Moustique, je t’aime moi non plus !

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Convenons que la tâche est rude. Tenter de réhabiliter le moustique est aussi improbable que de faire manger des carottes à une panthère des neiges. Et pourtant… Pourtant l’exercice mérite qu’on s’y attarde.

Moustique, je t’aime moi non plus !

Pour commencer, ne pas mettre sous le tapis les divergences qui nous opposent. Comment un être apparemment insignifiant, pesant moins de 10 mg, peut-il faire un bruit aussi lancinant? Les scientifiques, à qui lon peut tout demander car il ny a pas une curiosité quils naient explorée, se sont évidemment attardés sur cette insupportable pollution sonore. Résultat, elle est perceptible à 10 mètres. La distance a son importance car nous levons la main, prêts à frapper, à peine entendons-nous le bourdonnement. L’information scientifique nous laisse donc quelques secondes de répit avant d’agir.

Autre constat, c’est le bruit émis par la femelle qui est le plus lancinant, celui du mâle étant davantage feutré. Naturellement, l’odieux vrombissement provient du battement des ailes mais quel est le rythme de ces vibrations ultrarapides? Là encore, les biologistes apportent une réponse. À laide de caméras décomposant les mouvements en saisissant 10 000 images à la seconde, ils ont pu évaluer que le nombre de battements se situait entre 400 et 2 300 à la seconde, un véritable exploit! Cela dit, le moustique ne bat pas des ailes à ce rythme pour le plaisir de nous incommoder. C’est par amour qu’il se fait entendre. De même qu’un oiseau mâle chante pour attirer sa bien-aimée, la femelle moustique (qui semble porter la culotte) émet un bruit qui doit alerter les mâles du coin dans l’espoir de les séduire. Dès lors, peut-on parler d’amour? Difficile de se risquer. Nempêche quil se déroule un comportement incroyable : les deux partenaires, portés par lattirance, vont coordonner leurs battements dailes (lune réduit, lautre accélère) pour trouver lharmonie nécessaire à l’accouplement. L’affaire commence par s’effectuer en plein vol mais les pirouettes ont leur limite. Bien souvent, tout se termine les pieds sur terre. Pas toujours agréable pour le mâle car parfois le pénis explose ou se détache en restant dans le corps de la femelle. Tandis que le mâle a subi le plaisir fatal, la femelle n’a plus qu’une obsession, trouver du sang à pomper pour favoriser le développement des œufs.

48 heures après le repas façon Dracula, elle est en mesure de pondre, souvent à la surface de l’eau. Durant sa courte vie, quelque 2 mois, la femelle parvient à libérer jusqu’à 1 000 œufs en cinq pontes. Subissant 4 phases de développement, la larve de moustique devient nymphe lorsque son corps l’invite à une existence aérienne. Cette dernière étape ne dure que 24 à 48 heures mais ce sont peut-être les moments les plus déterminants de l’insecte puisque les prédateurs sont à l’affût. Grenouilles, crapauds, poissons divers et libellules attendent ce moment avec appétit. Ils doivent bien souvent leur existence au sacrifice involontaire des moustiques!

Peu d’entre nous se désolent d’un pareil destin. Notre seule préoccupation reste de n’être ni incommodé par le bruit, ni piqué. En pareil cas, la question récurrente se pose : sommes-nous tous égaux devant la piqûre du moustique? La réponse est clairement non. Les moustiques préfèrent les peaux plus fines qui se révèlent plus faciles à percer. Par ailleurs, ils localisent leur repas potentiel en fonction de ce que nous dégageons. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la lumière qui attire mais le CO2 que nous recrachons. Le rayonnement infrarouge de notre chaleur et l’odeur de notre peau, révélée par les bactéries, contribuent également à la « séduction ».

Aux désagréments provoqués par les moustiques s’ajoutent parfois les conséquences funestes de leur activité. Sanguinaires, ils peuvent afficher à leur palmarès le paludisme, la fièvre jaune, la dengue, le chikungunya et le virus du Nil, ce qui conduit les observateurs à conclure que l’insecte en question est l’animal le plus meurtrier de la création. Il tue plus d’humains en 24 heures que les requins en 100 ans, résument les biologistes qui soulignent pourtant que sur près de 3 000 espèces de moustiques identifiées, seule moins d’une centaine transmet des pathologies.

Reste à savoir de quels bienfaits les moustiques pourraient se flatter. Ayant commencé leur carrière durant le jurassique en compagnie des dinosaures, ils ont quand même développé quelques fonctions honorables. Se nourrissant du nectar des fleurs, ils participent à la pollinisation des plantes, au même titre que les abeilles ou les papillons. Par ailleurs, certaines larves peuvent filtrer jusqu’à deux litres d’eau par jour en se nourrissant de déchets organiques, participant ainsi à l’épuration des zones humides. De plus, l’azote généré par leurs cadavres contribue à la croissance des plantes. La chaîne alimentaire, déjà évoquée plus haut, est également à l’avantage du moustique sacrifié. Les chauves-souris, les martinets, les hirondelles et bien d’autres insectivores dépendent en grande partie des moustiques dans leur menu. Cela dit, si la cohabitation reste insupportable, il existe des pièges à base d’oxyde de carbone, plutôt efficaces. Côté plantes, la citronnelle, la lavande, la menthe poivrée ou le romarin font office de répulsifs. Mais le mieux reste l’action préventive : ne pas laisser d’eau stagnante car après leur naissance, les moustiques ne s’en éloignent guère au-delà de quelques centaines de mètres. Reste l’idée d’éradiquer tous les moustiques de la planète. Après avoir traversé l’esprit de certains biologistes belliqueux, il a été admis que le projet d’éradication totale aurait des conséquences plus douloureuses que salutaires. Bienvenue donc dans le monde merveilleux de la cohabitation…

Allain Bougrain-Dubourg

Article aimablement revisité par François Lasserre de l’OPIE (Office pour les insectes et leur environnement)

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Z
Je suis une "séductrice de moustiques" hélas! Et je félicite ses prédateurs dans la châine alimentaire ! lol!
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B
Super intéressant !!<br /> Je partage
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E
J'apprends ce matin beaucoup de choses sur les moustiques.<br /> Les moustiques ne m'aiment guère depuis 2 ans au vu des marques qu'ils laissent sur moi durant plusieurs jours (désinfection obligatoire).<br /> Pourtant ils sont aussi utiles pour les oiseaux (ex. hirondelles...). Tout comme beaucoup d'oiseaux qui disparaissent à cause des malfaisances de l'homme, du coup moins de moustiques.<br /> C'est un cercle infernal où les solutions sont ?????????????????<br /> Merci pour cet article que je partage volontiers sur mon facebook<br /> Bonne journée sans piqûres de moustique ( très présents depuis 2 jours).
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J
Les moustiques "sacrifiés" me conviennent bien.
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