Journal du couvre-feu/J 77 ‘’Malgré l’évacuation de la Zad de Gonesse, les militants veulent continuer le combat’’

Publié le par Jean-Louis Schmitt

La Zad de Gonesse a été évacuée dans le calme et sans violence mardi 23 février. Malgré tout, les militants ne comptent pas abandonner la lutte contre la future gare de la ligne 17 du grand Paris…

Photo : NnoMan/Reporterre

Ils auront tenu 16 jours. Mardi 23 février au petit matin, des policiers et gendarmes sont venus évacuer la Zad du triangle de Gonesse. Lancée le 7 février dernier pour lutter contre la construction de la future gare de la ligne 17, cette Zad aura été le point d’orgue d’une décennie de lutte.

Lundi soir, un huissier de justice est venu notifier aux zadistes l’ordonnance d’expulsion demandée par la région et ordonnée par le tribunal. « Nous allions déposer un recours en justice ce matin, qui n’aurait pas été suspensif de l’expulsion. Mais nous n’en avons pas eu le temps », confie Siamak Shoara, membre du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG).

L’expulsion s’est déroulée dans le calme et sans violence. Au début, les militants ont tenté d’empêcher les forces de l’ordre d’entrer sur le terrain, avant de rapidement faire marche arrière, au prix de quelques jets de gaz lacrymogènes. Certains ont grimpé sur le toit de l’une des dix cabanes, histoire de ralentir un peu le processus. « On s’est ensuite assis par terre pour faire une chaîne humaine et on a chanté avant d’être évacués », raconte Saeko, un zadiste. Les soutiens et les journalistes sont rapidement arrivés sur place mais n’ont jamais pu pénétrer sur la Zad, dont l’accès était bloqué par des dizaines de camions de polices. « Si vous voulez des photos, il faudra prendre un drone. Ou alors une montgolfière. Au moins, c’est écolo », dit en souriant le commissaire.

 

Saeko, un zadiste du triangle de Gonesse. Photo : NnoMan/Reporterre

Aux alentours de dix heures du matin, un bus est sorti de la Zad, avec 24 personnes à l’intérieur. Elles ont été emmenées au commissariat de Cergy-Pontoise, à 45 km de là. Leur passage a été chaleureusement applaudi par une vingtaine de personnes venues soutenir la Zad. Au milieu du groupe, Éric Piolle, le maire de Grenoble. « On est ici au cœur du combat pour la préservation des terres agricoles. On nous promet qu’avec cette gare, on va apporter la lumière du développement. Mais, de quel développement parle-t-on ? Il faut se demander ce que nous voulons pour notre avenir. » D’autres élus avaient apporté leur soutien, comme la députée (groupe La France insoumise) Clémentine Autain, qui s’est rendue devant le commissariat où les 24 militants ont été conduits en garde à vue. « Ils avaient tout intérêt à évacuer sans tarder au vu du nombre de soutiens politiques qui affluaient », suppose un militant.

 

Le départ des zadistes en garde à vue. Photo : Laury-Anne Cholez/Reporterre

 

La députée Clémentine Autain. Photo : Sandrine Suire

Pour Bernard Loup, le président du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), cette occupation n’aura pas été vaine. « Nous avons pu médiatiser notre combat et montrer que cette gare en plein champ est absurde. Ce n’est pas en s’obstinant dans cette direction qu’on va régler les problèmes sociaux de Gonesse. » Car beaucoup d’habitants ne sont pas dupes de l’utilité de cette nouvelle gare. « Voyons, on n’a jamais vu de gare dans un endroit où il n’y a personne ! Par ailleurs, nous sommes aussi pour le projet agricole Carma. Nous aussi, on veut manger bio dans nos cantines ! » racontait Khalid, de l’Adevo (Association de défense des habitants de l’est du Val-d’Oise) lors d’une manifestation de soutien à la Zad le 15 février dernier.

 

Éric Piolle, le maire de Grenoble. Photo : NnoMan/Reporterre

Le projet Carma, qui vise à développer une agriculture locale sur le triangle, est prêt à démarrer. « Il n’y a que trois exploitations d’agriculture bio dans le Val-d’Oise contre 40 dans les Yvelines, par exemple. Il faut rattraper le retard en matière d’agriculture durable et arriver à une certaine autonomie alimentaire. Pourquoi s’entêter à faire des bureaux et des entrepôts logistiques ici ? » s’emporte Anne Gellé, de l’association Terre de liens, qui soutient le projet Carma.

L’évacuation de la Zad n’a pas entamé le moral des militants et Bernard Loup, figure du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), reste déterminé à poursuivre le combat. « Maintenant que la Zad a été évacuée, peut-être que le gouvernement acceptera de discuter avec nous des raisons pour lesquelles il veut à tout prix maintenir cette gare. Car nous sommes dans l’absurde le plus complet dans cet entêtement à bétonner. »

 

Laury-Anne Cholez et NnoMan/Reporterre (23 février 2021)

 

 

 

 

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Commenter cet article

Mario 01/03/2021 10:40

Bravo aux courageux militants!
C'est dans ce genre de projets absurdes inutiles et couteux que l'on voit à quel point ce gouvernement à le souci de l'écologie et du cadre de vie des habitants.

Zoé 01/03/2021 09:27

Absurde , c'est le mot qui qualifie bien ce projet .Décidément on ne tire aucune leçon!
Solidaire avec ces militants .

Françoise 01/03/2021 09:19

De tout cœur avec les militants écologistes ! La vie pour eux et pour nous ne sera jamais un long fleuve tranquille car les causes à défendre sont malheureusement de plus en plus nombreuses.

danièle 01/03/2021 08:29

Bravo aux militants. N'arrêtez pas la lutte, l'aberration de ces constructions à outrance cesseront car les terrains agricoles en BIO et en permaculture sont vitale pour l'humanité !

Jean-Louis 01/03/2021 07:23

Encore une fois le pot de fer contre le pot de terre...On se doute bien, hélas, de l'issue du bras de fer et ce seront encore quelques hectares de bonne terre qui vont disparaître ! La routine, quoi...