Des déchets des restaurants parisiens transformés en compost et en méthane

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Moulinot, une entreprise de l'économie sociale et solidaire de la banlieue parisienne, se charge de récolter les déchets de la restauration pour les recycler en matière première énergétique et agricole.

Photo : Rawpixel /shutterstock

La collecte est réalisée grâce à une grosse trentaine de camions roulant au gaz naturel (GNV) ou au bioéthanol, qui acheminent des épluchures et des repas non finis d'environ 1.600 restaurants de la région parisienne vers le site de l'entreprise à Stains (Seine-Saint-Denis). Il faut ensuite "écarter les erreurs de tri, la fourchette, la charlotte de cuisine, le Tetra Pack qui est oublié" grâce à un déconditionneur équipé d'une trémie de récupération de la matière organique, explique le fondateur Stéphan Martinez, lui-même un ancien restaurateur qui s'est lancé dans le recyclage il y a huit ans.

Parmi les établissements avec lesquels Moulinot travaille, "celui duquel nous sommes le plus fiers, c'est l'Elysée", avec de nombreux restaurants indépendants, et de grandes enseignes de la restauration scolaire et hospitalière, énumère M. Martinez. Pour 20% de son activité, l'entreprise a aussi des partenariats avec des collectivités et l'agence métropolitaine des déchets ménagers d'Ile-de-France, le Syctom.

Des déchets transformés en énergie et compost

"Depuis deux ans, on travaille avec Moulinot qui retraite tous les déchets alimentaires. On a une collecte qui est organisée une fois par semaine", rapporte Damien Boudier, le chef du restaurant Bissac dans le centre de Paris. Ça coûte "17 euros la collecte par semaine", explique le restaurateur qui trouve que c'est "minime par rapport à la quantité de déchets que ça représente". Pour le chef cuisinier, "si on met ça en moins dans les déchets ménagers, c'est un petit pas pour l'humanité et un grand geste pour l'homme".

Moulinot profite de l'évolution de la législation qui oblige depuis 2012 les professionnels produisant plus de 120 tonnes de biodéchets à les faire valoriser, un seuil qui a été abaissé à 10 tonnes en 2016. Mieux, la généralisation du tri à la source des biodéchets, y compris chez les particuliers, est prévue pour 2025.

Une fois triés et filtrés, les restes alimentaires sont chauffés et filtrés pour obtenir une "soupe" organique chargée dans des camions citernes qui livrent cinq agriculteurs partenaires en Seine-et-Marne et qui l'utilisent dans des méthaniseurs. "Ils vont en faire du gaz pour une partie, et de l'autre, ça va partir sur une plateforme de lombricompostage où on va en faire du compost pour nourrir les sols", détaille M. Martinez.

En 2013, il a démarré son activité par une opération pilote soutenue par notamment par l'agence de la transition écologique Ademe et le Syctom, et grâce à un financement de l'association France Active qui finance des projets dans l'économie sociale et solidaire (ESS).

Le coup d'arrêt lié au Covid-19

France Active indique avoir investi 1,3 million d'euros dans Moulinot, qui lui ont également permis de lever 1,1 million d'euros via un fonds commun de placement de Mirova, soit 2,4 millions au total. Le développement rapide de l'entreprise s'est toutefois brutalement arrêté avec l'irruption de l'épidémie de Covid-19, qui entraîné la fermeture des restaurants, tarissant la source de matière première pour le recyclage.

Le volume de déchets traité durant la premier confinement du printemps 2020 a été réduit de 92% mais le chômage partiel et un prêt garanti par l'Etat d'un million d'euros ont permis à l'entreprise, qui avait en réserve une levée de fonds de 4 millions d'euros réalisée en 2018, de tenir alors que son activité n'a retrouvé son niveau d'avant-crise qu'en septembre.

La crise sanitaire "nous a permis de sortir un peu la tête du guidon et de se dire qu'on a un vrai savoir-faire" pour amener des solutions de recyclage aux territoires, selon le président de Moulinot qui va ouvrir prochainement un nouveau site à Réau, en Seine-et-Marne, avec les agriculteurs partenaires, et en projette un autre à Bordeaux…

ID/L’Info Durable (24.11.2021)

 

 

 

 

 

 

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D
Ben oui notre société est tordue et c’est bien pour ça qu’elle court vers sa fin !
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B
Bonne initiative.<br /> Mais oui quelle tristesse tout ce gaspillage...
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J
Faire du lombricompostage ok mais du méthane, c’est moins cool car ce gaz va ensuite être brûlé donc inintéressant par rapport à la très nécessaire réduction du CO2. Il serait plus utile de piéger ce dernier plutôt que de le remettre dans l’atmosphère. Le seul carburant « propre » est l’hydrogène et encore, à la condition qu’il soit produit proprement. Et bien sûr, ce gâchis alimentaire viendrait sans aucun doute au secours de ceux qui ont faim.
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J
Tout à fait de ton avis cher JPL quant au méthane... C'est aussi pour cette raison que chaque implantation de méga-méthaniseur me laisse un goût amer : ils sont basés sur le rendement (méga-méthaniseur = méga-rendrement) et non pas sur l'écologie ! J'en ai déjà parlé lors d'autres publications et j'y reviendrai... fatalement !
Z
C'est sans doute une bonne initiative mais comme tu le dis Jean-Louis, ce gaspillage monstre est bien triste .
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M
Au moins les déchets sont un peu valorisés un petit pas vers moins de gaspillage ...
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J
C'est un des nombreux paradoxes de notre société : d'une part, il y a de plus en plus de gens qui ont faim et ne peuvent, matériellement, pas assouvir cette carence et, de l'autre, nous assistons à un gaspillage monstre ! Moulinot résorbe une (petite) partie de ce qui est jetée par des restaurants parisiens et de sa banlieue, quant au reste... Cela ne changera pas le monde mais permet à certains de vivre !
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