Migration printanière des Parulines
Chaque année, au moment de la migration printanière des oiseaux, la communauté des ornithologues professionnels, amateurs et même occasionnels se mobilise pour observer l’apparition des espèces revenant de leurs quartiers d’hiver d’Amérique du Sud, d’Amérique Centrale ou des îles des Caraïbes. Un évènement que nous conte Olivier Langrand avec cette nouvelle contribution magnifiquement illustrée…
De toutes les espèces migratrices, le groupe des Parulines (Parulidae) occasionne une véritable fascination auprès des observateurs. Au total 56 espèces de ces oiseaux, appartenant à 15 genres différents, se rencontrent aux États Unis. Quatre axes migratoires nord-américains sont reconnus. L’un longe la côte atlantique du continent américain, un autre suit le parcours du Mississippi qui sépare les États-Unis en deux parts égales suivant un axe nord-sud, un troisième passe au-dessus les plaines centrales et un dernier suit la côte pacifique.
Il existe plusieurs sites majeurs sur ces axes migratoires. Certains, comme Cape May au New Jersey ou Magee Marsh dans l’Ohio, sont fameux et fréquentés assidument par les ornithologues. Au cours des années précédentes mon activité s’était concentrée sur des sites proches de la région de Washington, D.C., parmi lesquels Rock Creek Park dans le District of Columbia qui est populaire parmi les ornithologues de la capitale fédérale et un excellent site pour l’observation des oiseaux pendant la migration.
J’ai décidé cette année de me rendre dans l’Ohio et de passer une semaine à Magee Marsh. Les conditions météorologiques jouent évidemment un rôle important et en passant sept jours sur place j’espérais optimiser mes chances pour que mon séjour coïncide avec une vague importante d’oiseaux migrateurs. Le Laboratoire de l’Université de Cornell dans l’État de New York met à disposition des informations précises sur la migration au travers d’un site internet dédié à ce phénomène : BirdCast. C’est au cours des deux dernières journées de mon séjour que l’activité migratoire a été la plus intense avec 11 000 oiseaux/km/nuit.
Sur les 33 espèces de Parulines qu’il m’était possible d’observer à cette époque de l’année j’ai eu la chance d’en observer 22, dont voici la liste exhaustive : Paruline obscure (Vermivora peregrina), Paruline à joues grises (V. ruficapilla), Paruline à collier (Parula americana), Paruline jaune (Dendroica petechia), Paruline à flancs marron (D. pensylvanica), Paruline à tête cendrée (D. magnolia), Paruline tigrée (D. tigrina), Paruline à gorge orangée (D. fusca), Paruline bleue (D. caerulescens), Paruline à gorge noire (D. virens), Paruline à croupion jaune (D. coronata), Paruline à couronne rousse (D. palmarum), Paruline des pins (D. pinus), Paruline des prés (D. discolor), Paruline à poitrine baie (D. castanea), Paruline de Kirtland (D. kirtlandii), Paruline noir-et-blanc (Mniotilta varia), Paruline flamboyante (Setophaga ruticilla), Paruline orangée (Protonotaria citrea), Paruline masquée (Geothlypis trichas), Paruline des ruisseaux (Seirus noveboracencis), Paruline couronnée (S. aurocapiulla), et Paruline à calotte noire (Wilsonia pusilla).
Magee Marsh Wildlife Area est une réserve de 890 hectares au bord du Lac Érié où plus de 300 espèces d’oiseaux ont été répertoriées. Elle est gérée par le département des ressources naturelles de l’État de l’Ohio. Elle est contiguë à la Réserve d'Ottawa (National Wildlife Refuge) qui lui couvre une surface de 2630 hectares abritant les écosystèmes représentatifs de l’énorme marais de 400,000 hectares, The Great Black Swamp, qui recouvrait cette région jusqu’à ce qu’il soit drainé et transformé à la fin du 19ème siècle.
Au cours des migrations automnale et printanière des centaines d’ornithologues se rendent à Magee Marsh. Pour certains cette visite s’apparente à un pèlerinage qui se répète année après année. Au mois de mai les gestionnaires de la réserve enregistrent la visite de 75 000 personnes avec des pics de 3 000 visiteurs par jour certaines fins de semaine. Lors de ma visite début mai 2021 la fréquentation était moindre du fait de l’impact de la COVID-19 sur les déplacements des personnes. Cependant, le jour du Global Big Day, le 8 mai, 2 500 personnes étaient présentes sur le site de Magee Marsh. Certaines d’entre elles avaient préalablement réservé en ligne l’accès à la promenade sur passerelle qui chemine à l’intérieur de la réserve. Ce cheminement sur plancher surélevé permet d’être à l’intérieur d’une bande boisée partiellement inondée de 30 mètres de large sise entre le marais et la limite du Lac Érié dans laquelle se concentrent les passereaux migrateurs en attente des conditions favorables au survol de cette masse d’eau imposante la nuit venue.
L'observation des oiseaux et une activité prisée des Amish. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)
Parmi les visiteurs de Magee Marsh ce jour-là, j’ai eu la surprise de rencontrer un groupe de 45 représentants de la communauté Amish que le film Witness sorti en 1985 a popularisée internationalement. Les Amish appartiennent à une communauté religieuse chrétienne originaire de Suisse et d’Alsace qui a émigré en Pennsylvanie au 18ème siècle puis dans l’Ohio et dans l’Indiana au 19ème siècle. Les Amish rejettent un certain nombre d’aspects de la vie moderne et en particulier n’utilisent pas de véhicules à moteur, mais des attelages de chevaux. Cependant pour venir à Magee Marsh ils avaient affrété trois petits bus avec chauffeurs pour ne pas déroger à leurs principes. Enfants, adolescents, adultes et patriarches des deux sexes, tous équipés de jumelles de grande qualité, arpentaient les pistes de la réserve en démontrant un enthousiasme évident à la vue des différentes espèces d’oiseaux rencontrées et échangeaient entre eux dans un langage germanique dans lequel j’ai reconnu des expressions et intonations alsaciennes. L’observation de la nature et plus particulièrement des oiseaux et une activité prisée des Amish, en particulier de ceux établis dans l’Ohio. Elle est pratiquée principalement aux abords de leurs villages, mais régulièrement dans les zones majeures pour l’observation des oiseaux dans la région des Grands Lacs.
L’espèce de Parulines la plus recherchée à Magee Marsh au mois de mai est sans nul doute la Paruline de Kirtland, mais elle y est rarement observée. Cette espèce est considérée comme une des cinq espèces de passereaux les plus rares d’Amérique du Nord. Elle a été décrite en 1852 et son écologie est restée dans l’obscurité pendant un demi-siècle. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que la reproduction de cette espèce dans l’État du Michigan et de façon plus marginale dans l’État du Wisconsin a été documentée. Enfin, en 2008, la nidification de cette espèce en Ontario au Canada a été prouvée. Cette espèce niche exclusivement dans de jeunes forêts de pins gris (Pinus banksiana) qui se développent sur des sols sableux pauvres. La presque totalité de la population nicheuse de Paruline de Kirtland est gérée au travers de 23 zones de conservation (Kirtland’s Warbler management Areas).
Dans les années 1970 la population de cette espèce était au plus bas avec 400 individus. La gestion des zones de nidification au travers du maintien de parcelles de jeunes pins qui constituent l’habitat de prédilection pour la nidification de la Paruline de Kirtland a été la clé du succès. Aujourd’hui la population est estimée à 4 200 individus, preuve que les efforts de conservation ont porté leurs fruits. Cette espèce est un tel symbole de la conservation de la nature qu’une université locale, Kirtland Community College, établie à Grayling, Michigan, est nommée d’après cette Paruline. A noter que pour ces quartiers d’hiver la Paruline de Kirtland a choisi les îles des Bahamas et de Turques-et-Caïques.
L’observation des différents aspects de la migration des oiseaux est toujours fascinant ou qu’on soit et quel que soit les espèces concernées : Cigognes blanches dans le Sinaï, Faucons de l’Amour en Afrique du Sud, Bécasseaux maubèches dans la Baie de Delaware, Oies des neiges au Cap Tourmente au Québec ou encore ces Parulines, passereaux de 12 g qui parcourent annuellement parfois plus de 3 000 kilomètres entre leur sites de nidification boréaux et leur lieux d’hivernage subtropicaux ou tropicaux.
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