Les USA déclarent éteintes 23 espèces menacées

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le 29 septembre dernier, le Service de la pêche et de la faune des Etats-Unis (US Fish & Wildlife Service) a proposé de retirer 23 espèces animales et une espèce végétale de la liste des espèces menacées américaines, l’Endangered Species Act (ESA). Une bonne nouvelle ? Non plutôt l’inverse. Ces espèces seront désormais considérées comme éteintes à l’état sauvage…

11 oiseaux et 8 espèces de moules éteintes à l’état sauvage

Dans son communiqué, le service explique que « l’objectif de l’ESA est de protéger et de rétablir les espèces en péril et les écosystèmes dont elles dépendent ». Or, pour ces 23 espèces, il semblerait qu’il soit déjà trop tard. Dans le détail, il s’agit de 11 oiseaux, 8 espèces de moules d’eau douce, 2 poissons d’eau douce également, 1 chauve-souris et 1 plante. Beaucoup de ces espèces, surtout les oiseaux, sont endémiques d’Hawaï ou d’autres îles comme Guam.

Parmi les 11 oiseaux disparus :

  • Le Zostérops bridé –Zosterops conspicillatus– vu pour la dernière fois en milieu sauvage en 1983,
  • Le Paruline de Bachman –Vermivora bachmanii– un oiseau qui vit sur l’île de Cuba et aux Etats-Unis et qui n’a pas été aperçu depuis 1988,
  • l’Akialoa de Kauai, aussi appelé Hémignathe à long bec ou Kauai akialoa, observé pour la dernière fois en 1969,
  • le Po-o-uli masqué ou Po`o-uli –Melamprosops phaeosoma– originaire de l’île de Maui, dans l’archipel d’Hawaï, qui n’a plus été vu depuis 2004.

Pour certains de ces oiseaux comme le Po-o-uli masqué, ce n’est pas une surprise. En 2018, une étude réalisée par six chercheurs considérait déjà l’espèce comme éteinte.

Sans surprise non plus, la présence dans la liste de ces 23 espèces éteintes du Pic à bec ivoire –Campephilus principalis– un oiseau emblématique du continent nord-américain. L’industrie forestière avait réduit comme peau de chagrin son habitat au cours du 19ème siècle. Annoncée une première fois comme disparue, l’espèce était revenue dans la catégorie « en danger critique d’extinction » à la suite de divers témoignages. Malheureusement, aucune observation fiable n’a pu être réalisée depuis 1944…

 

Le Pic à bec ivoire (Campephilus principalis) est un oiseau emblématique du continent nord-américain. Sa population a brutalement chuté au XIXème siècle, lorsque les exploitations forestières ont ravagé son habitat naturel. Espèce déclarée « éteinte » au milieu des années 1990, différents témoignages ont amené l’UICN à revoir son jugement : elle est aujourd’hui classée « en danger critique d’extinction ».

Un Zostérops bridé – Zosterops conspicillatus. Photo : CC BY-SA 2.0

Si l’US Fish and Wildlife Service souhaite radier ces 23 espèces de l’Endangered Species Act c’est qu’il considère que des mesures de conservation sont désormais inutiles pour elles. « Les protections de l’Endangered Species Act sont arrivées trop tard, la plupart étant soit éteintes, soit fonctionnellement éteintes, soit en fort déclin au moment de l’inscription. »

Peut-être que l’une d’elles fera un jour son grand retour comme le râle de Guam, Hypotaenidia owstoni. Déclaré éteint en 1994, cet oiseau a bénéficié d’un programme de conservation consistant notamment à l’élevage en captivité puis la réintroduction d’individus en milieu sauvage.

Le râle de Guam a été déclaré officiellement éteint dans la nature, jusqu’à ce qu’il fasse son grand retour…

Exemple d’un succès de conservation sur la liste des espèces menacées des USA

Si la protection de ces 23 espèces est un échec, le Service de la pêche et de la faune des Etats-Unis considère qu’il a empêché « l’extinction de plus de 99 % des espèces répertoriées » sur sa liste. « Au total, 54 espèces ont été retirées de la liste de l’ESA en raison de leur rétablissement, et 56 autres espèces ont été déclassées d’en danger à menacée. »

Un tétras des prairies d’Attwater, Tympanuchus cupido attwateri. Photo : Danita Delimont

Parmi les succès de conservation de l’unité gouvernementale, le tétras des prairies d’Attwater, sous-espèce de Tympanuchus cupido. Près d’un million de ces oiseaux parcouraient les prairies côtières du Texas et de la Louisiane avant de disparaitre drastiquement. « En 1919, l’espèce de tétras avait disparu de la Louisiane et en 1937, il ne restait plus que 8 700 oiseaux au Texas », explique le U.S. Fish & Wildlife Service. Le tétras d’Attwater, considéré comme l’un des oiseaux les plus menacés des Etats-Unis, a continué à péricliter jusqu’au coup de massue de 2017. Cette année-là, l’ouragan Harvey ravage le Texas avec des vents jusqu’à 215 km/h. Le recensement du printemps 2018 ne permet plus d’observer que 13 mâles tétras des prairies d’Attwater.

Placé sur la liste des espèces menacées dès 1967, il a pu bénéficier de plusieurs mesures de protection comme l’interdiction de sa chasse. En avril 2021, une note du Service de la pêche et de la faune, se félicitait que la population de cette sous-espèce soit remontée à son plus haut niveau depuis 1993 avec au moins 178 oiseaux.

Toutefois, sa survie ne tient encore qu’à un fil puisque ce tétras n’est plus visible en milieu sauvage que dans deux sites au Texas : le refuge national de faune sauvage Attwater Prairie Chicken et un ranch privé…

Cécile Arnoud/Espèces Menacées

 

 

 

 

 

 

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Z
Quelle tristesse! Et cela n'incite même pas les décideurs à interdire la chasse ! On constate , point barre!
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J
C’est bien là une production de ce système de gouvernance à haute débilité. Une fois l’espèce disparue on la raye des listes, de cette façon on n’en parle plus et ainsi on masque nos dérives sans vouloir regarder les vrais problèmes en face. Et si quelques temps plus tard une espèce considérée comme disparue est ré observée, on se félicite bêtement ! Triste humanité qui édicte des règles aussi idiotes que cette fameuse autruche se mettant dit-on la tête dans le sable.…vous connaissez la suite.
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D
Quel malheur …il faudrait changer le système mondial pour au moins faire cesser ces disparitions mais si la population , enfin une partie grandissante de la population s’inquiète, les dirigeants pas tu tout . Je me demande pourquoi .. Je n’ai pas encore vu le film Animal de Cyril
Dion sorti hier mais les retours des contacts qui l’ont vu me laissent penser qu’il évoque ce drame … et quelques solutions sans culpabilisation .
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B
C'est très triste...
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J
Combien d'espèces ont ainsi disparu avant même qu'elles ne soient recensées ? A par notre inconséquence de surcroît ! C'est affreux...
Et, pendant ce temps, d'autres continuent à massacrer à tour de bras...
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C
Tu as bien raison et c'est si dommage tout cela!
D
en effet, c'est là le plus dramatique, quand bien des espèces discrètes sont néanmoins fort importantes