En France, les oiseaux des jardins sont de plus en plus populaires

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Largement pratiquée dans les pays anglo-saxons, l'observation des oiseaux des jardins connaît un développement croissant dans l'Hexagone. Lorsque la science participative vient renforcer la communauté des chercheurs, ce sont les espèces qui en bénéficient.

Mésange charbonnière (Parus major). Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Mésange charbonnière (Parus major). Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Il y en a qui comptent les moutons en s’endormant, d’autres qui comptent les oiseaux en se réveillant, les deux activités n’étant, du reste, pas incompatibles. Depuis 10 ans, en effet, des ornithologues amateurs se soumettent à un protocole aussi simple que rigoureux initié par le Muséum National d’Histoire Naturelle pour observer et comptabiliser les populations d’oiseaux près de chez eux.

L’opération est proposée deux fois par an, en hiver les 28 et 29 janvier et au printemps les 27 et 28 mai. La méthode : choisir un créneau d’observation, idéalement en fin de matinée lorsque la journée devient plus chaude et, par conséquent, les oiseaux plus actifs. Trouver un lieu d’observation, un jardin ou un balcon, à la ville comme à la campagne. Même un parc public peut convenir. Et enfin, compter durant une heure tous les oiseaux qui visitent l’espace. Pour les reconnaître plus facilement, des fiches sont disponibles sur l’Observatoire des Oiseaux des Jardins. Il ne reste plus alors qu’à transmettre les données à l’Observatoire en question.

Plus de six millions d’oiseaux identifiés

À l’origine, il faut bien admettre que seuls quelques initiés s’engageaient dans cette démarche citoyenne. Mais leur mouvement a fait école. Chaque année, les amateurs sont plus nombreux à s’investir. « Ils participent de manière remarquable à l’enrichissement des connaissances. Le succès de cet observatoire apparaît ainsi comme un signal fort qui témoigne de l’engagement croissant de la société civile auprès de la communauté scientifique », se réjouit Bruno David, président du Muséum National d’Histoire Naturelle.

Effectivement, la participation a été multipliée par 10 depuis 2012 pour atteindre le chiffre record de 24 048 contributeurs lors du dernier comptage de 2022. En une décennie, l’opération a été réalisée au moins une fois dans près de 100 000  jardins répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain.

Reste l’essentiel, ce que révèle l’opération. Le bilan comptabilise près de 6,5 millions d’oiseaux identifiés pendant près de 150 000 heures, ce qui correspond à l’équivalent de 16 années d’observations cumulées pour un ornithologue. Mais cette base de données n’a d’intérêt que pour évaluer l’état des populations d’oiseaux. La démarche est d’autant plus importante que les oiseaux sont considérés comme des indicateurs scientifiques de l’état de la biodiversité.

Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros). Photo : Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Rougequeue noir (Phoenicurus ochruros). Photo : Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

La destruction des écosystèmes

En clair, là où leur population est en nombre, c’est l’ensemble du cortège du vivant (reptiles, insectes, mammifères…) qui s’épanouit. Si au contraire les oiseaux diminuent, c’est la biodiversité qui s’efface. Or, au cours des dix dernières années, les effectifs de 41 % des espèces rencontrées dans les jardins ont diminué, confirmant le déclin lié à la destruction globale des écosystèmes naturels déjà observés par ailleurs.

Dans la liste des victimes, le martinet noir figure en triste place avec une chute de 46 % de ses effectifs. On explique cet effondrement par la disparition des insectes volants due aux insecticides, les rénovations de bâtiments qui réduisent les possibilités d’accès pour nicher et aussi le réchauffement climatique qui conduit les jeunes, pas encore emplumés, à se jeter dans le vide pour échapper aux trop fortes chaleurs. L’hirondelle des fenêtres n’est guère mieux lotie avec moins 42 % de ses populations. Le verdier d’Europe se fait également plus rare : 56 % de ses effectifs ont disparu.

Curieusement, les comptages réalisés en hiver font apparaître une augmentation de près de 50 % des espèces, en particulier granivores, alors que le nombre d’oiseaux évalué en période de reproduction est en nette diminution. Comment expliquer cet étrange décalage? Les observateurs ont constaté que bon nombre d’espèces qui se nourrissent de graines en tous genres fuyaient les terres agricoles intensives en raison de la raréfaction des ressources alimentaires. Et c’est vers les jardins, souvent agrémentés de mangeoires, qu’ils trouvaient leur salut.

Mésange nonnette (Poecile palustris, anciennement Parus palustris). Photo : Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Mésange nonnette (Poecile palustris, anciennement Parus palustris). Photo : Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Un véritable engouement

C’est ainsi qu’une espèce comme le chardonneret élégant, dont les populations ont chuté de moins 36 %, peut se trouver en augmentation lors du comptage hivernal dans les jardins. Le pinson des arbres, lui aussi, semble profiter des jardins, malgré une grave diminution de ses effectifs durant les années 1990, il se stabilise en enregistrant même une légère augmentation.

Plusieurs milliers d’observateurs se sont déjà inscrits pour le week-end prochain. Ce qui s’apparentait à la passion insolite de quelques-uns est devenue un véritable sport national. Cet engouement s’est notamment vérifié en pleine période de Covid. Ne voulant rester inactive, la LPO avait proposé l’opération « Confinés mais aux aguets ».

Il s’agissait d’observer, depuis son balcon ou son jardin, les espèces qui fréquentaient l’espace. Résultats inespérés! En quelques semaines, plus dun million de données enrichissaient les connaissances. Les Anglo-Saxons, jusqualors grands amateurs de « Bird Watching » (« observation des oiseaux ») pourraient bien se faire distancer par les Français sans cesse plus enthousiastes.

Ne pas oublier pourtant que toutes ces initiatives visent un objectif essentiel : faire un état des lieux pour venir en aide aux espèces les plus touchées. C’est là que les difficultés commencent car il faut remettre en cause une partie de notre modèle agricole ou de l’aménagement du territoire. Face au béton et à la chimie, la plume ne pèse pas lourd.

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

 

 

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D
Cela fait des années que mes amis de la campagne observent plus de passereaux chez eux où ils sont nourris; ils pensent qu'ils quittent les champs, ou même les bois pour échapper aux pesticides. Allain Bougrain-Dubourg aujourd'hui nous alerte aussi sur la mort des dauphins sur nos côtes à cause des filets de pêche ; on peut signer et c'est vite fait, je l'ai fait en un rien de temps pour mon mari et moi et vais le faire pour les enfants qui seront d'accord mais ne prennent pas toujours le temps de participer à ce genre d'action. Je peux envoyer le mail à Jean-Louis pour diffusion mais je pense que grand ami actif de la LPO il l'a reçu.
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B
Que j'aime voir et observer nos petits oiseaux de jardin !
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J
Observer, aimer les oiseaux, les nourrir en hiver est déjà un premier pas pour cet objectif essentiel évoqué dans l'article.
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