Ourse tuée en Ariège : des éléments accablent le chasseur

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Trois mois après l'accident de Seix (Ariège) au cours duquel un chasseur a été blessé et une ourse tuée, France Bleu Occitanie vous révèle les derniers éléments de l'enquête. Tout semble accabler le chasseur qui se trouvait dans un secteur non autorisé.

L'accident a eu lieu le 20 novembre 2021. Une ourse a été tuée et un chasseur de 78 ans a été blessé. Photo : Jean-Louis Schmitt

C'est une affaire qui a fait les gros titres de la presse locale et nationale, en novembre 2021, alimentant le très sensible débat autour de la présence de l'ours dans les Pyrénées. Le 20 novembre, une femelle ours est tuée dans le massif du Couserans à Seix (Ariège). Le chasseur, un homme de 78 ans est grièvement blessé, mordu à la cuisse gauche, au mollet et au tibia de la jambe droite, entraînant une fracture. Dans la foulée, le parquet de Foix ouvre une information judiciaire contre X pour destruction d'une espèce protégée et pour chasse illégale dans une réserve de chasse et de faune sauvage.

La limite de la réserve où la chasse est autorisée franchie

Les faits se sont déroulés dans l'après-midi, vers 15h30. Un groupe de chasseurs participe à une battue aux sangliers, dans la vallée d'Estours. Cette partie de chasse est autorisée dans la partie domaniale, mais selon une source proche du dossier, quelques hommes s'éloignent et se dirigent vers la réserve du mont Valier, située un peu plus haut. Dans ce secteur, à quelques kilomètres de l'Espagne, la chasse est interdite. La faune et la flore sont protégées et des lettres R, peintes en blanc sur les arbres, indiquent clairement qu'il est défendu aux chasseurs de s'y trouver.

Un temps, la présence de cette signalétique a été débattue. Mais selon la source proche du dossier contactée par France Bleu Occitanie : "ce marquage est bel et bien visible. Quand bien même il aurait été un peu effacé, les chasseurs sont censés connaitre leur territoire de chasse, d'autant que le mont Valier se situe à une altitude un peu plus élevée, on n'y arrive pas complètement par hasard."

L'ourse stressée par la partie de chasse

Dans cette zone protégée, ce chasseur se serait retrouvé isolé entre la femelle et les deux petits. Pourtant cela ne suffit généralement pas à provoquer une attaque du plantigrade. "Des randonneurs qui tombent nez à nez avec un ours, il y en a fréquemment", explique ce spécialiste, mais cela n'aboutit quasiment jamais à une agression. "Les ours vont faire de l'intimidation, charger, et s'arrêter à cinq ou dix mètres de vous pour vous effrayer", si cette fois l'attaque a mal tourné et le chasseur a été blessé, ce serait à cause du stress généré par la battue. "Les ours ont un instinct très développé. La femelle a probablement ressenti un danger, compte tenu des fusils et de la présence des chiens de chasse, non loin", explique notre source.

Le déroulé des faits n'est pas encore connu avec précision. On sait qu'il y a eu deux coups de feu : le premier, non mortel, a touché l'animal à l'épaule. La seconde balle, fatale, a transpercé le cœur. Peu après l'accident, des agents de l'Office national des forêts (ONF) et l'Office français de la biodiversité se sont rendus sur place pour y effectuer différents prélèvements et analyses. Des analyses génétiques ont été faites et transmises au parquet de Foix (Ariège), chargé de l'enquête. Tous les chasseurs présents lors de cette battue ont également été entendus par la gendarmerie.

Selon les derniers éléments, l'ours tué est très probablement Caramelles, confirmant les suppositions des associations locales de défense des ours. Ironie du sort, la mère de cette ourse, Mellba, avait été tuée par un chasseur en septembre 1997 à Bezins-Garraux (Haute-Garonne), alors que Caramelles était encore une oursonne.

Le chasseur est sorti de l'hôpital, les oursons auraient survécu

L'inquiétude des associations de protection de l'environnement concerne aussi les deux oursons de cette femelle tuée en novembre 2021. Âgés d'à peine six mois, ils étaient probablement encore allaités et n'avaient pas encore appris à hiberner. Malgré cela, les jeunes plantigrades ont été aperçus il y a un mois environ. Le chasseur, un homme de 78 ans, est quant à lui sorti de l'hôpital environ un mois après l'accident, il remarche à présent et suit une rééducation.

De leur côté, les associations de défense des ours, dont un certain nombre a demandé à se constituer partie civile dans cette affaire, regrette  le peu d'information qui leur est transmis. "On ne nous a jamais confirmé l'identité de l'ourse", se désole Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'Ours - Adet. "Nous on l'interprète comme une volonté de banalisation de la présence de l'ours, comme si il y en avait suffisamment pour que un de plus ou un de moins ça ne fasse pas de différence. Mais il y en a à peine 64 dans les Pyrénées, en France et en Espagne, et chaque individu est précieux pour l'avenir de la population."

L'Etat va-t-il remplacer les ours tués ces dernières années ?

Selon Alain Reynes, il s'agit de la deuxième mort d'ours dans les Pyrénées, pour laquelle les autorités ne donnent que peu d'informations. En juin 2020, Gribouille, âgé de 4 ans, est abattu à l'aide d'une arme à feu en Ariège, entre les communes d'Aulus-les-Bains et Ustou. Alors les associations de défense de l'environnement attendent beaucoup de cette nouvelle enquête : "on veut savoir précisément ce qu'il s'est passé. Pour la première fois, un homme est blessé par un ours. Dans quelles circonstances cela s'est passé ?", s'interroge Alain Reynes. 

‘’Quelle est la chaîne de responsabilité ? Le chasseur en a une, mais aussi l'association et la fédération de chasse. L'Etat aussi, n'a peut-être pas tout fait pour protéger les ours. C'est pourtant son devoir, compte-tenu du statut juridique de cette espèce.’’ Alain Reynes

Aujourd'hui Alain Reynes demande à l'Etat de respecter ses engagements en matière de remplacement des ours : "il s'est engagé à remplacer tout ours qui meurt à cause de l'homme, que ce soit volontaire ou involontaire. Gribouille est mort il y a bientôt deux ans et il y a eu cette femelle en novembre. À ce jour, il n'y a aucune prise de position de l'Etat. Est-ce qu'il va respecter ses engagements, oui ou non ? Sinon on ira devant les tribunaux et les autorités européennes." 

Cyrille Ardaud/France Bleu Occitanie

 

 

 

 

 

 

Si vous avez apprécié cette publication,

partagez-là avec vos amis et connaissances !

Si vous souhaitez être informé dès la parution d’un nouvel article,

Abonnez-vous !

C’est simple et, naturellement, gratuit !

 

 

 

 

 

 

Publié dans Animaux, Chasse, Disparition

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
Le chasseur mentait délibérément et ses copains de cette battue sois disant aux sangliers aussi, ils savaient qu'ils étaient dans une réserve, ce qu'il faut savoir c'est que apparemment il y aurait eu des gardes de l'OFB en congé qui participaient à cette chasse, eux connaissent bien les limites et faisant parti de cette battus ils ont laissés faire, une affaire à éclaircir, mais en attendant une ourse est morte et on suppose que les oursons ont survécus, mais pas de certitude.
Répondre
B
Il est fautif...<br /> Pauvre ourse...<br /> Espérons que les oursons aient survécu...
Répondre
J
Les chasseurs se croient au dessus de toute réglementation et l’état aussi…il n’y aura donc effectivement aucune condamnation et aucune protection plus efficace à espérer.
Répondre
Z
Prête à parier que tout cela n'aboutira ni à une condamnation significative ni à une protection accrue et réelle des ours.
Répondre
M
Dans cette affaire on peut légitimement se poser la question de savoir si l'ourse n'a pas attaquée parce qu'elle avait été blessée par la premier tir ?? on peut aussi penser que tout sera fait pour diminuer la responsabilité des chasseurs à tous les niveaux il f. La réserve du Mont Vallier est ancienne et ses limites parfaitement connue de tout le monde dans la région.J'y ai fait un stage il y une trentaine d'année et les gardes du parc me disaient déjà à l'époque que les incidents avec les chasseurs étaient nombreux et que ceux ci ne respectaient rien ni les limites de la réserve ni les espèces protégées. les choses n'ont guère changées on dirait ...<br /> Pour ce qui est des promesses du gvt en matière de protection de la biodiversité l'expérience nous a appris qu'elles ne valaient même pas le papier sur laquelle on les avaient inscrites !
Répondre