Au nom de la bête (Lettre aux amis de l’Ours et à ceux qui veulent sa peau)

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Il est la bête par excellence, celle qui depuis le fond des âges et notre plus tendre enfance hante les forêts de notre imaginaire et de nos rêves…

On l’a depuis belle lurette chassé de nos forêts de plaine. Il s’en est allé se réfugier en montagne ou en des contrées sauvages éloignées de l’homme où il mène une existence secrète et solitaire appliquant le vieil adage “ pour vivre heureux, vivons cachés ”. Et ne voilà-t-il pas qu’on le traque à nouveau, en parfait indésirable, jusqu’en ses ultimes refuges. Ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin savent qu’il ne cherche en aucun cas le contact, a fortiori pas quand il s’agit d’une mère suitée de ses Oursons. Ceux-ci, soit dit en passant, naissent au cœur de l’hiver, au fond d’une caverne où la mère les bichonne à l’abri des frimas.

Nous regrettons certes la mésaventure qui a valu à un chasseur d’être sévèrement blessé par une Ourse soucieuse de défendre sa progéniture. Fait divers largement relayé par une presse en quête de sensationnel, prompte à offrir à ses lecteurs l’animal en pâture. Au risque de voir ceux-ci, mal dans leur peau et pétris de révisionnisme anti-vie, faire de l’Ours leur bouc émissaire.

La mère Ourse a-t-elle mené ses Oursons au chasseur ou le chasseur s’est-il aventuré jusqu’à eux ? Il ne faut guère être expert en éthologie -science qui étudie le comportement des êtres vivants, animaux ou humains- pour deviner le fin mot de l’histoire. Tout naturaliste, tout chasseur et toute personne saine d’esprit comprendra qu’il faille à tout prix renoncer à semblable approche. Que ceux qui malgré tout optent pour se divertir -chasser en l’occurrence- au cœur du territoire d’une femelle maternant assument les conséquences de leurs actes !

Et que l’on fiche enfin la paix à nos derniers Ours, là-haut sur la montagne !

On comprendra plus volontiers l’inquiétude des éleveurs confrontés à la présence de l’Ours, du Loup ou du Lynx. Là où ces derniers ont disparu, les habitudes de cohabitation se sont perdues et leur retour pose problème. En Slovénie et dans les Abruzzes (Apennin central) où leur présence n’a guère subi d’interruption, les populations vivent en paix avec les grands prédateurs et ne fantasment pas comme cela est le cas en France. Les parades mises en œuvre pour éviter la prédation sur les troupeaux d’animaux domestiques sont rodées et mériteraient que l’on s’en inspire.

Dans les Abruzzes, à titre d’exemple, ce sont les Maremmas, de grands chiens blancs, qui assurent la surveillance des troupeaux. Ailleurs, les bergers s’adjoignent les services d’Ânes protecteurs. Ces gardiens, précieux auxiliaires de l’homme, sont craints des Ours et des Loups qui évitent soigneusement toute confrontation avec eux. En Slovénie, ce sont avant tout les ruchers que l’on protège. Avec raison, vu l’irrésistible attrait qu’exerce le miel sur notre friand plantigrade.

Qu’il me soit permis de rappeler ici un intéressant projet pédagogique mené sous la houlette de Corinne Di Trani, responsable d’animation au Parc Zoologique et Botanique de la Ville de Mulhouse, par des terminales de Mulhouse et de Thann échangeant avec des classes de lycée italiennes sur le thème de la tolérance de la population à l’encontre des grands prédateurs ainsi que sur ceux du partage de l’espace et de la cohabitation. Le seigneur de nos forêts d’antan a, bien entendu, laissé dans notre langue les traces de son passage.

Nous retrouvons celles-ci dans les expressions et formulations suivantes : la patte d’ours ou branc-ursine / l’oreille d’ours / le pavé de l’ours / être un ours / faire l’ours / avoir ses ours / mener une existence d’ours / tourner en rond comme un ours en cage / un ours mal léché / un vieil ours / quel ours ! / un dresseur d’ours / un montreur d’ours / la danse de l’ours / la peau de l’ours / la fosse aux ours / un ours en peluche / un nounours / la Petite Ourse / la Grande Ourse

Comme dictons, mentionnons : ‘’Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué’’. ‘’On ne fait pas danser un vieil ours’’.

Jean de La Fontaine (Château-Thierry 1621 - Paris 1695) met l’Ours en scène dans trois de ses Fables : ‘’L’Ours et l’Amateur des jardins’’, ‘’L’Ours et les deux Compagnons’’, ‘’La Lionne et l’Ourse.’’

Edmond HEROLD, un ami de l’Ours

Pour faire plus ample connaissance :

  • Anne de Malleray ‘’L’Ours’’ Billebaude Numéro 9 / Glénat & Muséum / © 2016 / 96 pages / 19.90 €
  • Catherine Dabadie ‘’Au nom de l’Ours’’ Actes Sud Junior / © 2019 / 192 pages / 13.80 €
  • Jacques Drouin & Claude Grandpey ‘’Dans les pas de l’Ours - De Cannelle à Paddington’’ Séquoïa / © 2015 / 111 pages / 19.80 €
  • Pascal Étienne & Jean Lauzet ‘’L’Ours brun - Biologie et histoire, des Pyrénées à l’Oural’’ Parthénope & Muséum / © 2009 / 513 pages / 25.00 €
  • Pierre Gamarra ‘’L’Empreinte de l’Ours / Roman’’ De Borée / © 2020 / 242 pages / 19.00 €
  • Tom Jackson ‘’Les Ours - Puissants et vulnérables’’ L’imprévu / © 2020 / 224 pages / 24.95 €
  • Jean-Paul Mercier ‘’L’Europe des Ours’’ Éditions Hesse / © 2010 / 382 pages / 20.00 €
  • Jean-Paul Thévenin ‘’Rencontres sauvages - Voyages au pays des Ours’’ Éditions Hesse / © 2020 / 178 pages / 20.00 €

Au moment de boucler ce texte, j’apprends que la battue au cours de laquelle s’est produit l’incident était non autorisée et donc illégale. Le contrevenant ayant trucidé l’Ourse tombe sous le coup de la loi pour destruction d’espèce protégée. Dont acte ! Les Oursons quant à eux se verront contraints de se débrouiller sans leur mère. Du parfait lamentable ! E.H.

 

 

 

 

 

 

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Z
Cet assassinat me décourage et me remplit de tristesse !
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J
Merci Edmond pour ce texte très documenté aimablement transmis par l'ami François ! Depuis la survenue de ce drame, je savais qu'effectivement aucune quelconque battue n'aurait due être pratiqué dans ce secteur des Pyrénées : il y avait donc une volonté délibérée de nuire ! L'ourse est morte, ses jeunes sont peut-être condamnée aussi : c'est probablement tout ce qui importe aux ''anti''... Cette mentalité me décourage chaque jour un peu plus !
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J
Vu le dernier paragraphe : il y avait donc bien intention de tuer !
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S
Et encore une triste histoire, qui ne fait qu'ajouter au moral déjà bien bas par ces temps anxiogènes ! Une fois de plus, une mort inutile. A quand un peu d'empathie de nos gouvernants ??? Bises à vous deux, Jean Louis.
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C
C'est un beau texte sur ces animaux à laisser tranquilles! C'est triste d'apprendre qu'il n'avait pas à être là, surtout pour les ours...
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B
Laissons les ours tranquilles...
Merci Jean-Louis pour ce partage.
Lamentable affaire que celle de cette pauvre ourse trucidée par un chasseur qui n'aurait jamais dû se trouver là. Maintenant les deux oursons doivent se débrouiller seuls sans leur maman...
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