Abandons d’animaux : l’été de tous les records

Publié le par Jean-Louis Schmitt

À l’approche des vacances, certains propriétaires d’animaux domestiques n’hésitent pas à s’en séparer pour partir en toute tranquillité. Le phénomène est bien connu mais difficilement quantifiable en l’absence de statistiques fiables au niveau national.

 

Sur les 11 335 animaux recueillis par la SPA, 7 915 sont des chats, comme ici au refuge de Chamarande (Essonne), le 29 juin 2021. Photo : Bertrand Guay/AFP

Dès la fin du mois de juin, la Société Protectrice des Animaux (SPA) avait tiré la sonnette d’alarme. Ses 62 refuges étaient au bord de la saturation avant même le début des vacances d’été. L’association craignait alors le pire pour la période estivale. Un mois plus tard, ses craintes se confirment : entre le 1er mai et le 23 juillet, 11 335 animaux abandonnés ont été recueillis par la SPA sur l’ensemble du territoire, soit plus de 7% de plus qu’en 2019 sur la même période.

Le souci, c’est que la SPA, même si elle est la plus ancienne et la plus structurée, n’est pas la seule association à œuvrer pour la défense des animaux et à recueillir les abandonnés. La protection animale en France est constituée d’un maillage d’associations de tailles variables qui agissent au niveau local. Pour elles aussi, l’été est compliqué. Les deux tiers des refuges membres du réseau Défense de l’Animal affichent eux aussi complets. Si aucun bilan commun à toutes les associations françaises n’est établi, toutes s’accordent en revanche à dire que les 100 000 abandons recensés par l’État chaque année sont largement sous-estimés.

Trois petits chats, puis neuf, puis…

Les félins sont les premières victimes de ces abandons. Les deux refuges de la Société Lorraine de Protection des Animaux (SLPA) sont saturés après la prise en charge de 30 chats en une semaine. Du côté de la SPA, l’augmentation la plus forte concerne également les chats et les NAC’s (nouveaux animaux de compagnie) : 24% de plus par rapport à 2019. "On en est au point de faire la sourde oreille car on ne peut plus en accueillir.", confie Marie-Josée Satorra, présidente du regroupement indépendant des chats perdus de Yerres (Essonne).

Les chats ont la réputation de pouvoir se débrouiller seul et vivre en autonomie dans la nature. Certains parviennent effectivement à survivre ou à échapper à la fourrière et se mêlent aux chats errants, puis se reproduisent s’ils n’ont pas été stérilisés auparavant. À raison de 3 à 4 portées par an, avec à chaque fois entre 4 à 8 chatons… le calcul devient vite compliqué à suivre. "C’est un puits sans fin", résume Marie-Josée Satorra. "On est sur de l’exponentiel, on ne sait même pas quantifier le nombre de chats errants en parallèle du nombre de chats domestiques.", s’indigne Florian Sigronde, chargé de mission pour l’association Défense de l’Animal.

L’État au chevet

En réponse, certaines associations réclament et/ou mènent des campagnes de stérilisation mais ces dispositifs ont été interrompus par le contexte sanitaire de 2020, ce qui explique en partie l’explosion de cette année. Les campagnes doivent reprendre en 2021 avec une enveloppe de 14 millions d’euros répartis par le ministère de l’Agriculture entre les associations candidates.

"C’est un premier pas et ce n’est pas négligeable mais c’est malheureusement une goutte d’eau au regard des besoins. Il faut des années avant qu’une association puisse stabiliser la population de chats sur une commune.", dénonce Florian Sigronde. Il explique que Défense de l’Animal, comme 59 autres associations consultées en amont, réclamait le double, soit 30 millions d’euros.

Outre la stérilisation, les 14 millions d’euros pourront, ou plutôt devront vu l’urgence de la situation, aussi servir à rénover les refuges et à les agrandir pour augmenter leur capacité d’accueil. Ce budget s’inscrit dans le cadre du plan France Relance qui prévoit également 500 000 euros pour la création d’un observatoire de la protection animale. Lancé au printemps 2021, il sera en mesure de communiquer ses premières données publiques fiables en 2022, dont le nombre d’animaux abandonnés au niveau national.

La chasse aux acquisitions impulsives

Chatons tout simplement gratuits, lapins nains pour une dizaine d’euros et même chiots de race : les sites d’annonces en ligne regorgent d’offres publiées tant par des éleveurs professionnels que par des amateurs confrontés, parfois volontairement dans le cadre de saillis, aux portées de leur propre animal. En quelques heures et quelques clics, suivi d’un mail ou d’un coup de téléphone puis d’une visite au domicile du vendeur, on peut se retrouver avec un nouveau compagnon à quatre pattes sur les bras.

Leboncoin, le leader de la vente entre particuliers, vient justement de signer, sous le patronage du ministère de l’Agriculture, une charte avec l’Ordre des vétérinaires pour mieux encadrer la vente d’animaux. Le site pourrait notamment être concerné par la mise en place, entre chaque vendeur et acquéreur, d’un certificat de sensibilisation pour toute adoption ou acquisition d’un animal domestique.

Un certificat pour informer et faire réfléchir

Proposé par la majorité parlementaire dans le cadre de la proposition de loi pour la lutte contre la maltraitance animale, ce certificat vise à faire prendre conscience des conséquences de la présence d’un animal au sein du foyer et des besoins physiologiques de ce dernier. Il imite le processus de sensibilisation déjà en place dans la majorité des associations: espérance de vie de lanimal, coût financier des équipements et soins, solutions de garde pendant les vacances seront abordés avec le futur propriétaire de l’animal.

Sa signature instaurera surtout une pause au cours de l’emballement émotionnel, souvent à son comble face à l’animal d’autant plus attendrissant lorsqu’il est jeune. L’objectif est bien de freiner les acquisitions impulsives. S’il est adopté par le Parlement (le texte, déjà validé par l’Assemblée nationale, sera débattu au Sénat le 30 septembre), le document s’appliquera bien évidemment aux refuges et élevages mais également aux animaleries.

Il ne sera alors plus possible de passer à la caisse avec un animal sans avoir conclu cette étape administrative avec un vendeur. Contrairement au contrat d’adoption signé entre une association et un adoptant, la signature de ce certificat restera néanmoins purement déclarative et ne devrait concerner que les animaux carnivores domestiques : les chiens, les chats et les furets.

Louise Lemaire

 

 

 

« Abandonner un animal, c’est le condamner à mort » Jacques-Charles Fombonne, président de la SPA

Que dites-vous aux gens qui abandonnent leur animal?

"C’est un acte de condamnation à mort: un animal domestique ne sait pas survivre dans la nature. Même s’il est ramassé par la fourrière, si c’est au mois d’août et qu’il n’y a plus de place dans les refuges à proximité, la fourrière l’euthanasiera. Avant d’acquérir un animal, il faut se demander ce qu’on va en faire dans les années qui viennent, si on a les moyens de le soigner, de le nourrir et de partir en vacances avec lui ou de le faire garder. C’est un engagement de long terme: on nachète pas un animal comme on achète un jeans."

Que leur conseillez-vous tout de même?

"D’abord, d’épuiser toutes les solutions parce qu’on a toujours un ami, un parent ou une pension si on veut bien y consacrer un petit peu d’argent. Si maintenant vous êtes complètement dans l’échec, venez l’abandonner dans un refuge. On ne vous fera pas de morale et au moins on préfère récupérer l’animal vivant dans de bonnes conditions avec son carnet de santé, avec tout ce qui peut nous aider quant à la connaissance de son caractère et le redonner ensuite à quelqu’un qui s’en occupera mieux."

Actuellement, l’abandon d’un animal domestique est considéré comme un acte de cruauté passible de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros damende. Est-ce une peine suffisante à vos yeux?

"Je suis général de gendarmerie, j’ai passé ma vie à faire appliquer la loi pénale, la petite expérience que j’en ai c’est que les peines ne font peur qu'aux gens qui ne commettent pas les infractions. Le projet de loi sur la maltraitance animale qui passe au Sénat en septembre veut durcir la peine maximale à 5 ans de prison et 45 000 euros damende, je pense que ce nest pas forcément utile. Elle est très très rarement retenue même lorsquil y a des sévices graves. Pour labandon, je nai jamais vu en trois ans de présidence à la SPA l’application du maximum tant sur l’amende que sur la peine de prison. Le seul message que je vois dans ce projet de durcissement de la loi est politique: le législateur prend conscience et sintéresse à la situation de la protection animale et ça, c’est important."

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Z
Cela me déchire le coeur. Comment peut-on faire cela?
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B
Affreux... Triste...<br /> Hélas !!!<br /> Cela me déchire le coeur...<br /> Je partage
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D
Adopter un animal de compagnie nous rend responsable de cet être vivant. Nous lui devons la protection, assurer son bien-être et l'éduquer au mieux. C'est une aventure à double sens, car lui aussi nous éduque.<br /> Un animal, quel qu'il soit, ressent, souffre dans son corps, a des émotions. Il doit être respecté ! (même s'il fait partie de la chaîne alimentaire) <br /> En écoutant nos animaux, en leur faisant confiance, nous pouvons leur offrir la place qui leur revient, celle qu'il souhaite et non celle qu'on leur impose. <br /> La "communication animale" est invisible, non palpable, une donnée spirituelle !<br /> La communication animale c'est du REEL !<br /> Les animaux sont conscients de qui ils sont, pareil que nous les humains, la seule différence :<br /> Les animaux ne jugent pas, ils n'analysent pas, ils n'ont pas une réflexion sur eux-mêmes. Ils vivent dans le présent, dans leur vie. Ils vivent, et, s'est cela que nous devons apprendre d'eux !<br /> Si nous pouvions élargir notre esprit pour concevoir que les animaux sont des êtres sensibles, des êtres conscients qui ont des pensées et des émotions, alors nous pourrions découvrir l'amour, l'amour inconditionnel !<br /> C'est un honneur pour nous de vivre l'amour des animaux, c'est un grand honneur.<br /> Extraits de : Shaina Lebeau, Jacqueline Schaub, Laila Delmonte
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B
Merci Danièle pour ce beau et bouleversant partage
D
quand on adopte un animal, on a ensuite des devoirs envers lui!
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J
Oui mais ils sont souvent sous-estimés surtout en ville.