Journées européennes du patrimoine : la nature orpheline

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les 17 et 18 septembre, les 39e Journées européennes du patrimoine mettront en valeur nos richesses culturelles. Mais qu'en sera-t-il du patrimoine naturel ? Oublié, pour ne pas dire méprisé ! Histoire d'une belle idée inachevée...

L’inoxydable Jack Lang n’a pas démérité lorsqu’en 1984 il lançait les Journées du patrimoine. Un an plus tard, quelques pays européens prenaient modèle sur la France, tandis qu’en 1999 l’ensemble de l’Union Européenne s’associait à la démarche.

Aujourd’hui, les fameuses Journées européennes du patrimoine sont organisées dans 50 pays et génèrent quelque 70 000 événements, et 30 millions de participants sont attendus. Total respect donc pour cet événement culturel qui rehausse le patrimoine. Sauf que la notion patrimoniale est ici essentiellement conçue à travers les monuments, les musées et autres sites construits par les mains de l’Homme. C’est le patrimoine culturel qui est valorisé, pas le patrimoine naturel. La Camargue ne vaudrait-elle pas la cathédrale de Chartres? Le Marais poitevin serait-il moins remarquable que le Musée Cluny? Et la Loire, la dune du Pilat, laigle de Bonelli ou la loutre compteraient-ils moins que la ruine ou le dolmen? Lhistoire a laissé en chemin ladmirable patrimoine naturel pour sattarder sur le patrimoine culturel. Alors que je faisais part de cette injustice à Jack Lang, ce dernier n’en fut guère troublé. « Oui, pourquoi pas la nature aussi », a-t-il fini par conclure avec une certaine lassitude. Revisitons le passé pour en savoir plus.

La nature, parent pauvre du Patrimoine

C’est l’UNESCO qui en 1972 lançait le principe d’un patrimoine mondial « d’un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité ». Or, à l’époque, il était souligné que le patrimoine en question désignait « un ensemble de biens culturels et naturels ». Au fil des années, la reconnaissance des patrimoines culturels comme les fortifications de Vauban ou le centre historique de Bruges, se sont multipliés pour atteindre près de 870 sites.

Plus modestement, le patrimoine naturel a mérité aussi la reconnaissance. Actuellement, quelque 250 sites naturels comme les îles Galápagos, la Grande Barrière de corail ou le Parc National de Yellowstone font référence. Ils ne représentent pas loin de 3 500 000 km2, soit une superficie supérieure à celle de l’Inde. On n’a pas affaire à quelques confettis! Et pourtant ce patrimoine naturel reste le parent pauvre dans la valorisation des Journées européennes du patrimoine vues par la France. L’UNESCO qui considère les choses bien autrement évoque « les plus précieux dons de la nature à l’humanité » en soulignant que ces espaces reconnus constituent souvent les derniers refuges pour des espèces emblématiques comme les gorilles des montagnes, les pandas géants ou les orangs-outans. Et dans la foulée, l’institution mondiale précise que les deux tiers des sites naturels désignés au titre du patrimoine représentent des « sources d’eau primordiales, dont environ la moitié contribue à prévenir les catastrophes naturelles telles que les inondations ou les glissements de terrain ».

En attribuant le label de patrimoine mondial, l’UNESCO ne se contente pas de mettre en valeur un espace particulièrement remarquable, l’établissement international s’attache aussi à la préservation. La dégradation des récifs coralliens est référente. Près de la moitié des 29 sites inscrits au patrimoine sont exposés à des niveaux de stress thermiques entraînant le blanchiment du corail. Ailleurs, ce sont des projets de mines de charbon, de tracés de route ou même des conflits armés qu’il faut prendre en compte pour préserver les richesses naturelles en péril. Parmi les leviers d’action, l’UNESCO se réserve le droit de retirer son label, ce qui pénalise la fréquentation touristique et donc les ressources économiques. Parmi les sites « délistés », le sanctuaire de l’oryx d’Arabie (une antilope menacée) inscrit en 1994 fut le premier label retiré lorsque les autorités d’Oman décidèrent de réduire de 90 % la surface protégeant l’animal. La vallée d’Elbe à Dresde, la cathédrale de Bagrati et d’autres merveilles ont aussi perdu leur label suite à leur maltraitance.

Nature et culture, un héritage commun

Cette année, le thème retenu pour les Journées du patrimoine est le « patrimoine durable », une belle occasion d’associer enfin la nature et la culture comme l’impose la logique. En partenariat avec l’association Réserves Naturelles de France, qui fête aujourd’hui ses 40 ans, la LPO a décidé de faire découvrir la richesse exceptionnelle de ses espaces protégés en proposant une soixantaine d’activités partout en France. Cette initiative s’inscrit également dans une étroite collaboration avec le Centre des Monuments Nationaux qui a compris l’urgence à préserver la biodiversité.

La France, pays le plus visité au monde, possède une biodiversité monumentale. Plus de 180 000 espèces y sont actuellement recensées, soit 10 % du total mondial. Cela vaut bien une reconnaissance élémentaire lors de Journées du patrimoine…

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

 

 

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D
Espérons qu'après l'accumulation de catastrophes qui ont terriblement atteint faune et flore, on va protéger la Nature, efficacement et vite . Quant à Jack Lang qui a fait beaucoup pour le culturel et on peut lui accorder ça, c'est important, il semble bien tiède pour la Nature; ce n'est pas son monde ! Il est désormais, largement octogénaire, bien plus préoccupé par son apparence physique botoxé et cheveux teints, on dirait une marionnette, et reconduit dans ses fonctions de Président de l'Institut du monde arabe (à 10 000€ par mois....à vérifier mais rémunéré c'est sûr il le revendique !!!) Il aurait pu décliner et proposer quelqu'un de plus jeune, voire plus qualifié ....mais non tout pour sa pomme ! alors la Nature et ses habitants ....pffttt !
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Z
Tout à fait d'accord : la Nature est le plus grand des patrimoines et a bien besoin d'être honoré et préservé.
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