Toutes les espèces de serpents sont désormais protégées en France métropolitaine

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le 11 février, un nouvel arrêté fixant la liste des reptiles protégés en France métropolitaine a été publié dans le Journal officiel. Le texte interdit de tuer, capturer ou déranger l'ensemble des espèces de serpents présentes sur le territoire. Une victoire pour les défenseurs de ces animaux.

Un nouvel arrêté vient de renforcer la protection des serpents en France dont celle de la couleuvre vipérine ou Natrix maura (ci-dessus). Photo : L Barthe (Cliquez pour agrandir)

Un nouvel arrêté vient de renforcer la protection des serpents en France dont celle de la couleuvre vipérine ou Natrix maura (ci-dessus). Photo : L Barthe (Cliquez pour agrandir)

Coronelle lisse, vipère aspic ou encore couleuvre à collier, une dizaine d'espèces de serpents sont actuellement répertoriées en France métropolitaine. Et désormais, elles sont toutes protégées. C'est la bonne nouvelle relayée par la Société herpétologique de France (SHF) qui œuvre depuis près de quinze ans pour renforcer la protection des reptiles. Dès 2007, l'organisation avait en effet alerté l'Etat français sur les lacunes et erreurs concernant l’arrêté fixant la liste des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire national. En novembre 2019, elle s'était une nouvelle fois mobilisée au sujet de l'actualisation de cet arrêté proposée par le ministère de la Transition écologique et solidaire.

Plus d'un an après, les efforts semblent avoir payé. Le 11 février dernier, un nouvel arrêté a été publié au Journal officiel pour mettre à jour la liste des espèces protégées. Désormais, y figurent tous les serpents répertoriés sur le territoire métropolitain. Il est ainsi interdit de les tuer, les capturer, les déranger ou les maltraiter. Toute personne outrepassant cette interdiction encourt une peine de 3 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende. "Cela signifie également que leurs milieux de vie sont préservés et qu’il faut désormais les prendre en compte dans l’aménagement de nos territoires", se réjouit la SHF dans un communiqué.

Les vipères aspic et péliade, également protégées

Si l'actualisation proposée en 2019 prévoyait un renforcement de la protection de plusieurs espèces, les défenseurs des serpents avaient vivement dénoncé la situation des vipères. Le texte indiquait en effet que la destruction demeurait "possible" pour deux espèces, la vipère aspic (Vipera aspis) et la vipère péliade (Vipera berus).

Le projet de mise à jour de l'arrêté proposé en 2019 maintenait la destruction possible de la vipère aspic (Vipera aspis) en France. Photo : Olivier Lourdais (Cliquez pour agrandir)

Le projet de mise à jour de l'arrêté proposé en 2019 maintenait la destruction possible de la vipère aspic (Vipera aspis) en France. Photo : Olivier Lourdais (Cliquez pour agrandir)

Cette mesure était justifiée par "des raisons de sécurité", ces espèces étant redoutées pour leur venin. L'argument a toutefois été balayé par les spécialistes qui ont souligné que les cas de morsures de vipères sont extrêmement rares en France et qu'il n'y a pas eu de mort en France par morsure de vipère depuis 2003.

La SHF a expliqué que tenter de tuer l'un de ces serpents expose justement au risque de morsure "quand la meilleure attitude à adopter face à ce reptile reste de lui laisser prendre la fuite". Enfin, l'organisation a également dénoncé "l'état de conservation alarmant" de ces deux espèces qui montrent un net déclin en France métropolitaine. Vipera berus est même classée Vulnérable dans la dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées en France de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Aux côtés de la vipère d'Orsini (V. ursinii, en danger), la vipère de Seoane (V. seoanei, vulnérable) et la couleuvre vipérine (Natrix maura, quasi-menacée).

Pour les associations impliquées, la modification fait donc figure de succès. "La publication de ce texte et la protection intégrale des vipères sont une victoire pour toutes les personnes qui se sont mobilisées à leur échelle et que je tiens à remercier", réagit Laurent Barthe, président de la SHF dans un communiqué.

Deux grenouilles encore trop peu protégées

La mise à jour de l'arrêté ne satisfait néanmoins pas complètement les défenseurs des reptiles et des amphibiens. Ces derniers ont en effet déploré l'absence de protection intégrale pour deux espèces : la grenouille rousse (Rana temporaria) et la grenouille verte (Pelophylax kl. esculentus).

La Société herpétologique de France a déploré l'absence de protection intégrale de la grenouille verte (Rana temporaria) dont la population serait pourtant en déclin. Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

La Société herpétologique de France a déploré l'absence de protection intégrale de la grenouille verte (Rana temporaria) dont la population serait pourtant en déclin. Photo : Jean-Louis Schmitt (Cliquez pour agrandir)

"Leur pêche, à des fins commerciales ou non, suivant l'espèce, fragilise leur viabilité sur le long terme mais aussi celle d'espèces voisines avec lesquelles le risque de confusion est élevé, alors même que certaines sont fortement menacées", affirme la SHF dans son communiqué.

Une étude est actuellement en cours sur l’exploitation commerciale de la grenouille rousse, notamment en Bourgogne-Franche-Comté. Les associations pressent aussi le ministère de conduire l’étude convenue sur la cohérence entre les dispositions réglementaires encadrant la pêche des grenouilles rousses et vertes et un statut de protection plus fort. "Nous restons toutefois pleinement investis dans la défense des espèces d’amphibiens qui ne bénéficient pas encore de protection cohérente : le contexte sanitaire doit rappeler à chacun la gravité de l’effondrement de la biodiversité et l’impact de l’humain sur les écosystèmes", conclut Laurent Barthe.

Emeline Férard/Géo (17/02/2021)

 

 

 

 

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A
Oui il faut répandre l’idée que lors d’une rencontre avec n’importe quel animal sauvage, c’est lui qui a le plus peur. Il faut donc le laisser partir et pour les inquiets, il suffit de marcher en frappant le sol.
PS nous avons beaucoup de couleuvres, excellentes auxiliaires du jardin et du potager!) que nous protégeons.... de nos chiens:( . À savoir, quand elle est attaquée elle fait la morte : donc écarter le chien qui s’en désintéresse d’ailleurs puisqu’elle ne bouge plus et la pousser dans les buissons (avec un bâton si on ne veut pas la toucher) et hop elle file dare dare !
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J
Super, merci pour ces conseils avisés Anne ! Ici, autour de chez moi, point de couleuvres alors que j'aimerai beaucoup en avoir, en photographier... C'est pas le biotope, il faut se faire une raison !
M
Il serait bien aussi de ne plus vendre en animaleries des reptiles venus d’ailleurs et qui n’ont rien à faire sur notre territoire. Ils sont souvent nourris de chatons vivants. Une horreur de plus à condamner.
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A
Bien d’accord, quel besoin de faire venir ( dans des conditions souvent très discutables) des animaux exotiques quand il y a tant d’animaux à choyer à la SPA
Z
Une mesure de bon sens qu'il va falloir faire appliquer maintenant . Et aussi continuer à protéger d'autres espèces .
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B
Beaucoup trop de gens ne les aiment pas. Ils sont utiles, comme tout ce qui vit sur terre et il faut les protéger...
Bonne fin de semaine Jean-Louis
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M
Une avancée reste à la faire appliquer sur le terrain beaucoup de reptiles sont tués par stupidité et méchanceté juste parce qu'on aime pas ces bêtes là ...
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