Ils ont les oiseaux d’eau à l’œil

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Durant deux jours (16 et 17 janvier), le plus grand rassemblement d'ornithologues bénévoles au monde a scruté les oiseaux d'eau. Objectif : faire un état des lieux grâce à l'opération « Wetlands International ». Visite sur le terrain…

Le Cygne chanteur (Cygnus cygnus) ou Cygne sauvage. Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Le Cygne chanteur (Cygnus cygnus) ou Cygne sauvage. Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Après avoir ratissé l’horizon, Christophe Lemesle laisse retomber ses jumelles sur sa poitrine avant de coller l’œil à sa longue-vue. L’image grossie 80 fois révèle l’intimité du peuple de l’eau. Conservateur de la réserve de Lilleau des Niges, dans l’île de Ré, il n’aurait raté ce moment pour rien au monde. Comme lui, au même moment, 150 000 compteurs bénévoles répartis dans le monde entier scrutent les zones humides pour établir un bilan des oiseaux qui les occupent. C’est le plus grand rassemblement d’experts qui, sur le terrain, se livrent à l’exercice. Cent quatre-vingts pays s’engagent simultanément dans l’aventure, ce qui conduit à observer près d’un milliard cinq cent mille oiseaux en quelques heures.

Tout commence en 1954 lorsque « Wetlands International » (de l’anglais, littéralement « zones humides internationales ») plante ses racines au Royaume-Uni. À l’époque, il s’agit de faire un état des lieux des populations d’oiseaux d’eau pour envisager des mesures de protection si nécessaire. Progressivement, cette ONG évolue en intégrant dans ses évaluations, l’état des milieux naturels humides. Désormais, la rencontre organisée en janvier s’est transformée en institution qui mobilise toutes les bonnes volontés.

En France, 1 500 compteurs bénévoles cessent toute activité pour participer au recensement. Ils appartiennent à plus de 250 organismes et associations s’investissant dans la démarche. Répartis sur tout le territoire, ils sont guidés par une cinquantaine de coordinateurs locaux qui parviennent à orchestrer l’opération sur plus de 500 zones humides. Avec le temps, l’organisation est devenue plus fonctionnelle, les résultats en témoignent. « Nous accumulons près de 250 000 données renseignant sur la présence de 200 espèces d’oiseaux depuis 1967. Cela fait un total de plus de 102 000 000 individus dénombrés » se réjouit Caroline Moussy, coordinatrice du programme de « monitoring bird » (suivi des oiseaux) à la LPO.

La date de comptage à la mi-janvier n’a pas été choisie au hasard. D’une certaine manière, c’est le moment de l’année où il est possible de faire une sorte d’ « arrêt sur image ». La fin de la migration dite « post-nuptiale », c’est-à-dire d’automne, est bien terminée, tandis que les premières remontées « prénuptiales », qui conduiront à la reproduction, ne sont pas encore vraiment engagées. Globalement, partout sur la planète, les oiseaux d’eau font une pause. Par ailleurs, les effectifs à dénombrer sont à leur minimum. La mortalité naturelle, affectant notamment les jeunes de l’année précédente, ainsi que celle due à la chasse, ont fait leur œuvre. Durant quelques jours, la nature est en paix. L’occasion semble unique pour réaliser « un instantané ». L’opération n’est pourtant pas aussi simple qu’il y paraît. Chaque observateur doit se soumettre à un protocole strict qui favorise la fiabilité des données. Ainsi les sites sont standardisés. Ils doivent être identiques chaque année, de sorte que les observations soient comparables. L’itinéraire parcouru, les points d’observation ne peuvent donc changer d’une année à l’autre, ce qui conduit à des « passages de flambeaux » extrêmement rigoureux lorsqu’un nouvel observateur prend le relais d’un ancien.

Une enquête conduite par la Tour du Valat/OFB a révélé que le changement d’observateur réduisait la précision du calcul des tendances. Cela dit, bon an mal an, on considère qu’un observateur expérimenté parvient à une marge d’erreur limitée à 10 %. D’une année à l’autre, les conditions climatiques interviennent aussi dans le bilan des comptages. En 2021, le mois de janvier fut particulièrement contrasté à l’échelle de l’Europe, plus froid que la moyenne à l’ouest et au nord, et plus chaud qu’habituellement dans le sud-est du continent. Quant à la France, après un épisode pluvieux en décembre, janvier a été marqué par une ambiance très froide.

Quoi qu’il en soit, et malgré des difficultés de comptage dans le Grand-Est en raison de la neige, le bilan apparaît plutôt satisfaisant. Les anatidés (cygnes, oies et autres canards) se portent bien. Le cygne tuberculé emporte la palme avec près de 26 000 oiseaux comptabilisés, soit la deuxième meilleure estimation depuis 1967. En revanche, les plongeons et les grèbes montrent un recul sensible. Seuls 6 173 grèbes à cou noir ont été dénombrés, ce qui correspond au plus faible effectif jamais rapporté depuis 1993.

Depuis le temps, les comptages Wetlands permettent d’avoir une vision claire de l’évolution des populations. La progression de ces dernières, toutes espèces confondues, atteint le niveau de 124 %. Cédric Marteau, directeur du Pôle de la Protection de la Nature à la LPO, tempère l’enthousiasme : « Évidemment les résultats sont extrêmement réjouissants, mais certaines espèces restent très fragiles, voire gravement menacées. Ensuite, ces données montrent que les différentes Lois et Conventions de protection des oiseaux ont porté leurs fruits. Enfin, les persécutions dont les oiseaux furent victimes dans les années 1970 ont cédé la place à des actions de protection et à la création de réserves. Cela prouve qu’en agissant on peut espérer des résultats. »

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

 

 

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Z
Super! Des chiffres plutôt encourageants mais il faut continuet les mesures de protection.
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B
Très chouette !!
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C
C'est vraiment bien ce type d'événement! Bonne journée!
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