Les animaux malades de l’homme

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le Covid-19 était à prévoir ! Les scientifiques ne cessent d’alerter sur la maltraitance de la nature qui conduit à l’accroissement inévitable des pandémies. Marie-Monique Robin en fait la démonstration sur grand écran…

Juliette Binoche dans ‘’La fabrique des pandémies’’

À l’invitation de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, l’amphithéâtre de la Maison de l’Océan a fait le plein. À l’affiche, le film La fabrique des pandémies, projeté en présence de sa réalisatrice Marie-Monique Robin qui ne cachait pas sa satisfaction : « La présentation du film à l’UNESCO vient de réunir 1 200 spectateurs. C’est un sujet qui ne peut laisser indifférent ». Effectivement, il s’agit de lever le voile sur les maladies émergentes infectieuses dont 75% sont des zoonoses, autrement dit des maladies qui passent de l’animal à l’homme. Pour en savoir plus, la caméra, accompagnée de Juliette Binoche, s’est attardée dans huit pays, de Madagascar au Mexique, en passant par la Thaïlande ou le Gabon. Chaque escale, éclairée par les scientifiques et les populations locales, révèle davantage l’ampleur de la situation qui pourrait se résumer par « si nous continuons à détruire la nature, nous connaîtrons une ère de pandémies comparables au Covid-19 ». Cette perspective s’appuie sur un constat sans appel, rappelé par Hélène Soubelet, directrice de la FRB :

« Depuis 50 ans, le nombre d’épidémies au niveau mondial a augmenté en moyenne de deux à trois, parfois plus, de nouveaux agents infectieux émergeant par an. Bien que ces pandémies proviennent de divers pathogènes transportés par des réservoirs animaux, leur émergence est en grande partie due aux activités humaines ».

Toutes les études convergent et elles se vérifient dès le plus jeune âge. Il a été constaté que plus le microbiote (ensemble des micro-organismes que nous accueillons dans et sur notre corps) était diversifié, moins il était riche en bactéries pathogènes sur la peau et dans les intestins des enfants fréquentant des cours d’écoles dé-bétonnées et végétalisées. Au Costa Rica, les chercheurs concluent que les paysages anthropisés (affectés par l’homme, comme avec l’agriculture intensive) présentaient plus de risques de maladies vectorielles par rapport aux espaces protégés. En pareille circonstance, la porte s’ouvre sur la maladie du virus Zika, la dengue, le paludisme et bien d’autres. Le Groupe Henipavirus Ecology Research a, lui, montré combien la déforestation favorisait l’épanouissement des maladies infectieuses en Malaisie, au Bangladesh ou en Inde.

Serge Morand, écologue de la santé, chercheur au CNRS et professeur à la Faculté de Médecine Tropicale de Bangkok, témoigne également après plus d’une décennie d’enquêtes sur le terrain et quelque 200 publications : « Dans un écosystème riche en espèces vivantes variées, les prédateurs vont réguler la population des petits rongeurs ou d’animaux porteurs de tiques. Les animaux ou insectes, où logent de nombreux agents pathogènes, ne vont pas pulluler. Les virus et les bactéries finissent alors « diluées » dans cet ensemble complexe ». Le scientifique met également en garde contre les élevages intensifs : « Ce sont des endroits clos où l’on concentre de denses populations d’animaux au matériel génétique similaire : le jackpot pour un pathogène ». Tout au contraire, le maintien d’une riche biodiversité entrave souvent la transmission des maladies. Pour le vérifier, les chercheurs ont déterminé deux types d’espèces. Celles qualifiées d’« hôtes », c’est-à-dire qui portent, multiplient ou transmettent l’agent pathogène et les espèces dites « non compétentes », qui sont un cul-de-sac pour les agents pathogènes. Ainsi, aux États-Unis, il a été observé que la forte diversité d’oiseaux diluait la transmission du virus de la fièvre du Nil occidental. En cohabitant avec les oiseaux « non compétents », les oiseaux « hôtes » sont moins susceptibles de se transmettre les micro-organismes et parasites et ce processus finit par réguler la diversité des agents pathogènes.

Dans un autre domaine, les renards, si souvent décriés et persécutés, sont réhabilités par la FRB dans leur capacité à contrôler les populations de rongeurs porteurs de tiques responsables notamment de la maladie de Lyme. Et puisque nous en sommes à l’hommage qu’il convient de rendre aux grands prédateurs, les loups méritent la réhabilitation. Certes, il ne s’agit pas de maladies évitées, mais de mortalités humaines épargnées lors des collisions avec les cervidés. Il a été constaté que plus d’un million d’accidents étaient ainsi enregistrés aux États-Unis, chaque année. Résultat, près de 29 000 blessures humaines et 200 décès, sans parler de 10 milliards de dollars de pertes économiques. Or, en réduisant sensiblement les populations de cervidés, les loups réduisent au passage les mortalités et ont généré des bénéfices économiques estimés 63 fois supérieurs aux dommages sur le bétail induit par ces derniers.

N’oublions pas la faune

Alors que se multiplient les enquêtes, les résultats restent invariables : la destruction de la biodiversité conduit à sacrifier l’avenir de l’homme. Une étude publiée en 2016 par des chercheurs américains et malaisiens conclut que la conversion de 1% de forêt en palmeraies augmentait de 26,8 % le nombre de jours d’inondation par mois. Plus précisément, 100 km de palmeraies entraînaient 1,2 décès lié aux inondations et 200 personnes évacuées de plus chaque année. Globalement, la diminution de la biodiversité alimentaire induite par l’agriculture industrielle, qui conduit par ailleurs à la maltraitance des écosystèmes, conduit à des régimes alimentaires non sains qui sont responsables de près de 11 millions de morts, chaque année, soit 22 % de toutes les mortalités des adultes.

En conclusion de son film, Marie-Monique Robin renvoie la responsabilité aux acteurs politiques et économiques. Elle pointe aussi la capacité des citoyens à faire des choix judicieux. L’un d’entre eux pourrait être d’organiser, chaque fois que possible, la projection de « La fabrique des pandémies » dans sa région.

Allain Bougrain-Dubourg (03.05.2022)

 

Trailer : La Fabrique des pandémies (1 :14)

 

 

 

 

 

 

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D
Correction : le plus d’amis possible . J’avais hésité l’ayant déjà vu ècrit au pluriel. J’ai cherché c’est ainsi qu’on apprend . Après un nom pas d’s à possible ( je pense qu’il est alors considéré comme un adverbe). En revanche accord après un adjectif : «  les plus proches possibles » . Vous le saviez sans doute et avez pu être choqués par la faute !
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D
Ah oui j'ai reçu l'avis de la sortie du film ; ce n'était pas garanti faute de financement<br /> Après avoir lu le livre de Marie Monique Robin et l'avoir entendue en conférence j'ai participé, modestement, à la souscription ; je l'ignorais sur le moment mais devrais en être remerciée par la réception du DVD . J'espère que cela se fera vite car je n'aime pas les salles de cinéma, pourtant déçue de lire ici que le public ne se presse pas pour voir ce film !<br /> Mais avec le DVD, chacun de ceux qui le recevront pourra le montrer au plus d'amis possibles..... quand le film ne sera plus en salles pour ne pas lui nuire . Et ainsi le constat se répandra dans la population.
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C
Je suis en harmonie avec tous vos commentaires...
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Z
C'est tellement évident! Et pourtant , rien n'y fait , aucune mesure pour cesser les élevages intensifs! tant que le divin pognon rentre...
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E
Cela ne fait que confirmer en effet tout ce qui se passe autour de nous...<br /> Se prendre en main, oui mais cela reste une goutte d'eau comparé au problème.<br /> Les politiques ne s'intéressent pas à ce problème "le saint Bénéfice" comme le dit si bien Mario !<br /> Merci pour cet article
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M
Les faits sont connus et démontrés ,mais nos politiques ne veulent rien entendre ni voir et surtout ne rien faire au nom du saint bénéfice (pour quelques uns ...) reste aux citoyens à se prendre en main et à agir à leur niveau.
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J
Oui, c'est évident et nous le répétons depuis belle lurette sur ''Nature d'ici et d'ailleurs'' : les humains sont en grande partie responsable de ce que nous vivons aujourd'hui et, surtout, de l'avenir qui sera celui des générations à venir ! Le nouveau film de Marie-Monique Robin le démontre avec brio mais, à voir le nombre de spectateurs qui se pressent (!) pour voir ''La fabrique des pandémies'' on comprend que le sujet, quoiqu'essentiel- n'intéresse pas grand monde... CQFD !
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