Ils nagent 380 km dans la Seine pour qu’on arrête de jeter des mégots par terre

Publié le par Jean-Louis Schmitt

A l'occasion de la Journée mondiale sans tabac, quatre jeunes gens organisent une grande collecte de mégots dans Paris, avant de descendre la Seine à la nage…

Lucas, Chloé, Matthieu et Louise, de gauche à droite. Photo : Momentum

Cela paraît légèrement disproportionné dit comme ça, mais c’est pourtant bel et bien l’idée. A partir de samedi, quatre jeunes gens vont parcourir 380 kilomètres à la nage pour inciter les fumeurs à marcher 10 ou 20 mètres supplémentaires dans la rue afin de jeter leur mégot à la poubelle plutôt que par terre. Il faut au moins ça, nous explique Matthieu, 27 ans et doyen de la bande, pour faire évoluer ne serait-ce qu’un peu les comportements et réduire l’impact sur l'environnement de ces bouts de clopes laissés à l’abandon.

On ne s’en rend pas forcément compte, mais depuis plus de trente ans, les mégots sont la principale source de déchets plastique dans l’océan. Un seul d’entre eux pollue jusqu’à 500 litres d’eau et met plus de dix ans à se dégrader, selon Surfrider Foundation Europe. Quand on sait qu’il y en a 40.000 qui finissent par terre chaque minute en France, ça pose l’urgence à agir.

Pas de leçon de morale

Le pire –ou le mieux, c’est selon– dans tout ça, c’est qu’il n’y a rien de plus simple. « Pas besoin de repenser toutes les usines de production, note Matthieu. La solution à ce problème est avant tout un changement de comportement. Juste, si on jette son mégot à la poubelle, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui pour 60 % des fumeurs, on a fait une grosse partie du travail. »

Précision importante, le jeune homme, qui travaille chez Circul’R [une entreprise sociale qui vise à créer des ponts entre les startups et les grands groupes afin qu’ils mettent en place des solutions d’économie circulaire], n’est pas là pour donner des leçons de morale. « Je ne suis pas contre les fumeurs fondamentalement, je pense juste qu’ils n’ont pas conscience de tout ça », dit-il. C’est là tout le sens de son action, qui prendra donc corps ce samedi, deux jours avant la Journée mondiale sans tabac.

Dans un premier temps, elle visera à battre le record du monde de ramassage de mégots. Une grande collecte, ouverte à tout le monde, est organisée de 10 heures à 13 heures dans une dizaine d’endroits à Paris. Tout le monde se rejoindra ensuite pont d’Iéna, où deux jauges géantes de deux mètres chacune seront installées pour recueillir tout ce qui a été ramassé. Un huissier viendra très officiellement annoncer si le record a été battu. Avec plus de 1.000 inscrits, cela ne devrait (malheureusement) pas poser trop de problèmes.

« Plus il y aura de monde, plus il y aura de mégots, plus ça fera de bruit. En cinq minutes, on en ramasse déjà une centaine et on prend vraiment conscience de l’ampleur. Ces personnes seront des ambassadeurs, qui vont sûrement en parler à leurs proches, qui en parleront à leur tour, etc. », espère Matthieu, soutenu dans ce projet par Surfrider Foundation et la mairie de Paris.

Un défi très encadré

Il peut aussi compter sur son frère Lucas, sa copine Chloé et la cousine de cette dernière, Louise. Pour susciter un large écho, la bande des quatre a décidé d’ajouter une dimension sportive à son action citoyenne. En 2019, les trois premiers avaient déjà fait fort, avec la traversée du détroit de Gibraltar à la nage pour alerter sur la présence de microplastiques dans l’océan. Cela leur a donné envie de recommencer.

Ce sera là le second temps de l’action menée samedi. Dès 16h30, avec la dernière arrivée Louise, ils vont nager pendant une semaine dans la Seine, se relayant sur les 380 kilomètres reliant Paris à Deauville « pour retracer symboliquement le parcours d’un mégot de cigarette jeté par terre ». Un défi très encadré, bien sûr. Nager dans la Seine est dangereux et interdit, d’ailleurs. Eux pourront le faire, une fois les limites de Paris franchies, mais pas dans n’importe quelles conditions.

Les quatre fantastiques. Photo : Momentum

Ces sportifs amateurs mais accomplis (semi-ironman, triathlon, etc.) seront suivis par deux bateaux et un kayak, pour les encadrer, avertir les autres embarcations de leur présence et servir de camp de base pour le repos et le ravitaillement. « Il y a plein de risques, c’est pour ça qu’on prépare cette aventure depuis un an, observe Matthieu. On n’est pas des baigneurs du dimanche, on est plus proche de l’alpiniste hyper équipé qui va faire son ascension. C’est une vraie expédition, on a des combinaisons, un expert santé à bord, un défibrillateur, et 500 heures d’entraînement dans les pattes. »

Pour lui comme pour ses acolytes, la performance athlétique n’est pas anodine. Elle les porte en même temps qu’elle les sert. Notre aventurier le dit bien mieux que nous : « Si je parle de la pollution des mégots tout seul dans mon jardin, pas sûr que ça ait beaucoup d’impact. On construit une histoire, et à travers le sport on suscite de l’émotion. C’est elle qui va nous permettre de délivrer un message. »

Nicolas Camus/20 Minutes Sport (27.05.2021)

 

 

 

 

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Z
Bravo à ces 4 jeune sgens pour ce défi de sensibilisation!
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D
Oui bravo. Il me semble que cette génération est la plus consciente et active au niveau des enjeux environnementaux. Les quarantenaires moins me semble-t-il quand je regarde autour de moi… bien installés dans leur confort et pourtant ils devraient penser au moins à l’avenir de leurs enfants . Je lis et relis mais ne vois pas ici parler des récentes créations d’entreprises qui recyclent les cigarettes . L’une pour en faire du mobilier urbain , une autre des doudounes … je suppose qu’ils n’utilisent pas tous les composants de la cigarette et si cela me semble prometteur il faudrait savoir ce qu’ils font des composants non recyclés . Et dans un autre domaine: y a-t-il des initiatives permettant de sensibiliser à un autre produit toxique laissé dans la nature: les tonnes de plomb des cartouches de chasse?
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B
Bravo à ces 4 jeunes gens !
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J
Le changement de comportement vient avec la jeunesse qui prend les choses en main
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D
C'est courageux et bienveillant de la part de ces quatre jeunes gens. Merci à eux de faire cette action !
Espérons qu'ils vont réveiller les consciences de ceux qui fument encore ... car ceux qui fument ne sont plus des ignorants des dégâts occasionnés (Santé, pollution, environnement) et cela a un coût pour la société. D'ailleurs où sont les sanctions ? où est l'éducation ? Pauvre gouvernance ... !
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D
Il suffit de regarder par terre après la réouverture des terrasses...
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J
C'est vrai qu'il y a encore un sacré boulot de sensibilisation à faire... sachant que certains resteront à jamais hermétique à ce genre de préoccupations ! Pauvre nature...