Grippe aviaire : sauve qui poule

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Malgré le confinement des volailles depuis novembre, l'épizootie de grippe aviaire s'étend en France, dans l'Ouest en particulier. Une stratégie de "dépeuplement" est mise en place avec des abattages massifs, plus de 10 millions d'animaux à la fin mars. Parfois dans de terribles conditions.

Au 30 mars 2022, la France comptait 1098 foyers d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). Photo : Mathieu Thomasset/AFP

Et Camille s'intéresse à nouveau à la grippe aviaire, la dernière fois c’était au début de l’hiver pour vous dire que tous les œufs et volailles plein air que vous achetez ne le sont en fait pas : plein air c’est uniquement sur l’étiquette, les animaux étant confinés partout, quelle que soit la taille de l’élevage, depuis le mois de novembre, et c’est toujours le cas. Car l’épizootie n’est pas terminée, loin de là, plus de 1000 foyers à la date du 30 mars, et les mesures prises vont désormais au-delà du confinement puisque déjà 14 millions de volailles ont été abattues…

‘’Il y a des arrêtés qui tombent chez des collègues comme des flèches, donc je m’attends à ce que ça m’arrive aussi’’

Hélène Bailly est éleveuse dans les Deux-Sèvres, 3500 poulets par an, des ‘’plein air’’, qui ont une grosse épée de Damoclès au-dessus de la tête puisque la grippe aviaire s’étend dans l’Ouest, et les autorités ordonnent donc des abattages préventifs, partout, quel que soit le type d’élevage, et la taille, ce qu’elle trouve totalement injuste : "Nous les éleveurs plein air, on a pas du tout véhiculé la maladie, dans les Deux-Sèvres, sur les 19 foyers de grippe aviaire il n’y a aucun élevage plein air. Tous les cas ont eu lieu dans des gros bâtiments et ce sont ces grosses entreprises et structures qui seront préservées pendant qu'on abat tout autour, c’est révoltant !"

Une stratégie dite de « dépeuplement », on élimine tout pour repartir sur des bases saines, qu’Hélène remet en cause avec d’autres collègues du réseau « Sauve qui poule », comme Olivier Gazeau : “S’il faut diminuer la pression il ne faut pas commencer par nous, moi avec mes 700 poulets moi je ne représente rien du tout dans la filière”. Et pourtant Olivier a reçu un mail l’informant que dans sa zone, il va falloir abattre, dans les 10 jours, même si ses poulets sont sains : "Tous les lundis des analyses sont faites sur mes volailles. Ça me qui me coûte relativement cher mais ça prouve que mes volailles sont saines, du coup il est pour moi compliqué de détruire des animaux qui sont sains. Par contre, je refuse de les abattre moi-même, ils assumeront leur décision, je ne veux pas participer à ça, hors de question !"

Il dit ça parce que dans le département voisin, la Vendée, le plus touché, les services vétérinaires ont été débordés par la situation : ‘’ Il y avait une désorganisation totale des services de l’Etat et ils nous ont demandé de faire tout le sale boulot !’’

Sale boulot que va vous décrire cet éleveur vendéen, dont on ne donnera pas le nom, parce que trop parler ce n’est pas bien vu. Mais voilà ce qu’on lui a demandé de faire la semaine dernière quand son élevage de 18 000 poulets a été touché par la grippe aviaire : "Ils ont été incapables de venir les euthanasier sur place donc ils nous ont demandé, sans l’écrire, de couper les ventilations et de laisser les animaux mourir pendant toute une nuit. Alors qu’il y a des moyens qui existent pour que les souffrances soient les plus courtes possibles par euthanasie, soit par injection soit par des camions avec des gaz pour que l’animal en l’espace de 10 à 30 secondes meurt et n’ait pas le temps de souffrir, là c’est pas du tout ça c’est de la barbarie !”

La mort par asphyxie, plus d’air, ni d’eau, ni rien, l’agonie pour ces volailles, le ministre de l’Agriculture a demandé de ne pas faire de ces exemples des généralités, même s’il reconnait leur existence, mais cet éleveur, appuyé par la Confédération paysanne, affirme qu’il est loin d’être le seul : "J’ai des voisins qui sont venus me voir en me disant qu’ils avaient chialé en sortant du bâtiment, je suis rentré à 12h30 chez moi je me suis allongé dans le noir pendant 2h, je me suis dit “Mais c’est pas possible qu’est-ce qu’on vient de faire...""

Avant d’enfouir les animaux morts dans les champs, avec là aussi demande de la préfecture face aux sites d’équarrissages saturés : "Il fallait le cacher, il ne fallait pas le dire aux médias et moi je me suis dit mais imaginez si cette grippe aviaire d’un coup elle prend dans toute la France ou dans tout l’Ouest, comment vous faites ?!" Et c’est justement la question centrale pour,Hélène Bailly : ‘’Les abattages c’est une chose, mais je pense qu'il ne faut pas larmoyer... On est surtout en train de tuer des petites fermes et tout un monde paysan derrière. Parce que se remettre de traumatismes comme ça c’est très dur...’’ Avec très peu de visibilité… En témoigne un autre éleveur, Gaël Marchand : ‘’Nous paysans on se dit : qu’est-ce qu’on va être demain ? Pas réjouissant, donc, à moins de tirer les leçons de toutes ces années. J’attends qu’il y ait un électrochoc et qu’on prenne conscience que la voie dans laquelle on est n’est pas la bonne pour tout le monde ‘’.

Olivier Gazeau confirme : "Moi ce qui m’inquiète c’est qu’ils attaquent un problème avec toujours la même solution, et le problème ne se règle pas, faut commencer à faire demi-tour on est en mauvais chemin il faut faire demi-tour !" En réduisant d’abord la taille mais surtout la densité des élevages, mieux les répartir sur le territoire. En attendant, les abattages, sous toutes leurs formes, donc, continuent. Et le gâchis de nourriture qui va avec...

Camille Crosnier*/France Inter (30.03.2022)

 

*Camille passe au Vert

 

 

 

 

 

 

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B
C'est épouvantable...<br /> A vomir oui...
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D
Si on devait abattre les vrais responsables …la démographie serait en baisse . On abat les victimes de la bêtise humaine pour mieux continuer dans la Bêtise ! Immonde !
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Z
Elever dans la souffrance et abattre comme seule solution à tous les problèmes ! A vomir!
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M
La logique de l’agriculture industrielle dans toute son horreur et pas question de changer ,on s'obstine année après année à maintenir les mêmes méthodes, sous pression de la FNSEA et consorts en éliminant au passage ceux qui veulent changer les choses ....
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