Journal du couvre-feu/J 103 ‘’Chiens de meute : ce n’est pas la vie de château’’

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L'expression « une vie de chien » décrit parfaitement le quotidien des chiens de meute. Une vie faite de maltraitances physiques et psychologiques…

Autant l’avouer, j’avais la certitude que les chiens de meute étaient victimes d’une odieuse maltraitance, j’en ai désormais seulement la conviction. En cause, le manque de cas avérés permettant de conclure sans équivoque. Cela dit, le monde de la vénerie se garde bien de lever le voile sur son intimité. Il y a le « spectacle » et ses coulisses. Alors pour en savoir plus, il reste à drainer des témoignages disparates mais éloquents.

Au nom de sa Fondation, Brigitte Bardot ne mâche pas ses mots : « on récupère des chiens de meute dans nos refuges, ils sont dans un état dramatique, blessés, squelettiques, apeurés ». Réha Hutin, présidente de la Fondation 30 millions d’amis confirme « les témoignages de pertes ou d’abandons sont légion ». En novembre 2020, le rallye Fontainebleau, invité à chasser dans le Loiret, a perdu l’un de ses chiens qui a erré pendant un mois à travers le département. À Compiègne, un chien de meute est resté trois mois dans un quartier de la ville, nourri par les riverains avant qu’un valet ne vienne le récupérer. Un autre a passé trois mois dans le parc du château sans qu’il ne soit repris par ses maîtres. L’irresponsabilité des propriétaires dans de pareilles affaires devrait théoriquement être sanctionnée. Sauf que, bien souvent, les chiens ne sont pas tatoués par négligence ou par stratégie afin d’éviter la traçabilité.

Antoine Gallon, directeur de la communication de la Société de Vénerie, balaye ces accusations : « à priori, ils sont tous tatoués ou pucés. Des marques sont même dessinées sur leur flanc droit. Faites aux ciseaux, elles indiquent la lettre propre à chaque équipage ». « Cela dit, ça peut arriver sur 18 000 journées de chasse par an », tempère-t-il.

Chaque année, les veneurs font naitre quelques 4 000 chiots qui font l’apprentissage de la chasse lors de leur deuxième année. L’association AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui) affirme : « Dès leurs trois ans, les chiens les moins performants sont cédés gracieusement par lot sur des sites de petites annonces. Ils sont alors récupérés par des chasseurs à tir ou des adeptes de la chasse aux chiens courants qui peuvent ainsi créer de nouvelles meutes. Bien souvent, les veneurs ont recours à l’euthanasie ».

De quels chiens parle-t-on? Il faut rechercher leur origine jusque dans lAntiquité. Les chiens molossoïdes, compagnons de Scipion ou dAlexandre le Grand lors des guerres, furent peu à peu croisés à des chiens de chasse avant de développer diverses races pour la pratique de la petite vénerie (lièvres, lapins, renards) ou la grande (cerfs, chevreuils, sangliers). Les anglo-français, français tricolores, poitevins, black et tan, beagles, bassets fauves de Bretagne et bien d’autres, ont ainsi gagné leurs lettres de noblesse. « Pour avoir une idée de leur valeur, notons qu’un limier, au XIe siècle, coûtait le même prix qu’un esclave en Angleterre », rappelle l’historien Helmut Brackert.

« On fabrique une arme cynégétique, rien d’autre »

Aujourd’hui encore, le portrait des chiens de meute reste élogieux. « Ce sont des athlètes, capables de couvrir de longues distances par tous les temps, dans un territoire déterminé, souvent accidenté », se félicite le site de la Société de Vénerie, qui revendique quelques 30 000 chiens en action. Reste à savoir quel quotidien on réserve à ces braves toutous? « Pour l’écrasante majorité, c’est une vie captive, encagée, sans sociabilisation avec l’Homme. Il s’agit de fabriquer une arme cynégétique, rien d’autre », tacle le vétérinaire comportementaliste Thierry Bédossa qui craint des conflits graves entre les chiens de meute et ceux des promeneurs : « le devoir de précaution s’impose pour éviter des drames comme celui de l’affaire Curtis », même si la responsabilité des chiens de meute n’est pas avérée. Après enquête, l’AVA confirme le traitement radical qui leur est réservé : « il s’agit d’exacerber leur comportement de prédation : vie en meute, repas organisés autour de la loi du plus fort (la « soupe »), viande de l’animal chassé donné aux chiens avec des sorties en extérieur quasiment exclusivement consacrées aux activités cynégétiques. Plus ce régime est développé, mieux les chiens chassent. »

Par ailleurs, il faut aussi s’attarder sur le décor. Les chenils sont constitués le plus souvent d’un local et d’une courette cimentée, les chiens dormant à même le sol ou sur des planches en bois. Conséquence de ce quotidien, la santé des chiens peut s’en trouver impactée. Les cals et les tumeurs affectent tôt ou tard bon nombre d’animaux. Et ce n’est pas l’obligation d’avoir accès à une cour d’ébats, herbée ou non, chaque jour pendant quelques heures qui tempère les contraintes de captivité.

Un chien éventré par un sanglier est dit « décousu »

Par ailleurs, la vie en meute organisée autour des individus dominants donne régulièrement lieu à des conflits parfois très violents. Durant l’été 2020, au château de Cheverny, un chien fut tué par ses congénères malgré l’attention portée par les propriétaires. En réaction et pour éviter le dérangement au voisinage, il est conseillé aux maîtres d’équipages d’installer un système d’arrosage muni d’un déclencheur acoustique automatique réglable selon l’intensité du bruit. Enfin, il faut savoir que le repas des chiens est essentiellement constitué de déchets d’abattoirs, de la restauration collective, d’hôpitaux ou encore de supermarchés. Une fois cuit, le menu est digeste.

La chasse qui permettrait aux chiens de s’épanouir génère aussi des violences inévitables. Face aux animaux sauvages prêts à se défendre, les accidents font partie du quotidien. Lorsqu’un chien est éventré par un sanglier, les veneurs disent qu’il est « décousu ». Un coup de sabot de cheval, la percussion d’une voiture, les ronces ou les barbelés sont autant d’épreuves à surmonter. D’une autre manière, les chiens doivent aussi s’accommoder des contraintes opérationnelles. Amenés sur les lieux de chasse dans des camionnettes grillagées, certains d’entre eux dits « de relais » vont en remplacer d’autres. Ils patientent ainsi dans ces conditions. La prise en charge des chiens blessés reste également opaque. « Le plus souvent, les veneurs soignent et recousent eux-mêmes les chiens et ne font appel à un vétérinaire que si l’opération est rentable. Si elle ne l’est pas, les chiens sont euthanasiés », dénonce l’AVA.

À la fin du mois, la saison de chasse à courre tournera une page avant de reprendre en septembre. Qu’adviendra-t-il de ces meutes conditionnées à la traque? La Société de Vénerie se veut rassurante : « ce sont comme les athlètes qui s’arrêtent hors du temps des compétitions. Ils se reposent mais poursuivent l’entrainement qui sera progressif jusqu’à la reprise. » Au fond, à en croire les veneurs, les canidés ne subissent pas de « vie de chien », pas plus que les cerfs n’ont à se plaindre de la traque des hommes, sans doute…

Allain Bougrain-Dubourg

 

Illustration : Coco

 

 

 

 

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M
En partenariat avec la Fédération française des métiers de la fourrure, l’Association Française des Equipages de Vènerie Sous Terre (AFEVST), Brigitte Bardot veut sensibiliser le grand public sur les dangers de cette maladie.

Pour rappel l’échinococcose alvéolaire est une maladie parasitaire due au développement dans le foie d’une larve du ténia. Cette maladie est grave car le mode de progression du parasite s’apparente à celui d’un cancer du foie à marche lente. Elle touche malheureusement chaque année plusieurs disciples de Saint Hubert, mais également des défenseurs des animaux.


Une convention va donc être passée entre les organismes cités plus haut et une cinquantaine d’ACCA un peu partout en France. Sur le principe des queues de renards « rémunérées », Brigitte Bardot s’engagera donc à travers sa fondation afin d’offrir à chaque chasseur qui prélèvera un renard pendant la saison 2021/2022 un abonnement à Wakou magazine, mais aussi et surtout, une adhésion de 1 an à la fondation Brigittte Bardot.

Grâce à cet abonnement, les chasseurs pourront donc être au courant en avant-première de toutes les actions anti-chasse et autres envolées lyriques de madame Bardot sur Twitter !


L’ancienne actrice était déjà très engagée pour la fourrure dans sa jeunesse
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B
Pauvres chiens...
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E
Merci pour cet article qui en dit long sur la maltraitance que subissent ses chiens.
Je suis abasourdie de tant d'horreur qui pourraient être évitée si la chasse à courre cessait.
Ces messieurs imbus de leur personne et avides de sang se prennent pour des supermans mais ne sont que des monstres !
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F
C'est marrant les doutes voire les critiques que certains peuvent émettre contre cet article. Allain Bougrain-Dubourg est habillé pour l'hiver. Et pourtant, c'est bien réel, que les chasseurs le nient, ce n'est pas surprenant mais de la même manière qu'ils se considèrent comme les 1ers écologistes de France !
La vie de chien de meute est horrible ! Certaines meutes ne voient leur maître que pour la période de chasse, le reste du temps, ils sont dans des pensions. Pour d'autres, on peut en trouver dans des fermes désaffectées, à l'écart de tout, dans des enclos étroits, tout cela, on peut le voir quand on fait de la randonnée notamment !
Je récupère régulièrement des chiens de chasse, perdus. Les maîtres ne sont jamais bien inquiets ni pressés de les récupérer. C'est tout juste si ce n'est pas à vous de les ramener chez eux !
Alors, oui, le joli monde de la chasse et notamment la vénerie, se fout bien de ses chiens et n'est pas joli du tout !
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D
Merci Jean Louis, Merci Allain Bougrain-Dubourg pour cet article qui révèle la vérité sur les chiens de chasse. C'est toujours l'homme qui est responsable de ce qu'il créé soit la Lumière soit l'ombre; et là, pour le moment les chasseurs sont des êtres d'ombres, Ego, Orgueil, Ignorant les lois divines ... .
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J
Un problème d'Overblog a fait qu'e pratiquement aucun abonné n'a reçu la notification de publication de cet article d'où l'absence des avis des commentateurs "habituels" ! Le sujet valait pourtant le coup d'être débattu et pas seulement par les partisans de la chasse qui, de toute évidence, surveillent de près toutes mes publications ! Que ceux se rassurent : je ne vais pas pour autant brider mes sentiments et ne pas dire ce que je pense de leur "loisir" funeste que je continuerai de dénoncer à chaque fois que j'en éprouverai le besoin...
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M
Je pense que vous surveillez encore plus les articles sur la chasse vous avez le loisir de tout traiter.Rassurez vous les réponses vont suivre vos articles,même si cela est inutile.
D
On peut se douter que quand un animal est juste un outil, qui plus est utilisé pour traquer et tuer, il ne peut être considéré comme l'être sentient qu'il est pourtant et être traité comme il le mérite . Pas de solution autre que changer la nature humaine ...et ça !!!!!
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M
Le gars en a la conviction , mais pas la certitude,autrement dit ,rien, bien ou sont les preuves,il refuse de visiter un chenil de vénerie, pas mal doué pour écrire mais pour les mensonges aussi.
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J
La riposte ne s’est pas fait attendre : dans une chronique du journal ‘’Chassons’’, on se défend ardemment contre le ‘’tissu de mensonges’’ proféré par Allain Bougrain-Dubourg, qualifié ainsi : ‘’Cet homme est un ennemi de la chasse depuis toujours mais bien entendu on lui demande son avis sur le bien-être des chiens de meute’’ !
Allain, ennemi de la chasse ? Ce n’est en effet un secret pour personne : comment pourrait-il en être autrement quand on constate, jour après jour, les dégâts de la chasse sur la faune ? Comment pourrait-il être du côté des chasseurs lui qui depuis toujours défend la vie et… au passage, s’est souvent fait agresser par les chasseurs notamment lorsque, année après année, il se rendait dans les Landes pour y dénoncer l’insupportable ‘’chasse à la tourterelle’’ ? Mais revenons aux chiens de meute qui, d’après les intervenant de l’article de ‘’Chassons’’, sont ‘’en bonne santé, heureux et sociables’’. Tout le contraire des propos relayés par Allain. ‘’Je n’ai jamais vu quelque-chose qui ressemble à ce qui est décrit dans l’article. Jamais. Je n’ai vu que des chasseurs amoureux de leurs chiens’’.
Et pourtant, si l’on s’en réfère à un autre article publié par l’AVA, le 20 juillet dernier, au château de Cheverny, les visiteurs ont assistés malgré eux à une scène d’horreur puisque les ‘’chiens de chasse se sont entre-tués’’ lors du ‘’repas des animaux’’ auquel le public est invité à assister par le propriétaire de la meute, le marquis de Vibraye. Ce 20 juillet, ça ne s’est pas passé comme d’habitude : un des chiens a été pris pour cible par le reste du groupe et a été tué par ses congénères… Selon deux employés appelés à l’aide par les visiteurs, qui ont regardé ce qu’il se passait et sont repartis en disant que ‘’ce n’était pas la première fois que ça arrivait’’…
Sans doute y-a-t-il des chiens de meute bien soignés et bien traités tout comme il y en a certainement qui le sont beaucoup moins et ressemblent davantage à ce que AVA et d’autres aussi dénoncent ! Il est certain cependant que pour ‘’tenir’’ une meute, le fouet est de mise et, pour ces chiens, je persiste à croire que la vie est loin d’être rose…
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