Un projet immobilier menace des arbres centenaires, une riveraine fait plier le promoteur

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Virginie Mathieu a a lancé une pétition, qui recueille plus de 20 000 signatures, pour s'opposer à l'abattage d'arbres remarquables au parc de la Maye de Bernet à Bègles (Gironde).

Virginie Mathieu est à l’origine de cette pétition. Photo : ©Actu Bordeaux

Quand elle a vu les engins de chantier débarquer dans son havre de paix à Bègles (Gironde), Virginie Mathieu n’en a pas cru ses yeux d’abord. Puis, son sang n’a fait qu’un tour.

« Écœurée » d’apprendre qu’un immeuble (R+2+ attique) allait sortir de terre, au sein du parc de la Maye de Bernet où elle a ses habitudes, la riveraine a lancé une pétition pour sauver les arbres centenaires menacés par ce projet immobilier.

Des arbres menacés dans une ville écolo

Elle recueille plus de 20 000 signatures et localement, le sujet « déchaîne les passions », reconnaît Olivier Goudichaud, l’adjoint en charge de l’urbanisme durable à la mairie de Bègles, dirigée par l’écologiste Clément Rossignol Puech (EELV).

À tel point que les élus ont rencontré les défenseurs du parc et écouté leurs doléances. Le 25 juin, ils ont négocié le gel du projet de construction auprès du promoteur Vilogia, unique propriétaire du terrain depuis que la Ville a vendu ses parts en décembre 2013.

« Quelque part, on peut se féliciter que les citoyens s’emparent des problématiques environnementales. À Bègles, la mairie est écologiste. On comprend la défense de la biodiversité et on la défend nous-mêmes », introduit Olivier Goudichaud.

Un projet pour « plus de justice sociale »

Pour autant, l’adjoint tient à rappeler que le projet –qui prévoit la construction de 17 logements sociaux– n’est pas porté par « un promoteur classique ».

« Il apporte une réponse à la crise du logement sur la métropole en permettant de répondre à la demande de logements sociaux, qui est forte : plus de 1 000 demandes en attente à Bègles et plus de 40 000 sur la métropole bordelaise. C’est notre devoir en tant que décideurs publics de tenir cet objectif pour plus de justice sociale. » Olivier Goudichaud Adjoint en charge de l'urbanisme durable

Un argument qui ne fait pas mouche chez les riverains du parc béglais, dont une partie des centaines d’occupants de la résidence sociale de la Maye de Bernet, voisine du site, qui voient d’un mauvais œil les pelleteuses dans leur jardin.

« Un îlot de fraîcheur au milieu des immeubles »

« L’été, on crève de chaud dans nos appartements, se plaint Virginie Mathieu, qui habite dans un T3. On ressent vraiment le réchauffement climatique. Dans le quartier, il n’y a que des immeubles. Cet écrin de verdure, c’est notre îlot de fraicheur. C’est un vrai luxe. »

Curieusement, le parc de la Maye de Bernet n’a jamais été aussi fréquenté et apprécié que depuis l’existence de ce projet immobilier. « Beaucoup de gens l’ont découvert avec la pétition, s’en amuse Virginie Mathieu. Ils ont envie de se le réapproprier. »

Niché à l’abri des regards, le site était jusqu’alors parcouru par quelques rares badauds, venus promener leur chien, chercher un peu d’ombre ou de quiétude. Virginie, habituée à y faire du tai-chi, se réjouit d’avoir obtenu le gel de la construction.

34 arbres doivent être plantés en contrepartie

« C’est une première victoire pour nous, scande-t-elle, mais le combat continue. On souhaite l’abandon de la construction. Des gens nous ont rejoints pour défendre la sauvegarde du site. Tout le quartier est motivé ! »

Une délégation d’habitants milite contre l’abattage d’arbres remarquables dans le parc de la Maye de Bernet. Photo : ©Actu Bordeaux

De son côté, la Ville de Bègles rappelle qu’en 2020 et 2021, 231 arbres ont été plantés sur la commune et 1360 m² d’espaces publics ont été végétalisés afin d’accroître la qualité de vie, le confort et la santé des habitants de Bègles.

À titre d’exemple, elle vient de livrer le nouveau Parc de Bray au cœur du quartier Monmousseau (5 400 m2 de nature). « Il en va ainsi chaque année, conformément aux engagements de l’équipe municipale, dans un objectif écologique et social en faveur de tous ceux qui n’ont pas les moyens d’aller se rafraîchir l’été à la mer ou à la montagne », prône Olivier Goudichaud.

Le rapport d’un écologue est attendu à la rentrée 2021

« Évidemment, c’est toujours déplorable de devoir abattre des arbres, dit-il à propos du projet à la Maye de Bernet. Mais il y a aussi un principe de réalité. Puis, il s’agit d’une construction au gabarit limité. Ce n’est pas une tour de dix étages. Certes, il y aurait deux arbres remarquables de menacés mais c’est un mal pour un bien car il est prévu, en contrepartie, de planter 34 arbres d’essences variées sur le site d’ici la fin des travaux. »

Le lot de consolation n’est pas satisfaisant, selon Virginie Mathieu. « Vilogia a déjà planté des jeunes arbres un peu partout dans la résidence mais comme ils ne s’en occupent pas, ils sont morts. Ce sont juste des épouvantails. Puis, avant qu’un arbre fasse de l’ombre et produise autant d’oxygène, il faut attendre des dizaines d’années », argumente-t-elle.

La riveraine, qui s’est rapprochée de l’association GNSA (Groupe national de surveillance des arbres), craint surtout qu’une dizaine d’arbres centenaires soient menacés plutôt que les deux-trois annoncés. Avec une délégation d’habitants, elle a réclamé des études complémentaires pour mesurer l’impact de la construction sur l’écosystème.

« Voir si Vilogia peut modifier le projet initial »

Ils ont obtenu gain de cause. Un écologue doit réaliser un nouveau diagnostic. Ses résultats sont attendus pour la rentrée 2021. « Ça laisse le temps à Vilogia de réfléchir pour voir s’ils peuvent modifier le projet initial, commente Olivier Goudichaud, voire le déplacer. Je ne sais pas si c’est envisageable. »

« Je peux comprendre la problématique du mal logement mais il faut savoir que dans le quartier, tout le long du tramway, il y a énormément de maisons ou de terrains abandonnés dont certains sont la propriété de Vilogia. Il y a largement de quoi y construire des logements sociaux ailleurs que dans un parc », expose Virginie Mathieu.

En attendant la décision de l’expert mandaté pour mesurer l’impact du projet immobilier, les riverains du parc de la Maye de Bernet peuvent au moins se réjouir d’une chose : ils auront leur îlot de fraîcheur pour –au moins– un été supplémentaire !

Nicolas Gosselin/ Actu Bordeaux (5.07.20 21)

 

 

 

 

 

 

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C
Inadmissible, qu'est-ce que c'est que ce promoteur Vilogia qui veut détruire ce parc pour construire des logements sociaux alors que des maisons et terrains sont à l'abandon, va construire ailleurs son projet immobilier, rénove les maisons au lieu de vouloir détruire ces quelques arbres. On fait pas n'importe quoi, alors que la planète va mal. Vivement la rentrée 2021, pour connaître les résultats des mesures de l'impact de ce maudit projet qui je l'espère ne se réalisera pas dans ce parc que l'on protége et que l'on protégera jusqu'au bout. Si besoin, Virginie Mathieu, organisez une deuxième pétition que je signerai volontiers comme la première pour défendre ce lieu à préserver à tout prix.
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Z
Ce genre de cause devrait être évidente pour n'importe quel élu ! Heureusement que les habitants ont été vigilants mais ce n'est pas gagné apparemment! Consternant!
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B
Une pétition que j'avais signée !
Il faut sauver ces arbres remarquables !!
Arrêtons de bétonner à tout va, bon sang !!!!!!!!!!!!
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C
C'est bien de défendre cet endroit si important pour eux! Bises et belle semaine à vous deux!
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D
Insensé. Et la mairie a vendu le lieu à un promoteur !!! On peut penser qu’à l’époque le maire n'était pas l’écolo d’aujourd’hui! ??? Mais qui sait ?
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