La plaie des apiculteurs : le frelon asiatique

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En plus des pesticides, les abeilles font face à un terrible prédateur : le frelon asiatique. Les apiculteurs, désemparés, tentent par tous les moyens de protéger leurs ruches de ce terrible insecte, mangeur de leurs mouches à miel…

La dernière fois que je l’ai aperçu, il faisait du surplace avec l’habileté d’un colibri. Face à lui, des butineuses figées de peur. Seules quelques écervelées s’aventuraient vers l’extérieur de leur forteresse, la ruche. Soudain, le colibri s’est métamorphosé en faucon. Plongeant sur une abeille imprudente, il l’a saisie avec une redoutable efficacité. Seul le thorax rapidement découpé présentait un intérêt. Transformé en une boulette destinée aux larves de sa colonie, il pérennisait ainsi sa propre espèce. Comment le frelon asiatique (« pattes jaunes » pour les initiés) a-t-il conquis la veille Europe? « Ils auraient débarqué en France en 2003 dans des containers de poteries chinoises » résume Samuel Jolivet, directeur de l‘OPIE (Office Pour les Insectes et leur Environnement) avant d‘enchainer : « Aujourd’hui, ils ont colonisé presque tout l’Hexagone et se sont établis en Espagne, au Portugal, en Italie ou encore en Belgique… Même la Grande-Bretagne n‘est pas épargnée par ‘’Vespa velutina’’ ». Sachant que quelques dizaines de frelons peuvent anéantir une seule ruche, on comprend l’angoisse des apiculteurs. Du reste, les scientifiques du CNRS, du Muséum National d’Histoire Naturelle ou de l’INRA n’ont pas tardé à se pencher sur cet importun.

Eric Darrouzet, enseignant chercheur à l’Université de Tours, fut parmi les premiers à s’investir en raison de ses travaux sur les insectes sociaux. Il admet que, près de 18 ans après l’arrivée du frelon, le voile n’est pas complètement levé sur ses singularités mais on a acquis quelques certitudes. « Chaque colonie de frelons est originaire d’une seule femelle. C’est elle qui fonde le nid au printemps grâce à des fibres de bois qu’elle broie avec ses mandibules puis elle y ajoute des sécrétions salivaires », résume le scientifique avec une certaine admiration avant d’enchaîner qu’elle a été fécondée durant l‘automne précédent et qu’à peine après avoir ébauché son nid, elle y pond quelques œufs puis nourrit ses premières larves qui deviendront les ouvrières de la colonie. Ensuite, tout va très vite. La reine se consacre exclusivement à la ponte, tandis que les ouvrières assument le reste du travail (construction du nid, prédation, défense de la colonie et des larves, nourrissage des larves et de la reine…), la tache semble immense. Eric Darrouzet est insatiable dès lors qu’il s’agit d’évoquer la biologie des frelons asiatiques : « Du printemps à septembre, la colonie va s’étoffer en multipliant les ouvrières autour de la reine, ensuite seulement naîtront des mâles qui mourront après l‘accouplement ». La reine attendra novembre pour en finir avec la vie. Ultime témoignage d’une société bourdonnante, le nid se videra jusqu’à Noël sans être plus jamais réutilisé.

À ce moment de l’histoire, il est difficile de ne pas devenir admiratif face aux épreuves surmontées. La reine a bâti seule son empire, a évité les oiseaux prédateurs, a dominé les conséquences d’une inquiétante consanguinité ou encore a repoussé les prétendantes qui, elles aussi, auraient bien voulu monter sur le trône. Et grâce à toute cette énergie individuelle, puis collective, une colonie s’est épanouie durant 6 à 8 mois avant de disparaître. Non sans avoir passé le relais de la vie future. On en viendrait même à se découvrir une légitime compassion pour ce frelon ayant parcouru plus de 10 000 km avant de rejoindre notre accueillante nation.

Désemparés, les apiculteurs ont évidemment cherché la parade

Ses mérites dissimulent pourtant ses capacités destructrices. Non seulement il s’en prend directement aux abeilles, ce qui génère stress et mortalité, mais il s’attaque aussi à d’autres insectes pollinisateurs en affectant ainsi la biodiversité dans son ensemble. Face à l’agression, les braves abeilles emploient parfois d’étranges stratégies de défense. En Chine, elles forment une « heat ball », une boule thermique en se précipitant à plusieurs dizaines sur le frelon imprudent. La température peut dépasser les 47°, ce qui ne laisse aucune chance de survie au frelon. Chez nous, les abeilles courageuses préfèrent tuer l’agresseur par piqures, ce qui ne suffit pourtant pas à faire face aux invasions. Désemparés, les apiculteurs ont évidemment cherché la parade. La première idée consista à mettre en place des pièges à base d’appâts alimentaires sucrés ou protéinés. Un mélange de bière, de vin blanc, de sirop de fruits rouges, de sucre ou de miel devait faire l’affaire. L’ennui, c’est que la méthode n’est pas sélective, elle attire toute sorte d’insectes qui se noient dans ces pièges. Mouches, papillons, abeilles, frelons européens font aussi les frais de ce piégeage ne capturant finalement que quelques « pattes jaunes ».

Dans son livre ‘’Le frelon asiatique, un redoutable prédateur’’ (édition Syndicat National d’Apiculture) Eric Darrouzet rapporte qu’en une semaine de piégeage, sur un seul site, 50 frelons furent capturés mais aussi 1 700 autres insectes non ciblés. En d’autres lieux, les résultats étaient comparables. « Le piégeage du frelon asiatique à grande échelle représente un risque majeur pour la biodiversité sans pour autant avoir démontré sa réelle efficacité » prévient l’expert. Il faut donc chercher encore. Et en la matière, les biologistes ne manquent pas d’imagination. Dans le désordre, on peut évoquer les raquettes électriques destinées à tuer les frelons durant leur vol stationnaire. Cette méthode « Roland Garros » demande une grande disponibilité. Des poules lâchées près des ruches peuvent aussi se transformer en prédatrices de frelons. Des filtres en grillage ou plastique laissant passer les abeilles à l’entrée des ruches, mais pas les frelons, semblent limiter le stress de la colonie. Bien d’autres techniques, qui ne vont pas sans rappeler le concours Lépine, s’inscrivent dans la lutte.

Mais l’espoir est ailleurs. Dans les laboratoires de l’Université de Tours, les chercheurs, soutenus par la Région Centre Val de Loire et le département de la Manche, misent sur la communication chimique générant une attraction ou une répulsion capable d’en finir avec le fameux frelon. Ou en tout cas, d’en limiter ses effets néfastes, grâce à un piégeage sexuel. En attendant de trouver le remède miracle, les scientifiques ne peuvent cacher leur frustration. Ils passent un temps précieux à rechercher des financements avec des résultats insuffisants. Ainsi, si la recherche avance sûrement, elle le fait lentement, ce qui est préjudiciable à la science Française pourtant pleine de promesses. En désespoir de cause, le Syndicat National d’Apiculture lance « Pour lutter contre les frelons, mangeons-les! ». En Chine, ce n’est pas une boutade, les larves et les nymphes figurent parmi les mets les plus appréciés. 1 kg de ces bestioles se négocie au moins 100 €, de quoi séduire quelques entrepreneurs de chez nous…

Allain Bougrain-Dubourg (27.04.2021)

 

 

 

 

 

Si vous avez apprécié cette publication,

partagez-là avec vos amis et connaissances !

Si vous souhaitez être informé dès la parution d’un nouvel article,

Abonnez-vous !

C’est simple et, naturellement, gratuit !

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

HUMBERT 12/05/2021 12:45

Hello, La solution ne serait elle pas à laisser faire? Pour l'instant le frelon asiatique est nouveau et pas encore répertorié comme possible proie.Il se trouveras bien quelqu'un que le trouveras comme t elle dans le future.

Jean-Louis 12/05/2021 21:10

A tort ou à raison, c'est mon avis aussi !

Michelle Petit 08/05/2021 09:50

Bonjour,
Savez-vous par exemple que le blaireau rend d'énorme services dans ce cas précis. C'est un grand prédateur de la guêpe germanique mais aussi de frelons dont les asiatiques. Des nids ont été retrouvés dans les terriers.
Paradoxalement, des périodes complémentaire de déterrage des blaireaux, pratique d'une cruauté abominable, vont démarrer le 15 mai dans de nombreux endroits. Dans l'Allier, par exemple, le pauvre blaireau n'a que 4 mois de répit.
Pour le reste, c'est une question de mesure. Chaque espèce a sa place, l'homme ne représente qu'une petite partie des habitants de notre belle planète alors qu'il se considère le maitre. L'humilité, il ne connait pas. S'il n'avait pas voulu se mêler de tout, on n'en saurait pas là! La Nature s'autorégule d'elle-même. Le hic, c'est que l'homme est intervenu créant le déséquilibre, le chaos! Et c'est l'animal qui en subit les conséquences.

HUMBERT 12/05/2021 22:01

En fait le nuisible c'est l'homme

Jean-Louis 09/05/2021 10:59

Merci Michelle pour ce rappel et ces paroles emplies de bon sens dont je partage bien évidemment la teneur... Il n'y a pas grand-chose à ajouter ! Bien à vous...

Béa kimcat 07/05/2021 17:20

Pauvres abeilles...
Face à ce frelon asiatique redoutable...

Cléo 07/05/2021 16:13

Ces insectes nuisent surtout aux apiculteurs, si je comprends bien. Je suis persuadée que l'Homme va trouvé une solution sans détruire toute la biodiversité! Bises et belle journée.

Anne 07/05/2021 08:20

Ils sont où les défenseurs des TOUTES les espèces, y compris les espèces invasives ? J’ai cessé d’intervenir sur ce blog suite aux réponses ( de Domi notamment) concernant les ragondins ( voir sur ce blog) m’expliquant que le seul prédateur était l’homme. Seulement voilà, le frelon n’est pas «  mignon » et on ne peut pas lui apporter du pain le dimanche. Vous me direz «  oui mais le frelon asiatique tue les abeilles ». Oui mais les écrevisses américaines tuent les européennes qui vont disparaître. Idem pour les coccinelles. J’ai tous les ans des nids de frelons européens qui ne me dérangent pas (ils tuent les mouches et moustiques) mais j’ai fait enlever un nid de frelons asiatiques (par un professionnel qui s’est assuré que la reine était bien dans le nid) et je ne laisserai pas le ragondin se multiplier de façon démentielle car même si il ne tue pas ( c’est un herbivore) il va détruire la biodiversité par son nombre et au final si on le laisse se multiplier sans prédateur ce sont toutes les autres espèces qui vont décliner. C’est pour cette raison que je n’ai plus mis de commentaire sur ce blog car je ne voulais pas m’associer aux discours qui prône que le seul prédateur à combattre c’est l’humain.

Jean-Louis 08/05/2021 06:24

Je pense, chère Anne, et avec raison, que votre petite pique concernant "les défenseurs des TOUTES les espèces, y compris les espèces invasives" s'adresse aussi un peu à moi l Et bien, sachez que j'assume complètement ce qui peut vous sembler une "tare" ! Personnellement, les frelons asiatiques ne me dérangent pas plus que les européens avec qui du reste, nous vivons en bon voisinage ! Lorsque de nouvelles espèces apparaissent, elles sont forcément jigées comme indésirables parce qu'elles n'ont pas leur place "chez nous"... Je pense que cet état de fait a toujours existé : ce qui est un gros problème actuellement, c'est son ampleur due, principalement, à la vitesse et aux nombre des échanges internationaux (notamment en raison des transports aériens)...
Pour ce qui est des ragondins que vous n'appréciez guère ce qui est évidemment votre droit : j'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer lors de publications précédentes ! je revendique le fait d'être totalement incapable de faire du mal à un animal ! J'avoue cependant qu'il m'arrive de "claquer" un moustique qui m'agace ou encore d'occire une tique qui a eu la mauvaise idée de se planquer à l'arrière de mon genou ! Tout cela pour dire que je n'affirme nullement être "parfait" et que, sans doute comme la majorité d'entre nous, j'ai mes contradictions avec lesquelles il me faut vivre...
J'avoue par ailleurs que vos commentaires m'ont manqué : loin de moi l'idée d'avoir voulu vous froisser d'une manière ou d'une autre et, cela a été le cas, je vous prie de m'en excuser ! Vous serez toujours la bienvenue ici même s'il y a des désaccords entre nous... Voilà une petite mise au point qu'il me semblait indispensable de faire !

Jacky 07/05/2021 07:55

Le frelon européen n'est pas du tout agressif, excepté autour de son nid. Il met les guêpes à son menu. Il est protégé en Allemagne depuis 1987. Il pâti de la peur de son cousin asiatique.

danièle 07/05/2021 07:53

Faire de l'élevage de frelons pour mieux les encadrer et puis, en faire des croquettes pour chat, chien.
C'est surement source de protéines !

Jean-Louis 07/05/2021 07:43

Ces piégeages "à l'aveugle" sont une catastrophe pour la biodiversité !
Enfin, pour ce qui est de manger des frelons -mets une fois de plus très apprécié par les asiatiques ce qui ne m'étonne qu'à moitié...- même si c'était pour "la bonne cause", il faudra faire sans moi ! Je compte davantage sur les ressources de la nature qui finira bien par régler ce problème d'invasion de ce redoutable frelon...

domi 07/05/2021 05:21

manger des frelons ? ça ne conviendra pas aux végétariens...