Pourquoi des taxidermistes du muséum de Toulouse ont redonné son aspect d’origine à l’ourse Cannelle tuée en 2004

Publié le par Jean-Louis Schmitt

"Au plan de la génétique, il y a une part d’irréversibilité, quelque chose qui a pris fin", affirme Brian Aïello qui a naturalisé avec Jean-Pierre Barthès, du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, la dernière ourse de souche pyrénéenne… Extrait du magazine "13h15 le dimanche" du 26 septembre 2021.

L’ourse Cannelle est tuée le 1er novembre 2004 par un chasseur sur les hauteurs du village d’Urdos, dans les Pyrénées-Atlantiques. Il est mis en examen pour destruction d’espèce protégée avant d’être relaxé. Le tribunal correctionnel de Pau confirme en avril 2008 l'état de nécessité et retient l'état de légitime défense. La mort de l'animal a suscité en France une vive émotion. Un fait divers aux répercussions importantes, jusqu’à devenir une affaire d’Etat. Une équipe de taxidermistes du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse (MHNT) a redonné son aspect d’origine à l'animal.

"Cannelle est un tout petit individu qui fait entre 90 et 100 kilos, comme le sont finalement les ours des Pyrénées. Ce sont des individus qui évoluent sur un territoire relativement restreint de zones de montagnes où les petits gabarits sont davantage privilégiés que les gabarits lourds, explique Brian Aïello au magazine '13h15 le dimanche' (replay). Une robe presque toujours blonde avec des nuances de pelage importantes au niveau des pointes. C’est vraiment très joli, c’est très beau comme pelage. Elle peut ne pas paraître très impressionnante comme ça, mais elle impose quand même quelque chose d’assez incroyable."

« Nous avions regardé, dans une forme d’indifférence, disparaître la dernière représentante d’une espèce emblématique »

"Quelque chose se dégage de son encolure, de ses épaules, de la masse de sa tête, de l’épaisseur de ses griffes, précise celui qui a naturalisé le plantigrade avec Jean-Pierre Barthès. Elle a été placée pendant huit après sa mort dans un surgélateur à l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. Au moment où Cannelle a été rapatriée, elle était dans une position allongée, totalement éviscérée par les vautours. Tout une partie des babines était manquante et les tours des yeux étaient très abîmés, avec quasiment aucune paupière. On avait un trou béant sur le flanc droit qui était l’entrée des vautours pour consommer ses entrailles. Toute cette pièce-là est un ajout de peau et de poils repris. Cannelle est patrimoniale. Elle est un élément de l’histoire, un marqueur de l’histoire aussi. La souche pyrénéenne a disparu avec elle."

"Au plan de la génétique, il y a une part d’irréversibilité, quelque chose qui a pris fin, ajoute Brian Aïello. C’est peut-être un micro-événement, ou un non-événement, mais je pense qu’elle nous dit beaucoup plus de choses sur nos sociétés modernes, nos modes de vie… que ce qu’elle peut nous dire de l’ours brun." Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique et solidaire (2017-2018) dit au "13h15" : "Nous avions regardé les yeux ouverts, dans une forme d’indifférence, disparaître la dernière représentante d’une espèce emblématique, une souche pyrénéenne qu’on n’a pas remplacée. Il y a quelque chose sur laquelle on a échoué, mais cela a quand même provoqué un sursaut."

France Info (26.09.2021)

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux, Biodiversité

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B
Tellement triste le sort de Cannelle... La voilà immortalisée...
J'ai regardé l'émission et j'étais bouleversée en pensant à son ourson... qui n'a sans doute pas survécu..;
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F
Les randonneurs et alpinistes du Club Alpin ont très mal vécu la mort de Cannelle. Jacques en a pleuré... Il y a quelques années, bien que nous ne l'ayons jamais croisée dans nos balades (et c'est tant mieux) (preuve que les ours ne sont pas un danger), nous parlions d'elle au présent comme on parle d'une amie très chère. Aujourd'hui quelque chose s'est brisé dans nos chères Pyrénées. On est dans l' "après-Cannelle" et bien qu'elle ait été "remplacé", rien ne sera plus comme avant... D'ailleurs on n'a jamais su ce qu'est devenu son ourson.
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F
remplacée
D
J'ignorais qu'elle était la dernière représentante de son espèce pyrénéenne. Quand on lit le mot "irréversibilité" on n'est plus triste uniquement pour cette ourse comme nous l'avons été lors de ce crime que je me rappelle bien également, mais également pour cette perte de la diversité . D'accord avec Jean-Louis et on peut aussi être révolté par la décision de "justice" : ceux qui en sont responsables vivent aussi en toute quiétude... quel dommage que les animaux sauvages ne puissent aux aussi prétendre à "la légitime défense " !
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S
Oui Jean Louis, comme tu le dis, cet abruti coule des jours heureux.. Je me souviens parfaitement de ce jour où l'on a appris le massacre de notre belle Cannelle ! Comment s'étonner si nous devenons mauvais nous aussi, en leur souhaitant le pire !
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S
Oui Jean Louis, comme tu le dis, cet abruti coule des jours heureux.. Je me souviens parfaitement de ce jour où l'on a appris le massacre de notre belle Cannelle ! Comment s'étonner si nous devenons mauvais nous aussi, en leur souhaitant le pire !
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S
Oui Jean Louis, comme tu le dis, cet abruti coule des jours heureux.. Je me souviens parfaitement de ce jour où l'on a appris le massacre de notre belle Cannelle ! Comment s'étonner si nous devenons mauvais nous aussi, en leur souhaitant le pire !
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S
Oui Jean Louis, comme tu le dis, cet abruti coule des jours heureux.. Je me souviens parfaitement de ce jour où l'on a appris le massacre de notre belle Cannelle ! Comment s'étonner si nous devenons mauvais nous aussi, en leur souhaitant le pire !
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N
C'est terriblement triste et injuste. Nos belles Pyrénées ne sont plus les mêmes depuis la disparition de Cannelle. La réintroduction d'autres individus ours est sûrement un élément positif pour la biodiversité et pour tenter de changer la trajectoire dominatrice et destructrice de l'espèce humaine, mais, le corps mort de Cannelle conservė à Toulouse reste une preuve de notre irrespect du vivant et une plaie qui ne fermera jamais. Pauvre Cannelle, elle voulait juste protéger son ourson...
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J
Quand je pense qu'il y a, quelque part dans notre pays, un crétin qui, non seulement, ne regrette pas son ''coup de feu'' mais qui, de surcroît, en est fier... Je suis révolté !
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