En Normandie, une association propose d’aider les petits éleveurs à vivre avec le loup

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Repéré plusieurs fois ces dernières années, le loup ne vit pas encore en meute en Normandie. C’est le moment pour les éleveurs, selon l’association Agir pour le vivant (AVES), d’apprendre à protéger leurs troupeaux. Des solutions existent, elle se propose de les leur présenter.

Même s'il n'y vit pas encore en meute, le loup est de retour en Normandie et les éleveurs devront apprendre à protéger leurs troupeaux. Photo : #Presse30

Son ombre rôde dans la plaine. Après sa disparition totale dans les années 1930, le loup est de retour en Normandie. Depuis 2019, un ou plusieurs individus défrayent la chronique en Seine-Maritime et dans l’Eure après plusieurs attaques de brebis. Ce formidable trotteur, d’une espèce italo alpine, capable de parcourir des milliers de kilomètres et de franchir tous les obstacles sur son chemin, serait à la recherche d’une congénère et d’un nouveau territoire afin de former une meute.

Furtif et discret, le loup fascine autant qu’il attise les peurs et soulève la colère des éleveurs et des chasseurs, car ce grand prédateur est capable de s’attaquer aux animaux domestiques et d’élevage ainsi qu’au gibier pour se nourrir. Et pourtant, il va falloir apprendre à vivre avec selon l’Association Agir pour le vivant et les espèces sauvages (AVES), qui propose des solutions pour se protéger contre les attaques.

Fondée en 2005, AVES s’est donné pour mission de faire cohabiter les grands prédateurs avec l’homme. Ses 20 bénévoles actifs et ses 2 200 membres sont présents dans tout l’Hexagone où ils s’occupent principalement des ours dans les Pyrénées et du loup : « Le loup est réapparu dans les années 1990 dans les Alpes. Au fur et à mesure, des meutes se sont constituées (624 loups, 99 meutes, 114 zones de présence permanentes recensées par l’ODEPER en 2020) », rappelle Christophe Coret, l’un des cofondateurs d’AVES.

« Depuis, soit pour sa reproduction, soit à cause des tirs de défense dans une meute, des individus essaiment. Mais quand un loup est signalé dans un secteur, il est déjà trop tard ! Il faut répondre à la détresse des éleveurs qui, si on n’arrive pas à protéger leurs troupeaux, exigeront tout simplement qu’on abatte les loups. Et mener des processus de dialogue. »

De nombreuses expériences ont été menées en montagne mais en Normandie, le contexte est totalement différent. « Ici, 90 % des éleveurs sont des amateurs avec des petits cheptels qui échapperont aux subventions. Ils n’ont pas forcément des bâtiments pour rentrer les ovins la nuit ou alors leurs prés ne sont pas attenants à leurs habitations. Voilà pour le côté négatif », reconnaît Christophe Coret.

Côté positif, les terrains sont souvent clôturés par des haies ou du grillage à mouton : « On peut optimiser la protection avec assez peu de moyens pour la rendre efficace contre les attaques. C’est à adapter en fonction de chaque cas. Mais, avant tout, l’éleveur doit connaître le loup, ses capacités exceptionnelles d’adaptation, de résilience et ses stratégies d’attaques ».

Il existe des solutions pour l’empêcher de nuire

Selon l’association, « il n’y a pas encore de meutes en Seine-Maritime et dans l’Eure. L’individu repéré fin 2019 serait aussi passé par l’Oise. Est-ce le même ? De toute façon, c’est un animal protégé. Après qu’il a été exterminé, nous avons la chance de le voir revenir. Bien sûr que pour les éleveurs la cohabitation est difficile, mais seulement parce qu’ils ont perdu la culture de la protection ».

Financé grâce au 1 % pour la planète par des entreprises mécènes et la fondation Nature et Découvertes, AVES a collecté pour le moment 25 000 euros « pour aider des éleveurs amateurs et professionnels à protéger leurs troupeaux ». Elle propose donc « de s’adapter avec plusieurs solutions cumulables comme le Foxlight, un clignotant qui peut effrayer un loup craintif ou encore la pose d’une clôture électrique ou encore la rehausse d’existantes. On peut prévoir des filets, des canons sonores, du ruban turbo flash ou, avec les moyens numériques, des caméras de surveillance infrarouges qui pourraient déclencher des scénarios d’effarouchement. Et, bien sûr, reconnaît Christophe Coret, il y a surtout le chien. Vivre avec le loup n’est pas une fatalité. J’appelle les éleveurs à nous appeler pour créer une relation de confiance ».

« Le loup est protégé, c’est à nous de bouger pour protéger nos bêtes » Frédéric Drouen, éleveur à Sommery (Seine-Maritime)

Éleveur de chiens de troupeau et de moutons à Sommery (Seine-Maritime), au cœur du Pays de Bray, Frédéric Drouen le gérant de Bray troupeau avoue son intérêt pour l’initiative de l’association AVES, « car le loup est plus qu’installé chez nous. Il a tué une vingtaine de brebis dans notre secteur depuis 2019. Récemment, il a été détecté près de Forges-les-Eaux et il y a une dizaine de jours à deux kilomètres de chez moi. Apparemment, c’est un solitaire ».

Fort de ses échanges avec des collègues petits éleveurs dans les Alpes et de son expérience, il sait que « le loup est un animal intelligent qui n’a peur ni des Flash lights, ni des canons. Les seules solutions sont le grillage électrifié et les chiens de protection comme le berger des Abruzzes, le Patou ou le Kangal. Le problème, c’est qu’ici, en Normandie, la majorité des éleveurs n’ont rien de tout ceci. Après, pour les chiens, il faut vraiment être en pleine campagne, car sinon les voisins risquent de râler en l’entendant aboyer chaque nuit après le loup, mais aussi le renard, le blaireau et autres animaux. »

« Je n’ai rien contre ce prédateur, assure l’éleveur, même s’il va m’emmerder dans les années à venir. Il faut faire avec cet opportuniste capable d’attaquer aussi les chiens, les chats, les chèvres, les poulains, les chevreuils, mais plus rarement les sangliers, car il fait attention à ses côtes. Il est protégé, alors il faut bouger pour protéger nos bêtes ! »

Frédéric Durand/Le Parisien (02.05.2022)

 

 

 

 

 

 

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Z
Espérons que cette belle initiative fasse école!
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B
Une belle initiative...
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D
Il veut bien faire ce qu’il faut pour cohabiter avec le Loup’ et il faut dire que cela demande des efforts en temps et argent , mais il « en casse du sucre sur le dos » du Loup!
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J
Belle initiative de l'association Agir pour le vivant ! Il semblerait qu'en Normandie -enfin, si je m'en réfère à cette publication- certains éleveurs soient plus réceptifs qu'ailleurs ! Je croise les doigts tout en étant conscient que dans cette région, comme ailleurs, les "anti-loups" sont présents aussi et, comme, ce sont ceux qui font le plus de bruit que l'on entend le mieux, les agriculteurs favorables au loup sont très certainement minoritaire !
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