Les chasses traditionnelles ont du plomb dans l'aile… et c’est tant mieux
Le Conseil d'Etat vient d'interdire certains modes de piégeage ancestraux dans le Sud-Ouest et les Ardennes. Et cela risque fort de n'être qu'un début. D'autres pratiques sont dans le collimateur des ONG qui plaident le respect de la réglementation européenne…
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Le Conseil d'Etat vient d'annuler l'autorisation de pratiquer certaines chasses traditionnelles dont la tenderie aux grives, pratiquée dans les Ardennes. (SIPA)
Elles font partie de ces traditions ancestrales qui risquent fort de se perdre. Les méthodes non sélectives de piégeage d'oiseaux sont de plus en plus dans le viseur de la justice administrative. Après l'interdiction de la chasse à la glu, fin juin dernier, le Conseil d'Etat vient de tirer de nouvelles salves contre plusieurs de ces pratiques.
Ses magistrats ont prononcé l'annulation d'un arrêté du ministère de la Transition écologique autorisant, pour la période 2018-2020, la capture d'alouettes au moyen de pantes (longs filets horizontaux tendus en plein champs) en Gironde, ou de matoles (des cages posées au ras du sol) dans les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et le Lot-et-Garonne.
Coups d'arrêt
A ce coup d'arrêt s'en ajoute un autre. La capture de vanneaux huppés et de pluviers dorés au moyen de tenderies (des sortes de lacets étrangleurs), à laquelle le gouvernement avait donné son feu vert, a été levée par le Conseil d'Etat dans le département des Ardennes cette fois. Dans les deux cas, les juges, saisis par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et l'association One Voice, ont considéré que les autorisations ne satisfaisaient pas à la directive européenne « oiseaux » de décembre 2009. Selon eux, le ministère n'a pas démontré que ces méthodes de chasse traditionnelles « sont les seules permettant de procéder à la capture » de ces espèces.
Décision historique
Pour leurs détracteurs, la décision est historique, même si elle porte sur une période de chasse caduque. « On voit mal désormais comment la ministre en charge de la chasse pourrait signer les projets d'arrêtés similaires pour la saison 2021-2022 qui ont été soumis à la consultation publique en juin dernier », indique la LPO. Et quand bien-même le gouvernement persisterait-il, cette organisation se fait fort d'intenter des recours en référé à la sortie du moindre nouvel arrêté. Tout en plaçant dans son viseur d'autres pratiques traditionnelles comme la chasse à la tendelle dans les causses de la Lozère et de l'Aveyron.
La protection des espèces menacées, en plus de la lutte contre la souffrance animale, a déjà amené les gouvernements successifs à revoir à la baisse l'importance des prélèvements autorisés. En un peu plus de vingt ans, le nombre maximum d'alouettes des champs pouvant être capturées à l'aide de pantes et de matoles dans le Sud-Ouest a été divisé par quatre pour s'établir à un peu plus de 100.000.
A la Fédération nationale des chasseurs la décision du Conseil d'Etat est perçue comme un acte d'« acharnement sans précédent » contre la ruralité et ses valeurs. « Comment ne pas y voir la main de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, qui a toujours affiché sa détestation profonde des chasses traditionnelles comme son prédécesseur Nicolas Hulot », s'insurge Willy Schraen, son président, qui avait apporté son soutien à Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017.
Joël Cossardeaux/Les Echos
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