Journal du reconfinement/Acte 3 ''Images de…''

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Les plaines centrales des États-Unis abritent deux espèces de tétras. Le Tétras des pairies (Tympanachus cupido - NT) et le Tétras pâle (T. pallidicinctus - VU). Olivier Langrand, français vivant aux Etats-Unis, dirige le CEPF (Critical Ecosystem Partnership Fund), nous présente ces étonnants oiseaux…

Tétras des prairies également nommé Cupidon des prairies, un oiseau typique d’Amérique du Nord qui souffre considérablement de la perte de son habitat. Il a complètement disparu de l’Est des Etats-Unis... Photo : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Tétras des prairies également nommé Cupidon des prairies, un oiseau typique d’Amérique du Nord qui souffre considérablement de la perte de son habitat. Il a complètement disparu de l’Est des Etats-Unis... Photo : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Le Tétras des pairies, est principalement distribué depuis le Dakota du Nord jusqu’à l‘est du Kansas et au nord-est du Colorado alors que le Tétras pâle se rencontre un plus au sud dans l’est du Colorado, l’ouest du Kansas, le Nouveau-Mexique et l’Oklahoma. Ces deux espèces sont peu communes et en déclin du fait de la transformation de l’habitat naturel au profit de l’agriculture intensive.

Pendant longtemps il a été considéré que les aires de distribution de ces deux espèces ne se chevauchaient pas. Une étude publiée en 2002 a prouvé que non seulement les aires de distribution de ces deux espèces se chevauchaient, mais que les deux espèces s’hybridaient.

Au mois de mars dernier, je me suis rendu à l’ouest du Kansas pour observer la parade du Tétras pâle. Les arènes de parade de cette espèce sont répertoriées, mais la plupart se trouvent dans des domaines privés dont l’accès est restreint. Cependant une de ces arènes est localisée à proximité de la petite ville d’Oakley, Kansas, dans une réserve gérée par l’organisation de conservation de la nature The Nature Conservancy (TNC)*

Smoky Valley Ranch a été acquis par TNC en 1999 et d’autres parcelles contigües ont été achetées au cours des années suivantes pour constituer aujourd’hui une réserve qui couvre 7 300 hectares. Il est à noter que 80% des prairies naturelles du Kansas ont été converties en zones agricoles, principalement pour la production de blé et de maïs, ce dernier destiné à la production d’éthanol et d’aliment pour le bétail. TNC gère cette réserve pour la conservation des espèces typiques de ce milieu naturel, le Tétras pâle bien sûr, mais aussi le Putois d’Amérique (Mustela nigriceps - EN), le Bison d’Amérique (Bos bison - NT) ou encore le Pronghorn (Antilocapra americana – LC).

La moitié de la population totale du Tétras pâle se concentre dans l’ouest du Kansas et c’est également là où la ligne de partage de la distribution du Tétras des prairies et du Tétras pâle se trouve.

Les Tétras des prairies et les Tétras pâles sont surtout connus pour leurs magnifiques parades. Quand le printemps s’annonce, les mâles se rassemblent dans des arènes (ou leks) pour y séduire les (trop rares) femelles. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)
Les Tétras des prairies et les Tétras pâles sont surtout connus pour leurs magnifiques parades. Quand le printemps s’annonce, les mâles se rassemblent dans des arènes (ou leks) pour y séduire les (trop rares) femelles. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)Les Tétras des prairies et les Tétras pâles sont surtout connus pour leurs magnifiques parades. Quand le printemps s’annonce, les mâles se rassemblent dans des arènes (ou leks) pour y séduire les (trop rares) femelles. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)
Les Tétras des prairies et les Tétras pâles sont surtout connus pour leurs magnifiques parades. Quand le printemps s’annonce, les mâles se rassemblent dans des arènes (ou leks) pour y séduire les (trop rares) femelles. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)Les Tétras des prairies et les Tétras pâles sont surtout connus pour leurs magnifiques parades. Quand le printemps s’annonce, les mâles se rassemblent dans des arènes (ou leks) pour y séduire les (trop rares) femelles. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Les Tétras des prairies et les Tétras pâles sont surtout connus pour leurs magnifiques parades. Quand le printemps s’annonce, les mâles se rassemblent dans des arènes (ou leks) pour y séduire les (trop rares) femelles. Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Pour éviter d’occasionner tout dérangement, c’est bien avant le lever du jour qu’un gestionnaire de la réserve nous a conduits dans une cache aménagée devant l’arène de parade de Smoky Ranch Valley. Un vent froid du nord-est soufflait, mais la température restait positive. Dans l’obscurité complète nous nous sommes installés le plus confortablement possible pour éviter les mouvements une fois le jour levé. Avec les premières lueurs du jour nous avons perçu des mouvements et entendus les premiers gloussements caractéristiques du Tétras pâle. Une heure après lever du jour 19 males paradaient à 20 mètres devant la cache d’affût. Parmi les eux avons eu la surprise de voir un Tétras des prairies. Ce dernier paradait avec les Tétras pâles et nous avons eu tout le loisir détailler les différences physiques entre les deux espèces : Le Tétras des pairies présentant des parties supérieures plus sombres et des parties inferieures barrées plus contrastées et surtout des sacs gutturaux jaune d’or, mais seulement visibles pendant les moments de parade active. D’autre part des vocalisations étaient aussi différentes et il était parfaitement possible de distinguer les appels du Tétras de prairies de ceux des Tétras pâles.

Dans l’arène de parade qui est établie dans une zone d’herbe rase constituée d’herbe à bison (Bouteloua dactyloides) les mâles se faisaient face deux par deux, vocalisaient, s’affrontaient brièvement au cours de sauts verticaux et ce manège s’est poursuivi pendant près de trois heures avant que les mâles ne disparaissent en marchant calmement dans les zones de hautes herbes. Au cours de notre matinée d’observation nous n’avons vu qu’une seule femelle de Tétras pâle qui est apparue brièvement à proximité de l’arène de parade avant d’être pourchassée frénétiquement par tous les mâles présents.

Le Tétras des prairies se nourrit de feuilles, de bourgeons, de graines, de grains cultivés et d’insectes. Les immatures sont friands d’insectes. Des données historiques montrent que les glands de chêne composaient une bonne partie de sa diète pendant l’hiver. Il se nourrit surtout au sol et occasionnellement dans les arbres, généralement tôt le matin ou en fin de journée (Source : Wikipédia). Photo : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Le Tétras des prairies se nourrit de feuilles, de bourgeons, de graines, de grains cultivés et d’insectes. Les immatures sont friands d’insectes. Des données historiques montrent que les glands de chêne composaient une bonne partie de sa diète pendant l’hiver. Il se nourrit surtout au sol et occasionnellement dans les arbres, généralement tôt le matin ou en fin de journée (Source : Wikipédia). Photo : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

A noter que TNC contribue au travers de la gestion de Smoky Valley Ranch à la conservation du Tétras pâle telle que définie au niveau du pays par U.S. Fish and Wildlife Service dans le cadre du Lesser Prairie Chicken Range Wide Plan. Un comptage du nombre de Tétras pâle avait été réalisé en 2015 et avait montré une augmentation de la population de cette espèce. Lors de notre visite un nouveau comptage par hélicoptère était en cours lors de notre passage à Smoky Valley Ranch. Les bonnes conditions météorologiques de ces deux dernières années laissent les gestionnaires de cette espèce dans la région penser qu’une nouvelle augmentation des effectifs devrait être constatée.

Il est à espérer que d’autres initiatives de conservation seront mises en œuvre avec les propriétaires terriens soucieux de contribuer au maintien de la biodiversité unique des plaines centrales des États-Unis car encore trop peu de réserves existent pour la protection de cet écosystème et de ses espèces emblématiques.

Olivier Langrand

Statut UICN Liste Rouge des espèces menacées : LC : Least Concerned - NT : Near threatened – VU : Vulnerable – EN : Endangered –

*The Nature Conservancy possède près de 1 500 réserves couvrant plus de 2,5 millions d'acres dans les 50 États. Ces terres protègent la faune et les systèmes naturels, servent de laboratoires vivants pour la science innovante et relient les gens au monde naturel…

Smoky Valley Ranch abrite un troupeau satellite de bisons du parc national de Wind Cave, pour protéger la génétique rare du mammifère national américain… Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)Smoky Valley Ranch abrite un troupeau satellite de bisons du parc national de Wind Cave, pour protéger la génétique rare du mammifère national américain… Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Smoky Valley Ranch abrite un troupeau satellite de bisons du parc national de Wind Cave, pour protéger la génétique rare du mammifère national américain… Photos : © Olivier Langrand (Cliquez pour agrandir)

Les chiens de prairie sont une espèce clé de voûte de la prairie à herbes courtes, mais ont été éradiqués de la plupart des prairies de la région… Photos : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)
Les chiens de prairie sont une espèce clé de voûte de la prairie à herbes courtes, mais ont été éradiqués de la plupart des prairies de la région… Photos : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)Les chiens de prairie sont une espèce clé de voûte de la prairie à herbes courtes, mais ont été éradiqués de la plupart des prairies de la région… Photos : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

Les chiens de prairie sont une espèce clé de voûte de la prairie à herbes courtes, mais ont été éradiqués de la plupart des prairies de la région… Photos : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

 

 

 

 

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B
Très bel article...
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C
Très bel article superbement illustré... j'allais ajouter "comme d'habitude" puisque, en effet, c'est une des qualités -il y en a bien d'autres- de ce blog : les publications sont toujours soignées et opportunément illustrées !
Bravo à l'auteur Olivier Langrand et au blogueur Jean-Louis Schmitt qui fait un travail considérable et remarquable !
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F
En effet ces magnifiques tétras américains ne ressemblent pas beaucoup aux tétras des Pyrénées, mais ils ont les mêmes problèmes et ce n'est pas surprenant.
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Z
Trés bel article avec de superbes photos de cet étonnant oiseau. Heureusement que ces réserves existent même si c'est triste d'en être arrivé là!
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D
Très bel article instructif qui nous ouvre l'esprit sur l'avenir de notre Terre à tous.
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J
Très bel article .
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E
Très beau portrait de superbes oiseaux qui ressemblent beaucoup à certains de nos Tétras du vieux continent. Merci pour cette belle page magnifiquement illustrée !
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J
Merci à Olivier Langrand pour le partage de ses observations passionnantes de ces oiseaux tout à fait ‘’exotiques’’ pour nous autres ! Merci également à François et Gill qui ont officié en qualité de relai entre leur ami expatrié et Nature d’Ici et d’Ailleurs.
Concernant ces magnifiques Tétras américains, on s’aperçoit que, où que l’on aille, les problèmes sont souvent identiques : l’agriculture intensive détruit les biotopes et ne laisse guère de place à la faune et à la flore qui avaient pourtant traversé des millénaires… Désormais, à l’instar des tribus indiennes, il n’y guère plus que quelques réserves qui permettent à ces animaux de survivre !
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