemand Otto Heinrich Warburg, travaillant également sur les oursins, met en évidence que seul un spermatozoïde a le privilège de féconder un ovocyte. Il reçut le Prix Nobel de « médecine ou physiologie », en 1931.

Toujours dans l’univers marin, c’est la limace de mer qui inspire Eric Kandel, professeur de biochimie à l’Université Columbia de New York. Avec son équipe, il démontre qu’une stimulation tactile répétée réduit les neurotransmetteurs, ce qui contribue à apporter un éclairage sur l’apprentissage et la mémorisation. En 2000, il est distingué par le Prix Nobel. Considéré comme le père de l’immunité cellulaire, le russe Ilyah Mechnikov a travaillé sur l’intestin des anémones pour comprendre comment une cellule pouvait englober et digérer une substance étrangère. En 1908, son parcours est honoré par le Prix Nobel. Le physiologiste français, apôtre du pacifisme, Charles Richet, révèle la pathologie de l’allergie grâce aux effets produits par le venin de l’anémone de mer. Il est nobélisé en 1913.

L’axone géant du calmar est aujourd’hui considéré comme la cellule nerveuse la plus grande du règne animal. Elle peut afficher 1 millimètre de diamètre pour près d’un mètre de longueur. Les biologistes Alan Hodgkin et Andrew Huxley du laboratoire marin de Plymouth, au Royaume-Uni, ont démontré la transmission d’influx nerveux grâce à cette cellule, ce qui leur valu un Prix Nobel en 1963. Le japonais Osamu Shimomura, fasciné par les méduses, s’est attardé sur leur bioluminescence. Il a révélé la protéine fluorescente verte désormais largement utilisée en biologie et sera couronné par le Prix Nobel de chimie en 2008.

À cette liste éloquente, Gilles Bœuf, spécialiste de physiologie environnementale et de biodiversité, ajoute dans « Océan et recherche biomédicale » (Journal de la Société Biologique) les travaux de Jack Szostak, Elisabeth Blackburn et Carol Greider qui ont conduit à un Prix Nobel de médecine en 2009.

« Ces chercheurs ont fait évoluer les connaissances sur le vieillissement et sur les enzymes télomérases grâce à un organisme « apparemment  totalement inutile », le tetrahymena, un petit protozoaire cilié qui vit dans les flaques d’eau », s’enthousiasme Gilles Bœuf qui, au-delà des Prix Nobel tient à souligner les apports de molécules extraites du vivant comme agents anticancéreux, antibiotiques, antiviraux, antifongiques, etc. « Pour le milieu marin, les éponges produisent à elles seules plus de 30 % de ces produits. On estime à quelque 25 000 le nombre de produits d’intérêts pharmacologiques ou cosmétiques déjà obtenus grâce aux modèles océaniques », tient à souligner le chercheur.

Des tests quasi systématiques

Abandonnons les profondeurs marines pour rencontrer d’autres personnages qui se sont appuyés sur l’animal avant d’être honorés du Prix Nobel. La généticienne allemande Christiane Nüsslein-Volhard a passé plus d’un an à croiser 40 000 familles de mouches drosophiles et à examiner, avec son collègue Eric Wieschaus, leurs caractéristiques génétiques, ce qui a apporté une contribution essentielle à la compréhension du développement embryonnaire précoce, des avortements ou encore des malformations congénitales chez les humains. Le Prix Nobel lui est accordé en 1995.

Revisitant l’histoire des Prix Nobel liés à l’animal, il paraît opportun de rendre hommage à toutes les bestioles qui ont subi l’expérimentation pour parvenir à la connaissance. « 90 % des Prix Nobel s’appuient sur des tests », souligne Ivan Balansard du CNRS en ajoutant «  Sans moutons, pas de Prix Nobel en 1905 pour avoir compris les mécanismes de la tuberculose. De même, sans rongeurs ni primates, pas de Nobel en 2008 pour les travaux sur le sida ».

Le scientifique rappelle également que « l’objectif de la réglementation européenne est bien d’arriver à zéro animal en expérimentation ». Cela signifierait-il que le glas a sonné pour les « Nobels animaliers »? Sûrement pas car les potentialités de recherche à partir de cellule deviennent chaque jour plus performantes. Ensuite, il existe d’autres manières de cohabiter avec l’animal, trois Prix Nobel en font l’admirable démonstration. En octobre 1973, Konrad Lorenz était reconnu pour ses travaux sur « l’imprégnation des oiseaux » et, plus généralement, sur l’éthologie (l’étude du comportement animal). La même année, Karl Von Frisch se distinguait par ses études sur la communication des abeilles par la danse. Quant à Nicolaas Tinbergen, il était également récompensé pour ses découvertes sur le comportement animal. Tous trois ont incontestablement contribué à faire évoluer le respect que l’on doit à l’animal.

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

 

 

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Z
Article trés intéressant ! Puisse le respect pour l'animal devenir une valeur humaine , on est encore bien loin du compte! Hélas!
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B
Oui c'est un article très intéressant...<br /> Respectons l'animal !!!
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C
Cet article est vraiment intéressant et démontre hors de tout doute la contribution,.volontaireme et surtout involontaire, des animaux! Maintenant, c'est bien de ne plus les faire souffrir : ils ont assez donné... Coup de coeur pour le dernier paragraphe! Bonne semaine!
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