Chasse : la Bastille assiégée
L’avenir de l’humanité repose sur l’avènement de la civilisation du vivant. Pour s’élever à ce haut degré, l’humain doit renoncer à tuer à titre de jeu, de loisir ou de récréation. La souffrance et la mort d’un être sensible ne sauraient être une source de plaisir pour un homme civilisé.
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Il faut abolir la chasse pour des raisons éthiques.
Bien sûr, on change les lois par les lois et les mœurs par les manières. Une évolution s’impose, évolution qu’entrave le lobby de la chasse qui tient le pays sous sa botte. L’actuel président de la république est totalement soumis aux injonctions des milieux cynégétiques. Deux personnages, Willy Schraen, président national des chasseurs et Thierry Coste, lobbyiste rémunéré par les chasseurs et par les armuriers, fréquentent quasi-intimement Monsieur Macron. Le président de la république veille à ce que les privilèges de la féodalité cynégétique soient préservés. Il fait barrage à la marche de la civilisation par des concepts creux sur le partage de l’espace rural et sur le souci de ne pas "ennuyer" les Français.
Aucune réforme substantielle ne peut intervenir. L’argent public coule à flot sur le lobby et les lois sont faites par et pour les huit cent mille chasseurs que compte ce pays, nombre en constante diminution. Ce lundi 9 janvier, après une longue gestation, le gouvernement annonce des mesures relatives à la sécurisation de la chasse. Désormais, chasser sous l’emprise d’un état alcoolique deviendra un délit, au même titre que conduire une voiture. Concession acceptée par les deux amis du président qui n’aurait sans doute pas osé les peiner s’ils avaient refusé l’introduction de cette norme.
Une arme à feu est plus dangereuse qu’un véhicule automobile et ne pas la promener en état d’ivresse paraît être une évidence qui prit quarante ans pour s’imposer en France. Mais, si 79 % des Français souhaitent des dimanches sans chasse, les deux amis du président refusent et le gouvernement obtempère. Il n’y aura pas de dimanche sans chasse. Pour la démocratie, on repassera et les Français seront bien ennuyés ! 80% des Français demandent l’interdiction de la cruelle chasse à courre. Les deux amis du président veulent conserver cette tradition abandonnée dans les autres pays européens. Le président de la république n’entend pas la volonté du pays.
En revanche, le gouvernement annonce, ce qui pourrait faire rire si ce n’était affligeant, la création d’une application Internet, équivalente d’anticovid, pour améliorer la sécurité des randonneurs. Une sort « d’anti-chasseurs » appelé Suricate, que le chasseur pourra charger sur son smartphone et qui permettra au promeneur utilisant l’application de le géolocaliser. Tant pis pour ceux qui n’ont pas de smartphone, qui ne possèdent pas l’application « anti-chasseur » et qui se baladent en zone blanche ! Le grand malaise de notre société, le désintérêt croissant pour les élections, la crise du politique naissent du manque de courage des gouvernants.
Difficile de découvrir un plus bel exemple de démission morale face à un groupe de pression ! Imaginez un instant que la chasse n’exclut pas l’intelligence. Inventons, pure fiction, que les agents du lobby soient armés d’un cerveau en bon état de fonctionnement. Que pourraient-ils suggérer pour sauver leur loisir de mort ? Les chasseurs, un instant éclairés, soucieux de duper l’opinion et de préserver leur fonds de commerce politique, pouvaient concevoir une parade à nos légitimes revendications et satisfaire à bon compte, pour un temps, les usagers pacifiques de la Nature.
Mais rassurez-vous, la chasse rend arrogant, dominateur et méprisant. L’hubris frappe ce monde archaïque. Alors, ils n’ont pas été intelligents et je peux bien leur livrer une astuce qui leur a échappé. Il leur suffisait de proposer, grands seigneurs, d’arrêter la chasse le dimanche à partir de 14 heures. Heureusement, ils sont hermétiques à toute évolution, à la moindre concession. Consolant, n’est-ce pas, de les découvrir tels qu’ils sont ! Il y a mieux. Les agents du lobby chasse dans l’appareil d’état ont conçu une délicieuse infraction pénale dite « entrave à la chasse ». Aucun loisir au monde, dans aucun pays au monde, ne jouit d’une protection spécifique. Mais la chasse française se permet tout (comme le dit l’adage, c’est à ça qu’on les reconnaît).
Or, une telle infraction est une aberration juridique qui ne résistera pas à une contestation devant les plus hautes juridictions. Les chasseurs, surtout à courre, redoutent les militants qui, pacifiquement en forêt, s’interposent sans violence et par leur seule présence, entre eux et leurs victimes. Telle est, pour eux et leurs petits agents parlementaires, « l’entrave à la chasse ». Or, en droit, une telle manifestation représente l’expression d’une conviction garantie par les articles 9 et 10 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La loi des chasseurs réprimant « l’entrave à la chasse » sera sans portée à l’épreuve de la norme supérieure.
Sans entrer ici dans une analyse juridique exhaustive, je lis avec plaisir l’arrêt de la cour européenne des droits de l’homme, du 13 octobre dernier. Je vous narre l’histoire dont la solution juridique est totalement transposable à nos militants qui manifestent sur le terrain leur hostilité au loisir de mort. Deux jeunes femmes exhibèrent leurs seins dans l’église dite de la Madeleine pour dénoncer la position des religions face à l’avortement.
Le parquet français poursuivit ces femens pour outrage public à la pudeur (article 222- 32 du code pénal). Eu égard au lieu, une église, la justice retint l’infraction. La cour européenne condamne la France qui avait sanctionné les femens ayant manifesté avec leurs seins, dans une église, des convictions. Dans l’affaire jugée par la cour, nous rencontrons un conflit entre la loi pénale réprimant l’outrage à la pudeur et la liberté d’expression des convictions par de sympathiques militantes armées de leurs seins nus. La cour recherche toujours un rapport de proportionnalité entre les droits garantis. La liberté l’a emporté.
Bref, si des femens peuvent se déshabiller dans une église, les petits censeurs liberticides des amis des chasseurs peuvent, eux, aller se rhabiller ! Alors militants animalistes, en forêt, exhibez vos banderoles sans craindre les délires liberticides des chasseurs ! Les amis de Monsieur Macron souffriront encore de la fièvre obsidionale car ils n’arrêteront pas la marche d’une société qui rejette le mépris du vivant. Abolissons la chasse !
Gérard Charollois
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