Pierre Mann filme l’Antarctique, un continent à la dérive

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Voilà plus d’un demi-siècle que Pierre Mann parcourt la planète à la rencontre d’un monde qui tente de survivre comme il le peut. Son dernier film est consacré à l’Antarctique et aux espèces animales qui peuplent le « continent blanc ». C’est autant une ode à la beauté qu’un nouveau cri d’alarme…

Réalisateur à l’ancienne, artisan de l’image, Pierre Mann doit s’approcher au plus près, en veillant à ne surtout jamais déranger le théâtre dans lequel il évolue. Photo : Sabine Trensz (Cliquez pour agrandir)

Réalisateur à l’ancienne, artisan de l’image, Pierre Mann doit s’approcher au plus près, en veillant à ne surtout jamais déranger le théâtre dans lequel il évolue. Photo : Sabine Trensz (Cliquez pour agrandir)

Pierre Mann a toujours fait le pari que la beauté du monde pouvait le sauver de sa perte. Il a toujours voulu croire qu’en capturant au plus près les images d’une nature sur le point de disparaître mais qui respire encore, qui vit et qui lutte, il pourrait contribuer à la sauver. En cela, il a eu tort. Le monde, en tout cas un monde, se meurt. On le sait et il s’agit désormais de sauver ce qui peut l’être. De témoigner encore et toujours donc, sans désemparer.

À la rencontre des espèces menacées

Pierre Mann est un homme, comme son nom l’indique, qui refuse de renoncer. Alors, inlassablement, il saisit sa caméra comme d’autres leur bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des espèces les plus menacées, mais aussi des êtres humains qui vivent en interaction avec cette nature encore sauvage.

On l’a vu auprès des Bushmen il y a quelques décennies de ça, ou faisant face, au sens le plus littéral du terme, à une troupe de lycaons surgissant dans le soleil couchant comme une bande de mercenaires dans un film de Sturgess. Lui, le sourcil chenu, la barbe déjà et, pour lire ces images, cette voix rocailleuse qui prend des intonations d’une douceur de cachemire, comme pour s’effacer devant le spectacle.

Pas d’équipe de tournage, pas de preneur de son, pas de drone ou de caméras dernier cri, Pierre Mann n’a jamais changé de méthode de tournage ni rien sacrifié à la technologie. Le frisson n’est pas négociable. Réalisateur à l’ancienne, artisan de l’image, il doit s’approcher au plus près, se poser à l’affût comme il le faisait enfant dans les forêts vosgiennes avec son grand-père. En veillant à ne surtout jamais déranger le théâtre dans lequel il évolue. Pour que la réalité soit rendue sans fard et en l’occurrence dans toute sa blancheur.

 Pierre Mann : « Le dérèglement climatique est plus violent ici qu’ailleurs, plus immédiatement visible ». Photo : Sabine Trensz (Cliquez pour agrandir)

Pierre Mann : « Le dérèglement climatique est plus violent ici qu’ailleurs, plus immédiatement visible ». Photo : Sabine Trensz (Cliquez pour agrandir)

« Au cœur d’un sanctuaire »

Pour ce nouveau film qui vient naturellement prendre place au sein de la série documentaire intitulée « Animaux à corps perdus, espèces en danger », il a pénétré « au cœur d’un sanctuaire au milieu d’une diversité d’êtres extraordinaires ». Cinq expéditions vers le pôle Sud et des mois cumulés de bateau auront été nécessaires pour capturer les colonies de gorfous sauteurs, d’albatros ou de manchots, pour imprimer sur la pellicule les affrontements dantesques et ultra-violents de ces masses musculeuses et graisseuses que sont les éléphants de mer, ou pour saisir la grâce des baleines.

« Un écosystème en train de disparaître sous nos yeux »

Un spectacle époustouflant sur une toile de fond monochrome balayée par des vents glacés. L’Antarctique est le plus grand des déserts mais c’est plus que ça, c’est un continent. À la dérive pour reprendre le titre de ce film. « Oui, à la dérive parce que le dérèglement climatique est plus violent ici qu’ailleurs, plus immédiatement visible », poursuit le réalisateur strasbourgeois qui a entièrement financé de sa poche le film et ces expéditions étalées sur les sept dernières années.

« En janvier 2020 par exemple, lors de notre dernière expédition, il devait logiquement faire -10°C », raconte-t-il encore. « En réalité on a eu du +10°C, ce qui a des conséquences évidentes pour tous les océans de la planète. C’est tout un écosystème qui est en train de disparaître sous nos yeux. » Et qu’il faut capturer dans sa beauté originelle, pendant qu’il est encore temps.

P.C. (24.04.2021)

 

Le DVD du dernier film de Pierre Mann Antarctique, un continent à la dérive est disponible au prix de 20 € sur le site : www.pierremann.com

 

 

 

 

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Commenter cet article

Béa kimcat 07/05/2021 17:29

Quel homme courageux...
Quel sombre avenir !

Cléo 05/05/2021 23:49

Je lui lève mon chapeau : c'est tout un Humain! Et quelle bravoure! :)

Mario 05/05/2021 10:46

Un grand cinéaste courageux.
Mais quelle tristesse de penser que ce qui est montré dans ces beaux documentaires ne sera bientôt plus que le lointain souvenir d'une époque disparue.

Claire 05/05/2021 10:38

Quel courage. Je suis admirative !
J'espère que "Nature d'ici et d'ailleurs" nous permettra de voir certains des documentaires de Pierre Mann.
Bonne journée à tous.

Jean-Louis 05/05/2021 08:07

Pierre Mann... Tout un programme ! Ses documentaires m'ont toujours fascinés et ce, depuis plus de 30 ans !
Je suis heureux de savoir qu'il poursuit sa route, caméra au poing : puisse-t-il encore nous faire rêver longtemps !

Jacky 05/05/2021 07:54

Ce bonhomme me plaît beaucoup. En outre, les nouvelles technologies n'arrangent rien et nous anesthésient.