Journal du Couvre-feu/J. 63 ‘’Le danger du drone sur la faune sauvage’’

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L’évolution rapide des technologies audiovisuelles de ces dernières années, nous a mené à la création de nouveaux outils extrêmement performants et accessibles financièrement pour la réalisation de prises de vues animalières. Si cette technologie s’avère un allié redoutable pour mettre en avant la beauté de la nature qui nous entoure, elle dévoile aussi des effets pervers dans son utilisation…

Image de chevrettes prises au drone… (Cliquez pour agrandir)

Image de chevrettes prises au drone… (Cliquez pour agrandir)

Attention animaux sensibles, ne pas déranger !

Le drone de manière générale en est un parfait exemple et le drone FPV (First Person View que l’on peut traduire par « vue subjective ») plus spécifiquement, démontre une utilisation qui sans précaution d’usage peut avoir des effets néfastes sur la faune sauvage. De plus en plus de vidéos apparaissent sur des plateformes de diffusion en ligne dans lesquelles on peut assister à la poursuite de mammifères comme les chevreuils, les sangliers, les cerfs et les biches à l’aide de ce type de drone. Les oiseaux ne sont pas en reste puisque certains dronistes peu regardant n’hésitent pas à se rapprocher de vautours planant dans le ciel à la recherche des vents ascendants ou d’autres rapaces plus agiles qui ne manqueront pas de défendre un territoire voire une nidification.

On peut aisément imaginer le dérangement que cela provoque au sein des hardes, des colonies ou simplement pour un individu isolé. Pourtant ces vidéos sont présentées comme un génie de réalisation audiovisuelle, le tout accompagné d’une musique douce qui invite à l’émerveillement. Si ce matériel nous permet d’obtenir des angles de vues inédits et procure un plaisir sportif pour son utilisateur, il ne faut pas oublier que le dérangement de la faune sauvage peut générer de graves dysfonctionnements au sein d’une population donnée ainsi que des changements de comportements individuels.

Les oiseaux dépensent énormément d’énergie pendant le nourrissage des juvéniles en période de reproduction et peuvent littéralement abandonner une couvée si la pression exercée par un drone est trop forte et soutenue sur la durée. Cette même énergie n’étant plus dédiée au nourrissage des jeunes, leur croissance peut en être impactée ou ceux-ci sont voués, dans le pire des cas, à une mort certaine et lente. Les collisions avec les rapaces peuvent entraîner de sérieuses blessures voire la mort d’un individu. Des hardes de chevreuils peuvent se disloquer et certains individus plus faibles que les autres, sont susceptibles de générer un stress trop important pour leur métabolisme. Sans oublier le risque d’accident que cela peut engendrer en obligeant les grands mammifères à prendre la fuite en traversant des routes et autoroutes à proximité.

Les exemples et possibilités malheureuses d’interactions avec la faune sauvage sont nombreux. Il est donc important pour les usagers de mesurer dans un premier temps l’impact que l’utilisation de ce type d’engin peut générer sur la faune sauvage et dans un second temps, de prendre les mesures nécessaires pour éviter tout dérangement.

Le repos du Lynx… Image prise au drone (Cliquez pour agrandir)

Le repos du Lynx… Image prise au drone (Cliquez pour agrandir)

Savoir garder ses distances

Aussi maniable soit-il, le drone n’est pas destiné à réaliser des images animalières de type gros plan. Il faut donc garder une distance de vol suffisamment importante pour que l’animal ne soit pas dérangé par le bruit des hélices. Chez certaines espèces très sensibles, cette distance peut largement dépasser les 200 mètres. Il faut évidemment éviter de filmer des animaux dont les prédateurs principaux sont aériens. Et il est tout aussi important d’éviter toute zone de reproduction, de mise bas et de repos. Se renseigner sur l’animal que l’on veut observer est la première des règles à suivre pour réaliser de belles images puisqu’elle permet d’adapter au mieux les conditions de prise de vue en fonction de la sensibilité du sujet observé.

La législation qui encadre l’utilisation d’un drone FPV est très claire. Ceux-ci pesant généralement moins d’un kilogramme sont considérés comme étant des drones de loisirs à usage privé. Ce qui implique qu’ils ne peuvent être utilisés que sur un terrain privé ou moyennant une autorisation spécifique. S’il est déjà prévu l’interdiction de survoler un groupe de personnes ou une zone à risque (espace public, parc urbain, aéroport, etc.), rien n’est encore prévu concernant la faune sauvage. Il est donc primordial qu’une prise de conscience par le biais d’une sensibilisation efficace soit mise en place afin d’éviter de restreindre la liberté d’action des utilisateurs par la voie légale. L’avenir du drone et du drone FPV plus particulièrement, réside dans le bon sens et la bonne pratique de ses utilisateurs.

A l’heure actuelle, il n’y a pas d’étude scientifique réalisée sur le sujet qui pourrait permettre d’établir un impact chiffré et précis sur la faune sauvage mais de manière ponctuelle, les images parlent d’elles-mêmes. Dans la quasi-totalité des vidéos disponibles sur internet et réalisées par des amateurs, on peut distinguer très clairement, le comportement de fuite et de stress des animaux filmés. Si la vidéo animalière est un très bon outil de préservation de la faune sauvage, c’est notamment parce qu’elle s’effectue dans le respect le plus total du sujet observé. Le caméraman se fond littéralement dans le paysage pour capturer des comportements animaliers qui ne seraient pas observables autrement. Dans ce cas-ci, c’est tout l’inverse qui se produit.

Les drones sont bruyants, volent à proximité du sujet et sont capables de le suivre sur de longues distances pendant de longues minutes. L’image d’un animal qui fuit ou qui attaque la caméra tout en éprouvant du stress n’est pas de la photographie ou de la vidéo animalière. Il s’agit là d’un manque de respect et d’un dérangement lié à la faune sauvage, tout simplement.

Source : LRBPO (Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux)

Vidéo : Faune Sauvage vue du ciel - Game view by a drone (10 :13)

 

 

 

 

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Publié dans Animaux

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Commenter cet article

MJ 17/02/2021 11:46

Je suis entièrement d'accord avec cet article. La multiplication des drones et leur utilisation immodérée, non respectueuse des autres , est un problème, pas seulement pour les animaux sauvages mais pour tous les adeptes du calme et de la tranquillité. Il en est de même avec les utilisateurs de quads ou de motos de cross qui utilisent sans vergogne des sentiers pourtant réservés aux piétons ou aux cyclistes.

Zoé 16/02/2021 17:48

Hélas, il y a toujours des individus pour qui la protection de la faune est le dernier des soucis!

Gérard 15/02/2021 21:08

Voici un sujet d'actualité, pour nous les photographes animaliers, il nous est important de ne pas déranger l'animal, donc d'être le plus discret possible voir à ne pas réaliser de photo, mais d'observer à distance pour apprendre les habitudes du sujet ce qui est un grand plaisir.
J'ai déjà constaté le stress provoqué par le drone de la télévision régionale qui désirait présenter le brame du cerf au parc animalier de Rodes. Cet appareil était tellement bruyant qu'il a provoqué la fuite de tous les animaux sous le couvert de la forêt. Alors qu'il est tellement simple de filmer le rituel du brame depuis les allées du parc. Le scoop n'a pas sa place en photographie animalière !

Béa kimcat 15/02/2021 16:23

Merci de nous avoir alertés sur ce danger...
Bon début de semaine Jean-Louis

Françoise 15/02/2021 09:28

Les drones en montagne sont insupportables, même pour la plupart des randonneurs.

Jpl 15/02/2021 09:01

Et que dire des abrutis des administrations de certains pays qui dressent des rapaces à attaquer les drones avec l’infâme couverture de dire que ces rapaces ne craignent rien étant donné que l’on couvre leurs serres de protections en kevlar!
La législation française impose que le pilote du drone garde le contact visuel avec ce dernier et en cas de vol fpv, un assistant peut remplir ce rôle à la condition de savoir le piloter; ceci indique que le suivi d’animaux est théoriquement impossible …mais cette même législation ne contrôle que des drones de plus de 800 grammes alors que la technologie actuelle permet des prises de vues en 4K sur des engins qui, tout équipés, pèsent moins de 250g, renvoient les images dans les lunettes du pilote et ont une autonomie proche des 10minutes. Il y a donc encore un gros travail à faire pour la protection des animaux dans ce domaine de la prise de vues.

Jacky 15/02/2021 08:22

J'habite dans une zone où l'utilisation d'un drone est interdite. Une base aérienne militaire se situe dans les environs. C'est très bien ainsi. Malgré tout, des personnes bravent ces consignes. Tous veulent faire de belles vidéos. C'est comme les motards ou vétetistes avec leurs gopros. C'est le progrès et la société de consommation. La nature se mérite.

Camille 15/02/2021 07:55

Qui dit nouvelles inventions, dit également mot nouveau ! Ainsi, voilà l'apparition de "droniste" autrement dit de pitole de drone ! Il est sûr que l'utilisation de tels enginspeut avir des effets néfastes mais, reconnaissons que, utilisés dans le respect de la faune, le résultat est "bluffant" !

Claire 15/02/2021 07:43

Magnifique invention qui, comme toutes, peut avoir des effets pervers... selon les utilisateurs ! Il ne sera pas aisé d'en contrôler l'utilisation qui, comme le souligne Jean-Louis, s'est considérablement démocratisée ! C'est à chacun de prendre ses responsabilités...

Jean-Louis 15/02/2021 06:56

Les drones, c'est évident, permettent d'avoir des images incroyables jamais obtenues jusque-là : la plupart des réalisateurs de documentaires s'en servent désormais et, j'ose l'espèrer, ont le soucis de déranger le moins possible les animaux !
Comme en toute autre chose, des crétins et des inconscients, il y en a, c'est sûr !

domi 15/02/2021 05:32

S'il faut davantage réglementer l'usage des drones il faut aussi que les photographes pédestres respectent la faune, non ?

Jean-Louis 15/02/2021 06:52

C'est évident mais comme c'est incontrôlable... Je ne connais ps le "milieu" des photographes animaliers mais, en revanche, j'en connais quelques-uns que j'ai déjà eu l'honneur de présenter sur ce blog : ceux-ci ont une sensibilité très proche de la mienne et, tous, nous avons à coeur de ne pas déranger les animaux que nous photographions ! Cela dit, il nous arrive aussi de commettre des erreurs et c'est ainsi que nous apprenons ! Le problème des drones qui sont désormais largement "démocratisés" est leur utilisation anarchique et donc dangeureuse pour la faune ! Mais, il me semble que leur utilisation est déjà réglementée, non ?