Comment les animaux de nos jardins passent-ils l’hiver ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’hiver est une période assez critique pour nos amis des jardins : le froid s’installe petit à petit, le gel commence à s’installer et quelques flocons de neige tapissent parfois les feuilles des arbres. En tant qu’humain, pour éviter de s’exposer au froid, nous disposons de maisons chauffées, de vêtements supplémentaires, de réserves de nourriture suffisantes …

Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

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Tout ce qui nous permet de rester à l’intérieur et d’éviter les basses températures. Mais qu’en est-il des animaux des jardins qui vivent 365 jours de l’année à l’extérieur ? Ils ne disposent pas d’endroits chauffés, pas de manteaux, pas de plaid et encore moins de chocolat chaud mais ils parviennent tout de même à survivre ! Alors comment font-ils pour faire face aux températures parfois glaciales de l’hiver ?

Partir ou rester : telle est la question

 Grues cendrées (Grus grus) en vol au lever du soleil, Lac du Der-Chentecoq, Champagne, France. Photo : Christian Cabron/Biosphoto

Grues cendrées (Grus grus) en vol au lever du soleil, Lac du Der-Chentecoq, Champagne, France. Photo : Christian Cabron/Biosphoto

La nature est plutôt bien faite puisqu’ils développent diverses stratégies pour survivre à cette période avec pour objectif de satisfaire aux deux besoins primordiaux : se nourrir et économiser leur énergie. Selon les espèces, les animaux adoptent des comportements différents selon s’ils restent sur place ou s’ils décident de partir pour des destinations plus chaudes. Dans le premier cas, ils doivent donc développer des méthodes d’adaptation afin de survivre pendant cette période. Dans le deuxième, un long voyage s’impose mais qui ne se prépare pas à la dernière minute. Nous allons donc nous intéresser aux différentes stratégies mises au point par les animaux de jardin pour passer le mieux possible la période la plus rude l’année.

Un petit voyage au soleil

Une des stratégies les plus connues et communes est ce qu’on appelle la migration : c’est un déplacement saisonnier, quasi toujours régulier, qui induit obligatoirement un retour et qui constitue la réponse la plus simple à l’arrivée de conditions extrêmes. Il existe ainsi une migration hivernale mais aussi estivale pour des espèces qui ne supportent pas les températures trop chaudes de l’été. Mais cela est plus rare et la majorité des espèces migratrices débutent leur voyage à l’arrivé de l’hiver. Ainsi certains préfèrent partir et passer cette saison dans le sud, là où les températures sont plus supportables et où ils trouveront plus facilement de la nourriture. Cette technique est surtout répandue chez les oiseaux et certains insectes comme les papillons ou les syrphes qui effectuent des migrations sur de plus ou moins longues distances.

 Papillons monarques en migration. Photo : Albert Visage

Papillons monarques en migration. Photo : Albert Visage

Une espèce ne se fixe pas une date dans le calendrier. Cette décision se prend progressivement notamment quand la nourriture vient à manquer (les insectes volants pour les oiseaux, les plantes à fleurs pour les papillons, …) et que cela provoque un stress chez les animaux, l’arrivée des premières gelées pour les canards ou la baisse de luminosité. Petit à petit, les espèces préparent leur corps aux exigences des déplacements migratoires par exemple en constituant des réserves de graisses et en renouvelant leurs plumes dans le cas des oiseaux. La migration est une épreuve pour tous les animaux même s’il ne s’agit pas de la première : ils doivent pouvoir réaliser ce long voyage en étant assez épais pour pouvoir faire face aux longues heures de déplacement. Les hirondelles et les cigognes peuvent parcourir près de 10 000 kilomètres pour rejoindre leur quartier d’hiver mais le record est détenu par une Sterne arctique qui a fait plus de 95 000 kilomètres depuis l’Angleterre jusqu’en Afrique du Sud ! Nos petits passereaux de jardin ne sont pas aussi endurants mais ils sont tout de même capables de rejoindre le nord de l’Afrique pour y passer la période de froid en empruntant ce qu’on appelle un couloir de migration : ils permettent de maximiser l’utilisation des courants ascendants et permettent donc aux oiseaux d’économiser leur énergie durant le voyage. Pour les papillons par exemple, cette période de migration se déroule différemment. Ils utilisent les vents pour faciliter leur vol et empruntent des voies de migration. Pour les migrations de longues distances, certains individus peuvent parcourir jusqu’à des centaines voire des milliers de kilomètres et plusieurs milliers pour la Belle-Dame. Mais les insectes ayant une durée de vie plus courte que les oiseaux, certaines espèces de migrateurs vont se regrouper et se reproduire à vive allure. Une fois leur cycle de vie achevée, ce seront les descendants qui se chargeront du trajet retour vers le nord. Ainsi, la grande majorité des papillons partis ne reviendront malheureusement pas la saison suivante mais seront remplacée par la deuxième génération : c’est ce qu’on appelle la migration primaire.

Une seule solution : l’adaptation !

Mais qu’en est-il des espèces qui ne migrent pas comme le Geai ou de façon occasionnelle comme le Pacha à deux-queues ? Ils s’adaptent ! Un animal, quel qu’il soit, est capable de s’adapter à des conditions assez extrêmes et prêt à tout pour survivre. La solution est de simplement investir son énergie dans des méthodes d’adaptation qui vont permettre de passer au travers des périodes les plus difficiles. Ainsi, on distingue 3 méthodes d’adaptation à l’hiver :

  • Une adaptation morphologique
  • Une adaptation physiologique
  • Une adaptation comportementale

Ces sont parmi les plus vaillantes : elles continuent de vivre presque normalement. Presque car toutes ne peuvent vivre en hiver comme elles le font au printemps ou en été. Elles adaptent le comportement, le fonctionnement ou la forme de leur corps.

 Musaraigne musette (Crocidura russula). Photo : B. Cavignaux

Musaraigne musette (Crocidura russula). Photo : B. Cavignaux

En effet, l’adaptation morphologique survient lorsqu’un animal modifie la forme de son corps pour faire face à une période difficile. On peut également parler d’acclimatation car il s’agit d’un changement permanent et transmissible aux générations suivantes. C’est le cas de certaines espèces d’oiseaux non-migrateurs qui gonflent leur plumage pour le rendre plus épais et ainsi conserver la chaleur du corps. Cet épaississement du pelage se produit également chez des mammifères avec des poils plus épais et plus longs qui permet d’augmenter le volume d’air chaud conservé entre les poils et la peau et participe ainsi à lutter contre le froid. Nos animaux de compagnie comme le chien et le chat ont un pelage d’hiver qu’ils perdent ensuite à l’arrivée du printemps. D’autres espèces modifient complètement la couleur de leur pelage et se couvrent d’un manteau blanc afin de se confondre avec la neige. Car avec un pelage foncé, ils deviennent une cible bien plus facile pour les prédateurs. C’est notamment le cas des hermines ou des lièvres. Enfin quand certaines espèces changent la couleur et l’épaisseur de leur fourrure, d’autre modifient carrément le volume de leur boite crânienne et de leurs organes : c’est ce qu’on appelle le phénomène de Dehnel. L’exemple le plus marquant est la musaraigne. Cette adaptation assez ingénieuse permet de réduire les besoins en nourriture pendant l’hiver et donc d’économiser de l’énergie.

Piquer un petit somme…

D’autres animaux n’ont également pas le goût du voyage et préfère modifier le fonctionnement de leur métabolisme. Il faut tout d’abord rappeler qu’il existe des animaux à sang chaud et des animaux à sang froid. La différence est la capacité de l’animal à réguler sa température interne indépendamment de la température externe. Nous autre les humains, animaux à sang chaud, nous avons une température constante avoisinant les 37 degrés, même en période de grand froid. Mais pour les animaux à sang froid et certains à sang chaud, maintenir une température interne élevé quand il fait proche de 0 degré est très compliqué et implique une dépense d’énergie colossale. L’absence de nourriture voire leur faible poids pour certains, leur empêcher de réguler leur température. Pour éviter cela, certains animaux à sang froid vont rentrer dans un état léthargique afin de subvenir à leur besoin énergétique durant l’hiver : c’est ce qu’on appelle l’hibernation. Il s’agit de la méthode d’adaptation la plus répandue pourtant, il subsiste de nombreuses confusions. L’hibernation induit en effet un sommeil hivernal durant lequel l’animal arrête complètement de s’alimenter et de se déplacer afin d’économiser de leur énergie et réussir à passer sans l’hiver sans mourir de froid ou de faim. Il faut simplement constituer des réserves de graisses avant l’arrivée du grand froid et s’aménager un petit coin douillet. Ainsi les critères d’une hibernation sont :

  • Une température corporelle qui baisse fortement jusqu’à frôler les 0 degré
  • Un métabolisme fortement ralenti avec une fréquence cardiaque allant jusqu’à une ou deux battements par minutes
  • Une activité cérébrale quasiment absente mais suffisante pour assurer les besoins vitaux de l’animal comme la respiration, les battements cardiaques, …

Tous les animaux qui hibernent cherchent un lieu isolé, abrité et tranquille loin du regard car s’ils sont attaqués ou dérangés, ils seront impossibles de se défendre. Parfois, les animaux sont quelque fois amenés à se réveillés pour boire ou faire leurs besoins avant de se rendormir. Mais quand un animal entre en hibernation, on observe une diminution :

  • De la consommation d’oxygène
  • Du rythme respiratoire
  • Du rythme cardiaque
  • Du flux sanguin
  • Du taux d’hormone de croissance

De nombreux auxiliaires de jardin passent l’hiver en hibernation. C’est le cas du hérisson mais aussi des serpents, des chauves-souris, des lézards et même des crapauds qui passent l’hiver enterrés sous 30 centimètres de sol. Le record d’hibernation est attribué au loir gris qui rentre dans un profond sommeil pendant 7 mois de l’année, d’octobre à avril. On connait maintenant l’origine de l’expression « dormir comme un loir » !

Quand certains passent l’hiver dans une grotte, enterré sous une couche de terre, ou dans un terrier, d’autres comme certains reptiles et amphibiens passent l’hiver sous une couche de glace.  En effet, d’habitude, les amphibiens ne réussissent pas à retenir leur souffle plus longtemps que 7 heures. Mais l’eau froide contient plus d’oxygène ce qui permet aux grenouilles aquatiques par exemple de respirer par leur peau et survivre en hiver complet sous l’eau. Pour les insectes, c’est encore différent. Ce sont également des animaux à sang froid dont l’activité est régulée par la température extérieure : plus il faut froid, moins les insectes sont actifs. Ainsi certains insectes vont passer l’hiver à dormir réfugiés dans un trou et entrent en état de diapause, un état semblable à l’hibernation mais pour les insectes. C’est seulement quand la température remonte qu’ils se réveillent et redeviennent actifs. Mais pour une majorité d’espèces d’insectes, hiver est synonyme de mort car le froid hivernal est trop intense pour être toléré par leur organisme. Mais la nature est tellement bien faite que si les adultes ne survivent pas, ce sont les œufs et les larves qui vont tranquillement se développer durant cette période. Ils attendront la fin de l’hiver pour émerger. C’est par exemple le cas de la mante religieuse, des libellules, des sauterelles ou de la Piéride du chou, une espèce de papillon diurne.

Ralentir le rythme…

Enfin, on observe un troisième mode d’adaptation physiologique semblable à l’hibernation : la semi-hibernation ou l’hivernation. L’ours pas exemple n’est pas un hibernant mais un hivernant. Cela se caractérise par, un sommeil très léger, une baisse de quelques degrés de la température corporelle, une activité métabolique faiblement ralentie mais surtout les animaux se réveillent à plusieurs reprises à cause par exemple du dérangement humain ou d’une modification importante des conditions climatiques extérieurs. Cela arrive aussi que, si les conditions le permettent, ils reconstituent leurs réserves de nourriture et mettent parfois au monde leurs petits comme le blaireau ou le raton laveur.

Outre le changement de forme et de fonctionnement du corps, certains tentent de modifier complètement leur comportement. Ces animaux restent actifs en hiver et se sont plutôt bien adaptés aux périodes de grand froid mais il leur faut tout de même changer quelques petites habitudes afin de faire face aux aléas climatiques. Le changement de comportement le plus marquant est le changement de régime alimentaire. Que fait-on si la nourriture que l’on affectionne le reste de l’année n’est plus disponible en hiver ? Alors on change de menu et on se rabat sur d’autres ressources plus accessibles et tout aussi nourrissantes. Quand les fruits et les insectes ne sont plus disponibles en hiver, les animaux passent aux graines. C’est le cas notamment des petits passereaux comme la mésange charbonnière qui va radicalement changer ses habitudes alimentaires. Durant le reste de l’année, la mésange est insectivore mais en hiver, elle peine à trouver des insectes et devient donc granivore. Autre fait plus insolite, ce sont également les mésanges qui en hiver vont adopter un comportement grégaire à l’égard d’autres espèces d’oiseaux. Il n’est ainsi pas rare de voir des hordes de mésanges passer leurs hivers avec une autre horde de verdier. La chaleur que procure le nombre est également un signe qui montre un changement de comportement de la part de certaines espèces d’oiseaux qui d’habitude sont assez solitaire ou uniquement en couple. En plus de la chaleur, cela permet aussi de les protéger d’éventuels prédateurs : une mésange seule ne déstabilisera pas autant qu’une entourée de verdiers ou d’autres mésanges. Mais il n’y a pas que les oiseaux qui adoptent ce comportement, les abeilles sont également capables de survivre à l’hiver en devenant solidaire. En effet, quand les températures sont trop basses, les ouvrières vont toutes se regrouper autour de la reine au centre de la ruche et vont créer de petites vibrations à l’aide de leurs ailes. Cela a pour objectif de créer de la chaleur afin d’une part assurer la survie de la reine mais aussi conserver celles de ses filles tout autour. Et pour éviter que celles aux extrémités ne meurent de froid, elles vont mettre en place un roulement pour que chacune leur tour, elles soient plus exposées au froid.

Mésange charbonnière (Parus major) et Verdiers d’Europe (Carduelis chloris) sur une mangeoire. Photos : D. Tipling/Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)Mésange charbonnière (Parus major) et Verdiers d’Europe (Carduelis chloris) sur une mangeoire. Photos : D. Tipling/Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Mésange charbonnière (Parus major) et Verdiers d’Europe (Carduelis chloris) sur une mangeoire. Photos : D. Tipling/Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Il existe autant de manière de passer l’hiver que d’espèces différentes. Cela nous montre l’incroyable capacité de la nature à s’adapter en privilégiant l’adaptation et les transformations, économes en énergies. Peu importe l’espèce, les animaux qui vivent en région tempéré ont tous trouvé une solution pour assurer leur surie ou celle de leurs descendant. Cela prouve que quand il est question de survie, qu’importe la situation, il est toujours possible de s’adapter. Après cette rude période, tout ce petit monde retournera vaquer à ses occupations en attendant le prochain hiver.

Sources : Jardins de Noé

 

 

 

 

 

 

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F
Je doute que l'être humain ait la même capacité d'adaptation...Dans ce domaine les animaux pourraient nous en apprendre.
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C
C'est vraiment intéressant et présenté avec de superbes photos! Et j'en ai appris, surtout pour les insectes et les amphibiens! Bises et bon week-end à vous deux!
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Z
Merveilleux petits animaux qui savent ce qui est bon pour eux.
Bon week-end Jean-Louis!
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B
Nos petits animaux doivent s'adapter aux rigueurs de l'hiver et aussi aux caprices de la météo...
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J
La nature a une incroyable capacité d'adaptation.
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C
Merci pour cet article passionnant. Il me permet peut être de comprendre pourquoi les mésanges ne chassent pas les autres passereaux chez moi qui vit à 1000 m d'altitude en pleine campagne et pourquoi elles le font chez mes parents qui vivent en banlieue lyonnaise où il fait moins froid, où elles ont plus de nourriture dans la nature et où elles ont moins de prédateurs "volatiles". Ou alors c'est comme pour les humains 😉😃: la ville les rendent agressives 😆. Bonne journée à tous
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