Chasse en Sologne : quand la mort des oiseaux est une bonne affaire

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En novembre dernier, les enquêteurs de One Voice ont infiltré un groupe de chasseurs de Sologne. À leurs risques et périls, ils ont filmé les coups de feu, les oiseaux affolés qui tombent par dizaines, puis qui agonisent sous les sarcasmes. Des scènes d’horreur, monnayées à coups de billets. La chasse est un marché juteux. La mise à mort des oiseaux rapporte gros.

« Les oiseaux essaient de fuir, de voler vite et haut, mais ils sont encerclés. Leur seule chance de survie, c’est la médiocrité des tueurs et leurs erreurs de tir. Certains tombent de plusieurs dizaines de mètres en plein vol, encore vivants. Le choc est violent, leur corps percute le sol, ils se débattent, pattes cassées, poumons perforés. L’agonie est longue… » raconte un de des enquêteurs, encore très ébranlé par les scènes dont il vient d’être témoin. En novembre dernier, ils avaient ainsi infiltré une traque en Sologne. Si les images –tournées pour la plupart discrètement– révèlent la barbarie de ces pratiques que certains osent encore défendre au nom de la tradition, elles mettent aussi au jour ce que l’on sait moins : le trafic juteux de la chasse.

Des cartons de fête foraine sur des êtres sensibles

Les vidéos le prouvent : la chasse n’est pas une balade de santé en plein air, une harmonie de l’humain avec la nature et le vivant. Arrêtons avec ces images galvaudées. Pour remplir leurs besaces, les chasseurs paient les propriétaires des domaines. Ils négocient la date de la tuerie, le nombre d’oiseaux qu’ils pourront tirer. La mort est un marché, une affaire rentable. Ce jour-là, faisans et perdreaux sont lâchés dans un ciel plombé. Ils sont au rendez-vous. Les chasseurs ont payé. Affolés, les oiseaux tentent de s’enfuir. Hélas, pris dans l’œil de mire des hommes armés, ils ne sont que de vulgaires cartons de fête foraine, qui s’écroulent sur le sol. À terre, les hommes les ramassent et les alignent.

Certains bougent encore, tressautent, agonisent.

« J’ai vu ce magnifique faisan vénéré se débattre, puiser désespérément dans ses dernières réserves de vie pour apaiser la douleur qui le transperce. Impassibles, les chasseurs l’observent. Finalement, l’un d’eux l’attrape par la queue, les pattes, le secoue et le repose parmi les cadavres. Mais l’oiseau s’agite toujours. « Fais le mort », ordonne un autre. De longues minutes s’écoulent encore avant que ses ailes s’immobilisent. Définitivement. Voilà à quoi ressemble l’agonie d’un faisan frappé en plein vol. » témoigne encore un des enquêteurs.

Des carnages chaque année

Le soir, après la battue, les hommes comptent leurs prises. 124 faisans, perdreaux et pics verts sont tombés sous les balles. Les hommes applaudissent. Ils ont bien mérité l’apéro. Chaque année, des millions d’oiseaux tombent ainsi, abattus en pleine migration ou après des mois d’élevage en captivité. Nos enquêteurs infiltrent les traques depuis trois ans. Ils peuvent témoigner des « cadeaux » dont les autorités abreuvent les chasseurs en permanence. En cette période électorale, les lobbies cynégétiques vont faire pression sur les élus plus que jamais. Nous ne les laisserons pas faire.

Sophie Dussaussois/One Voice (22 mars 2022)

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Chasse, Oiseaux

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Z
Il n'y a pas de mots assez forts pour dire mon écoeurement et mon chagrin .
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M
La chasse en plus d'être une tuerie, surtout ce type de "chasse" que curieusement on passe le plus possible sous silence, est surtout un énorme et juteux marché où beaucoup de monde se remplit les poches au passage. Ce n'est pas juste pour ramasser des voix qu'elle est défendue bec et ongles par un certain nombre d'élus ....
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B
C'est affreux, atroce...<br /> Où s'arrêtera la barbarie humaine ???
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J
Ces chasseurs ont en eux cette accumulation nauséabonde de perversion, cruauté sanguinolente et admiration de la tuerie à laquelle il faut bien sûr ajouter du fric, lui même puant mais malheureusement béni par nombre de nos décideurs sponsorisant ce soit disant loisir. J’ai bien du mal à ne pas faire, en lisant les lignes de cet article, un parallèle avec ce qu’il se passe en Ukraine : barbarie, destruction, crimes…
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