Les oiseaux enfin libres : la glu colle désormais au passé

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Lundi 28 juin, le Conseil d'État a déclaré la chasse à la glu illégale. Cette décision de la plus haute juridiction administrative est forcément une bonne nouvelle pour les espèces protégées. Mais il est temps d'aller plus loin !

Le Conseil d’État m’est devenu familier. À force d’avoir si souvent tenté de plaider la cause d’une faune maltraitée, meurtrie, je me suis laissé apprivoiser par la plus haute juridiction française. Et pourtant, à chaque visite, l’imposant double escalier en marbre blanc qui conduit aux salles d’audiences s’apparente toujours à une sorte de purgatoire. En grimpant les marches, on se demande si elles conduiront au ciel ou à l’enfer. Dieu m’est témoin que lors de la dernière visite, le 27 mai dernier, mes pas semblaient moins pesants. Je franchissais même les marches avec une certaine légèreté. Bien sûr, rien ne prouvait que la justice trancherait dans le sens du respect des oiseaux mais tout concourait pour qu’une page douloureuse finisse par se tourner. Voilà plus de cinq ans que la LPO se bat pour en finir avec ce que l’on qualifie aimablement de « tradition ».

Adoptée dans cinq départements méditerranéens (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var et Vaucluse), cette pratique consiste à enduire des baguettes de glu (gluaux), posées de l’aube à 11 h du matin, pour capturer –théoriquement– des grives et des merles. Gardés encagés, ces derniers servent ensuite d’appelants pour attirer leurs semblables, tirés au fusil. Sauf que la glu piège n’importe quel oiseau de passage, protégé ou non. Les piégeurs ont toujours juré sur l’honneur de leur première galinette cendrée qu’ils relâchaient les espèces non désirées et tout particulièrement celles qui étaient protégées. Pas de chance, les caméras cachées posées par la LPO ont démontré le contraire. De plus, en février 2018, le Centre National d’Information Toxicologiques Vétérinaire a conclu à « des lésions des plumes, de l’appareil musculo-squelettique, sans parler des contaminations par la glu et les solvants qui peuvent affecter la survie des oiseaux ». C’est pourtant 40 000 oiseaux (merles et grives) qui ont été autorisés de piégeage, chaque année.

Après avoir frappé à toutes les portes sans résultat, la LPO a dû se retourner devant la plus haute juridiction européenne : la Cour Européenne de Justice qui, en mars 2021, déclarait notamment que « cette pratique était susceptible de causer aux espèces capturées non ciblés, des dommages autres que négligeables ». Ainsi éclairé le Conseil d’État vient de mettre un terme à la glu en France. Barbara Pompili, qui avait déjà condamné courageusement la glu en août 2020, s’est félicitée de l’épilogue, sur Twitter. Elle risque de ne pas en rester là. La Cour Européenne de Justice a notamment souligné la maltraitance infligée à la faune sauvage, ce qui est nouveau puisque ce genre de préoccupation était jusqu’alors réservée aux animaux domestiques. Elle a également pointé la prétendue notion de « petite quantité » d’oiseaux prélevée. Sous couvert de cette estimation, c’est non seulement 40 000 oiseaux qu’il était autorisé de capturer mais les oiseaux protégés n’étaient évidemment pas déclarés.

Destinée aux grives et aux merles, cette ‘’chasse’’ consiste à piéger des oiseaux sur des tiges enduites de colle, appelées gluaux. Les oiseaux ainsi capturés sont mis en cage et servent, par leurs chants, à en attirer d’autres pour les chasseurs... Photo : JLS

Le Conseil d’État a alors considéré que ni l’État, ni les chasseurs n’étaient en mesure de garantir les « petites quantités ».

Autre argument de poids pointé par le Conseil d’État : il existe des méthodes alternatives (fusils) pour obtenir les oiseaux gibiers. L’ensemble de ces considérations conduit à une autre conclusion : jusqu’à quand la France va-t-elle poursuivre des pratiques non sélectives et maltraitantes? Il suffit de vagabonder dans certaines régions de lHexagone pour constater que des méthodes dun autre temps perdurent avec la bénédiction des autorités. Au hasard de ces petites misères, on note les collets qui étranglent les oiseaux en Ardennes, les « lecques » (assommoirs) posés généralement en pleine période de neige dans le Massif central ou encore les matoles (cages métalliques) dans le Sud-ouest. Sans parler du « déterrage » des blaireaux, pratiqué alors même que les jeunes sont encore dans les terriers, dépendants des parents. Ces procédés féodaux ne relèvent pas de la nécessité. Il ne s’agit pas de piéger pour survivre, comme ce fut le cas en temps de guerre ou de disette. Ici et maintenant, seul le plaisir justifie l’usage.

En septembre prochain, la France accueillera à Marseille le Congrès Mondial de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). On attend plus de 10 000 participants représentant près de 192 pays. L’occasion serait judicieuse de déclarer publiquement la fin de ces piégeages en tous genres. Et dans la lancée, pourquoi ne pas en finir également avec la quinzaine d’espèces d’oiseaux figurant sur la liste rouge des espèces menacées et continuant d’être chassées sur notre territoire. Ce paradoxe ne trouble évidemment pas les chasseurs qui s’auto-proclament « premiers écologistes de France ».

En attendant qu’ils en fassent la démonstration en mettant également un terme aux chasses en enclos, véritables ball-traps indécents ou aux lâchés de quelque 15 millions d’animaux d’élevages poussés devant les fusils chaque année. Quant à la fin de la chasse à la glu, la LPO demande que la vente de la glu soit purement et simplement interdite. Elle reste utilisée contre les insectes et capture au passage des passereaux ou des rongeurs qui agonisent de manière inqualifiable en tentant de s’arracher la peau… Victor Hugo constatait : « L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà. »…

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

 

 

Si vous avez apprécié cette publication,

partagez-là avec vos amis et connaissances !

Si vous souhaitez être informé dès la parution d’un nouvel article,

Abonnez-vous !

C’est simple et, naturellement, gratuit !

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Sandrine 06/07/2021 06:49

Je remercie la LPO,l'ASPAS et autres associations pour les combats qu'elle mène.
Mais les batailles successives montrent à quel point les combats pour la protection de la biodiversité sont nombreux.
Et tout ceci est tellement désespérant et triste!!

Zoé 02/07/2021 21:10

Ne faisons pas la fine bouche c'est une avancée non négligeable!
Va falloir maintenant mettre un pied dans la porte des traditions dites intouchables : chasse à courre et corrida! .

Françoise 02/07/2021 17:06

Belle victoire, mais c'est plus que triste de constater qu'on en est encore à interdire des méthodes de chasse barbares en 2021...

Sylvette 02/07/2021 09:19

Enfin une petite victoire mais il reste beaucoup à faire.

danièle 02/07/2021 09:16

MERCI du fond du Coeur à ceux qui servent la Lumière et la Vie Constructive !
La glu fait désormais partie d'un passé sombre, mais il reste tellement de batailles ... .
Espérons que la loi soit appliquée drastiquement et contrôlée !

Mario 02/07/2021 08:46

Un petit pas dans le bons sens mais il y a encore beaucoup de chemin pour sortir du moyen age ...

Jacky 02/07/2021 08:30

Il reste à appliquer la loi.......

Jean-Louis 02/07/2021 08:12

Certes, c'est une avancée mais il y a encore du boulot ! En matière d'environnement et en l'occurrence de Chasse, la France est vraiment un pays d'arriérés....