Pour protéger la biodiversité, des scientifiques appellent à des changements majeurs

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une cinquantaine d’experts publient un rapport sur les moyens d’atteindre des objectifs ambitieux de conservation du vivant alors que la COP15 a de nouveau été reportée…

Une barge à queue noire, une espèce menacée, et de nombreux autres limicoles dans la réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges, en Nouvelle-Aquitaine… Photo : Mathieu Pujol/Le Monde

Vingt-et-une cibles, dix jalons, quatre grands objectifs… Le projet de nouveau cadre mondial sur la biodiversité est, pour le moins, touffu. Pour aider les décideurs à prioriser leurs actions, une cinquantaine d’experts de 23 pays publient, sous la houlette du programme de recherche bioDiscovery et du Groupe sur l’observation de la Terre –réseau d’observation de la biodiversité, un rapport d’évaluation du texte présenté en juillet 2021. « Nous avons souhaité montrer aux négociateurs ce que la littérature scientifique la plus récente dit concernant les moyens de mettre un terme à l’érosion de la biodiversité », explique Cornelia Krug, directrice de bioDiscovery et chercheuse à l’université de Zurich, en Suisse.

La publication de ce document, mercredi 19 janvier, intervient dans un contexte compliqué pour les négociations internationales. La 15e conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, qui s’est ouverte ociellement en octobre en Chine et devait se tenir au printemps, a de nouveau été reportée en raison de la situation sanitaire, sans qu’aucune nouvelle date n’ait été annoncée. Ce rendez-vous doit aboutir à la conclusion d’un cadre mondial visant à mettre fin, d’ici à 2030, à l’effondrement sans précédent de la biodiversité. Une réunion importante, qui doit permettre aux négociateurs de se rencontrer en présentiel pour la première fois en deux ans, est toutefois prévue à la mi-mars en Suisse.

L’occasion, pour les auteurs du rapport, de faire passer un message fort : les efforts de conservation « classiques », tels que les réseaux d’aires protégées, les plans de protection des espèces ou les mesures de restauration, ne seront absolument pas susants pour arrêter la perte de diversité animale et végétale. Or depuis le début des négociations, l’attention s’est en grande partie focalisée sur l’objectif de protéger 30 % des terres et des mers d’ici à 2030, porté par une coalition internationale présidée par la France et le Costa Rica.

« Changements radicaux nécessaires »

« Il existe de très bonnes preuves que nous échouerons de nouveau à atteindre des objectifs ambitieux si l’accent est trop mis sur les aires protégées au détriment d’autres actions urgentes visant à lutter contre les menaces qui pèsent sur la biodiversité, explique Paul Leadley, auteur de plusieurs rapports de la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes) et professeur à l’université Paris-Saclay. Les gouvernements sont clairement aux prises avec l’ampleur et la profondeur des changements radicaux nécessaires mais ces changements seront grandement bénéfiques aux populations à long terme. »

Transformer le système de production alimentaire, réduire massivement les subventions néfastes dans les secteurs de la pêche ou de l’agriculture, limiter les pollutions… « Les 21 cibles, ce n’est pas à la carte, insiste Aleksandar Rankovic, enseignant à Sciences Po Paris. Il n’y en a pas une qui va permettre de régler 70 % du problème alors que le reste serait accessoire. » « L’Ipbes et d’autres, à la COP26 sur le climat par exemple, ont déjà dit qu’il fallait mettre en œuvre des changements transformateurs mais il est important de le répéter pour accroître la prise de conscience », ajoute Cornelia Krug.

Les auteurs du rapport recommandent par ailleurs de mieux prendre en compte les différentes dimensions de la biodiversité –diversité génétique, des espèces, des écosystèmes…– ou encore d’améliorer le processus de suivi des progrès. « Pour le climat, les chercheurs ont un rôle-clé pour évaluer assez régulièrement les objectifs fixés par chaque Etat et dire si la somme de ces efforts est susante, explique Paul Leadley. Nous navons pas le même niveau de réactivité ni le même type d’interfaces entre politiques et scientifiques pour la biodiversité. » Des discussions sont en cours, dans le cadre des négociations pour la COP15, concernant la création d’un mécanisme de transparence et de responsabilité.

Perrine Mouterde/Le Monde

 

 

 

 

 

 

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Z
D'appels forts en appels d'urgence ... Nous n'allons plus dans le mur nous y sommes ! Mais bon , ça ne semble pas affoler nos dirigeants ni les lobbys pour qui ils roulent!
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M
On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas ...Mais je crains fort que nos politiques restent sourds et aveugles à ces propositions.Tout ce qui dépasse le temps de leur mandat leur est indifférent et pendant leur mandat seul le profit les intéresse ....
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B
Il faudrait agir vite dans le bon sens. Avant qu'il ne soit trop tard...
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