Journal du couvre-feu/J 82 ‘’Ce Français a parcouru 3 000 km à pied à travers les contrées sauvages de l'Islande’’

Publié le par Jean-Louis Schmitt

En août dernier, un jeune Français de 27 ans, Pierre-Antoine Guillotel s'est lancé dans un périple à pied de plus de 3 000 kilomètres à travers les quatre coins de l'Islande. Un voyage en solitaire qu'il a achevé il y a quelques semaines et dont il ramène de vibrants souvenirs…

L'Islande a fait rêver plus d'un voyageur et plus d'un aventurier. En 2020, Pierre-Antoine Guillotel a décidé de transformer ses rêves en réalité. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

L'Islande a fait rêver plus d'un voyageur et plus d'un aventurier. En 2020, Pierre-Antoine Guillotel a décidé de transformer ses rêves en réalité. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Les côtes escarpées sont recouvertes d'un tapis mousseux où se mêlent cinquante nuances de brun, de vert et de jaune. A l'abri d'un rocher fissuré, deux boules de poils brunes se reposent. Le museau est tendu au vent, les oreilles sont dressées, l'œil vif scrute les alentours et les curieux venus s'aventurer sur ces terres. Leurs terres.

Bienvenue à la réserve naturelle de la péninsule d'Hornstrandir en Islande. Situé dans les Vestfirðir, les fjords de l'Ouest en français, ce territoire est le royaume du renard arctique. Un domaine où le mammifère terrestre peut s'aventurer paisiblement à travers des paysages aussi sauvages qu'époustouflants.

C'est là, dans la région la plus reculée d'Islande, que Pierre-Antoine Guillotel a choisi de prendre le départ en août dernier. Ce Français de 27 ans s'est lancé dans un périple de plus de 3 000 kilomètres à travers les quatre coins de l'île et ses contrées les plus sauvages. Un itinéraire qu'il a parcouru entièrement à pied, un sac de plus de trente kilos sur le dos.

Pour son périple, Pierre-Antoine Guillotel a choisi la marche. Un moyen qui permettait "d'aller partout, sans nuire à quoi que ce soit". Il transportait l'intégralité de son matériel, soit une trentaine de kilos, dans un sac à dos. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Pour son périple, Pierre-Antoine Guillotel a choisi la marche. Un moyen qui permettait "d'aller partout, sans nuire à quoi que ce soit". Il transportait l'intégralité de son matériel, soit une trentaine de kilos, dans un sac à dos. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Un "grand coup de gouvernail"

Partir à l'aventure, Pierre-Antoine en rêvait depuis son enfance. Mais le jeune Breton s'était engagé dans une voie bien différente. Diplômé de l’Ecole d’économie de Paris et de l’université Paris-Dauphine, il se dirigeait doucement vers une carrière de chercheur en économie. Avant de réaliser, au terme d'un stage de six mois, qu'il faisait fausse route.

Fin 2018, il décide de rejoindre sa petite amie en Australie et entame un voyage de deux mois sur l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande. Un avant-goût de liberté auquel il décide de s'accrocher. De retour en Australie, il s'engage comme marin et part en mer de Tasmanie trois à quatre fois par semaine.

"Je me sentais vraiment libre, c’était d’une intensité exceptionnelle", raconte-il à GEO. Quelques mois plus tard, un accident fait tout basculer. Pierre-Antoine chute d'une falaise et se fracture toute la partie droite du corps. Il passe alors plusieurs mois à Sydney dans un fauteuil roulant, occupant la majeure partie de son temps à lire et à écrire.

"C’est à ce moment-là que j’ai eu ce déclic. J’ai pris conscience du fait de subir, de se soumettre à des impératifs qui n’étaient pas les miens. Je me suis rendu compte qu’il était grand temps que je prenne les rênes de cette existence, que je donne un grand coup de gouvernail à ma vie", confie-t-il.

Un itinéraire de plus de 3000 km tracé sur Google Earth

Île mythique et mystérieuse, terre de feu et de glace, l'Islande agit comme un aimant sur les voyageurs et les aventuriers. Pierre-Antoine n'y échappe pas. Il ne s'y est jamais rendu. Pourtant, l'île hante ses rêves. "C'est comme ça que le projet de l’Islande est né", poursuit-il. Mais partir dans une telle expédition demande de la préparation et de l'argent.

Pierre-Antoine ne s'était jamais rendu en Islande. Pourtant, l'île hantait ses rêves. Pas bien difficile de comprendre pourquoi. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Pierre-Antoine ne s'était jamais rendu en Islande. Pourtant, l'île hantait ses rêves. Pas bien difficile de comprendre pourquoi. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Rentré en Bretagne, le jeune homme devient ostréiculteur et planche pendant de longs mois sur son aventure. Déjà, il prévoit de ne pas se faciliter la tâche. Pas question de passer par les chemins classiques. "Avec l'itinéraire, je voulais créer ma propre trace. Je ne voulais suivre les pas de personne. J’avais juste envie d’aller là où l’instinct me porte", se souvient-il.

"Et voir l’Islande dans toute sa diversité et sa monotonie. Je voulais aussi rencontrer les Islandais. Ça me tenait vraiment à cœur", ajoute-t-il. C'est finalement un itinéraire de plus de 3 000 kilomètres qu'il trace sur Google Earth, de l'Ouest au Sud, en passant par les Miðhálendið, les fameuses Hautes Terres, puis de l'Est au Nord, en longeant la côte.

Le parcours est long et prévoit des traversées de glacier en solitaire, des étapes dangereuses. Certains tentent de l'en décourager. Mais le jeune homme est déterminé. "Je suis parti en Islande pour vivre une aventure solitaire, froide, silencieuse, de très longue durée. J’avais des motivations bien établies. Je savais pourquoi je partais", assure-t-il.

Jusqu'à -32°C sous la tente

Après avoir minutieusement préparé son matériel et réadapté son itinéraire, le départ est finalement donné le 24 août, dans la réserve d'Hornstrandir donc, où le néo-aventurier fait connaissance avec les renards arctiques. L'été islandais s'achève. La première et sans doute la plus clémente des trois saisons qu'il va connaitre.

Un renard arctique dans la réserve d'Hornstrandir dans les fjords de l'Ouest. Habitués aux randonneurs, les animaux s'y laissent facilement observer. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Un renard arctique dans la réserve d'Hornstrandir dans les fjords de l'Ouest. Habitués aux randonneurs, les animaux s'y laissent facilement observer. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Car si l'île est réputée pour ses magnifiques paysages, elle l'est aussi pour ses conditions météorologiques qui mettent à rude épreuve ses habitants. "Ce serait mentir de dire que c’était quelque chose de simple. J'en ai bavé. Les conditions se sont vraiment durcies en hiver. J'ai eu jusqu'à -32°C sous la tente", relate-t-il.

Il s'est aussi régulièrement retrouvé bloqué et a parfois frôlé la catastrophe. "C'est un enseignement difficile. Mais c’est là que la notion d’humilité entre en compte. J'ai dû admettre qu’il fallait s’arrêter pendant plusieurs heures, parfois pendant plusieurs jours. Que c'est la nature qui décide, pas toi", reconnait-il.

Un jour, une alerte orange et des vents à 140 km/h le poussent à se réfugier dans une bergerie désertée. Il y plante sa tente pour s'abriter et y passer la nuit. Il est réveillé en pleine nuit par les bourrasques qui arrachent le toit en tôle du refuge. Un autre jour, c'est une famille islandaise qui vient à son secours alors qu'une tempête a détruit sa tente.

"J’étais désespéré. Je savais que j’allais prendre une raclée. Je n'avais aucun endroit où me réfugier. Ils sont arrivés de nulle part, ils m’ont dit "viens avec nous on va t’aider à réparer ta tente, on va t’offrir à manger". Finalement, je suis resté avec eux pendant trois jours", se remémore-t-il.

Une pause et c'est reparti pour 1000 km

Une fois arrivé sur la côte sud, c'est son corps qui lui dit stop. Le marcheur a parcouru 2.000 km, il lui en reste encore 1.000. Mais ses membres refusent d'avancer davantage. "Je n’arrivais plus à marcher, j'avais des gelures au niveau des doigts et des pieds. Mes pieds étaient complètement enflammés. Je ne pouvais plus continuer dans ces conditions".

L'hiver a exposé le marcheur à de rudes conditions et des températures glaciales descendues jusqu'à -32°C sous la tente. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

L'hiver a exposé le marcheur à de rudes conditions et des températures glaciales descendues jusqu'à -32°C sous la tente. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

Le doute s'installe mais après un bref séjour à l'hôpital et une pause d'une semaine, Pierre-Antoine, apaisé et remplumé, reprend la route. A la découverte de nouvelles contrées, à la rencontre d'autres habitants. Comme ce berger écossais qui l'héberge pour le Nouvel an et lui sort sa meilleure bouteille de whisky. "Un très beau moment", souffle-t-il.

Sur son compte Instagram, il partage son expérience et les photos des immensités sauvages qu'il traverse tout au long de son parcours. Ces paysages dont seule l'Islande a le secret. Silencieux, paisibles, délicatement colorés, ils ne laissent pratiquement rien deviner des difficultés rencontrées.

Dans les fjords de l'Est, pourtant, les conditions météo ne sont pas plus clémentes. Neige, froid, gel et pluies intenses rythment les journées et continuent de peser sur le marcheur. Mais les kilomètres s'enchainent. Il quitte la côte Est pour retrouver les Hautes terres avant de gagner les plaines du Nord. La fin de l'expédition est proche.

144 jours de marche, 3.053 km

Pierre-Antoine prévoyait initialement d'achever son périple peu avant Noël. Il lui faudra finalement un mois de plus pour arriver à Akureyri au nord de l'île qu'il gagne le 14 janvier. Après 144 jours de périple et 3.053 km. "Mais ces chiffres n'ont aucune importance", précise-t-il.

L'itinéraire de plus de 3000 km du marcheur traverse les quatre coins de l'Islande et passe par les fjords de l'Ouest, les Hautes Terres, la côte sud, les fjords de l'Est et les plaines du Nord. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

L'itinéraire de plus de 3000 km du marcheur traverse les quatre coins de l'Islande et passe par les fjords de l'Ouest, les Hautes Terres, la côte sud, les fjords de l'Est et les plaines du Nord. Photo : Pierre-Antoine Guillotel (Cliquez pour agrandir)

"Ce voyage était une façon pour moi de retrouver une certaine présence, une reconnexion au réel. J'avais besoin de changer mon regard, mes perceptions, d’aller à l’essentiel des choses, de me sentir vivant...", ajoute-t-il. Quelques semaines après son retour, les émotions sont encore palpitantes.

Dans son esprit, les moments de grosses difficultés se mêlent aux instants d'extrême beauté, comme cette traversée solitaire du glacier Langjökull. "Il y avait un silence de cathédrale c’était impressionnant. Le glacier avait cette espèce de couronne blanche, au milieu d'une terre très noire. Il y avait un soleil de feu qui se levait progressivement".

Ou cette baignade dans les rivières chaudes du massif de Kerlingarfjöll. "Il faisait -15°C dehors, l’eau était à 15°C. Que du plaisir, des moments de solitude d’une intensité forte", assure-t-il. L'expédition a-t-elle été à la hauteur de son rêve ? Le jeune homme hésite. "J'ai fait ce que je voulais faire, j'ai vu ce que je voulais voir. En ce sens, oui".

Mais ces centaines de kilomètres ont logiquement fait naître de nouveaux rêves. Qu'il préfère taire pour le moment et qu'il ne réalisera pas tout de suite. Car l'aventure islandaise n'est pas totalement terminée pour le voyageur qui entend désormais raconter son périple dans un livre en cours d'écriture.

"Ça va me permettre de le revivre, de le partager, de le prolonger et de l'intensifier par les mots", a-t-il expliqué. En plus de s'attribuer un repos bien mérité. "Je suis foutu, mes pieds ne ressemblent plus à rien !", plaisante-t-il. "Mon corps a pris assez cher mais il faut juste que je me repose et ça va le faire".

Emeline Férard/Géo (25.02.2021)

 

Découvrez les photos capturées par le voyageur lors de son périple islandais.

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Camille 08/03/2021 06:49

30 kilos sur le dos, WAOUH ! Encore un sacré exploit ! Chapeau...

Béa kimcat 06/03/2021 19:09

Quel exploit !
Je suis admirative. Bravo à cet homme courageux.

Zoé 06/03/2021 18:04

Quel exploit! Il y a quelque chose de spirituel dans un tel dépassement de soi.

Françoise 06/03/2021 09:03

Bravo à Pierre-Antoine ! Tout est magnifique : l'exploit réalisé, les paysages, les rencontres... J'aime beaucoup l'Islande et les pays où il fait très froid, mais pour autant je ne suis pas du tout attirée par les longues marches solitaires. À chacun ses rêves et ses goûts...

Nadia 06/03/2021 08:58

Au delà de cet exploit remarquable, l'Islande est un pays splendide que nous avons eu la chance de visiter. L'un des plus beaux pays du monde tant par la beauté des paysages que par le respect de la faune et de la flore . Un des seuls pays visités sans y avoir côtoyé la misère animale et humaine. Une nature sauvage extraordinaire. Bravo a ce jeune homme. Nous étions moins courageux à l'époque

Jacky 06/03/2021 08:06

C'est un sacré périple et un exploit. Est ce qu'un départ en mai n'aurait pas été plus simple? Les journées d'hiver sont rudes et courtes.

danièle 06/03/2021 08:05

Une liberté de vie choisie, avec toutes ses difficultés, BRAVO, c'est courageux et très beau. Magnifique terre encore sauvage qu'est l'ISLANDE !