Interdiction de la chasse à courre : les députés renâclent, les Verts se rebiffent

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Parce que la proposition de loi contre la maltraitance animale, examinée ce mardi à l’Assemblée nationale, ne prévoit nullement d’interdire cette « pratique cruelle et désuète », des élus verts lancent ce mardi une votation citoyenne pour permettre un « débat démocratique » sur l’abolition de la vénerie…

Une chasse à courre Chatenoy, en hiver 2017. Photo : Lionel Bonaventure/AFP

Protéger les animaux de compagnie de l’abandon et de la cruauté : en 2021, qui peut bien s’y opposer ? Mettre fin à la présence d’animaux sauvages, dans les cirques et autres spectacles télévisés, à l’instar des éléphants et des fauves : qui peut aujourd’hui ne pas le souhaiter, hormis certaines grandes (et petites) familles circassiennes ? Toutes ces mesures pour le bien-être animal sont en effet consensuelles, aussi bien sur les bancs du Parlement que dans l’opinion. Et c’est bien pour cela qu’elles figurent dans la proposition de loi contre la maltraitance animale, examinée à compter de ce mardi à l’Assemblée nationale sous le regard bienveillant de l’exécutif.

En revanche, les sujets conflictuels ne figurent dans le texte de loi. C’est le cas de l’élevage intensif, dont il est seulement fait mention avec la fermeture programmée des élevages de visons pour la fourrure, ou de la chasse, dont le mot n’apparaît nulle part dans la mouture adoptée en commission des lois la semaine passée. « Ce texte sur le bien-être animal va dans le bon sens et c’est un premier pas utile, plaide auprès de Libération le député ex-LREM Matthieu Orphelin. Mais il n’a rien de la loi historique dont les rapporteurs se félicitent : il a été façonné de manière à ce que n’apparaisse aucun sujet clivant, notamment la vénerie. »

« Triste spectacle »

Il est vrai que jusqu’à présent, toutes les tentatives parlementaires en 2013 à l’Assemblée ou en 2017, au Sénat, ont échoué à examiner (pour les abolir) ces « pratiques cruelles et d’un autre temps ». Pourtant, selon le baromètre annuel de l’Ifop pour la Fondation 30 millions d’amis, rendu public lundi, les Français les rejettent massivement. Parmi les sondés, ils sont 77 % à vouloir l’interdiction de la chasse à courre. La preuve, selon les associations de défense animale, mitigées sur ce texte qu’elles jugent important mais limité, qu’il est temps d’y mettre un terme. En témoigne également l’émotion suscitée récemment par des incidents lors de parties de chasse filmées à Rambouillet (Yvelines) ou Chantilly (Oise) par les opposants à la vénerie.

« La chasse à courre est un triste spectacle et même en milieu rural, dans ma circonscription du nord d’Angers, il y a un ras-le-bol, poursuit le député du Maine-et-Loire, dont les amendements pour interdire la vénerie, y compris le déterrage des renards et blaireaux, ont été déclarés irrecevables ce mardi après-midi. C’est incroyable que LREM refuse le débat démocratique sur ce sujet. » Face à un « blocage politique », il n’en fallait pas moins pour que les élus écologistes, vaille que vaille, décident de tirer une nouvelle cartouche. Laquelle ? Celle d’une votation citoyenne pour exiger l’abolition de cette « pratique cruelle et désuète ». Une façon « d’interpeller les Français sur le fait que la France ne peut pas débattre de ce sujet », justifie l’eurodéputée verte Karima Delli, lors d’une conférence de presse en ligne avec Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-les Verts (EELV), Matthieu Orphelin et Stanislas Broniszewski, militant d’Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA).

Votation citoyenne et référendums locaux

A l’image de la campagne pour le référendum d’initiative partagée (RIP) sur les animaux, toujours en cours, les Verts veulent donc consulter les citoyens sur la chasse à courre. Et dans l’éventualité d’une victoire écologiste aux régionales (en Ile-de-France ou dans les Hauts-de-France par exemple), ils s’engagent à répondre aux attentes des habitants en organisant des référendums locaux sur ce dossier. « On a tous eu vent du cerf traqué jusque dans la gare de Chantilly qui a occasionné de grosses difficultés de transports, abonde Julien Bayou, pour l’instant tête de liste écolo en Ile-de-France. Il faut permettre aux régions d’organiser l’abolition. »

Au niveau régional, les écologistes proposent aussi « d’annuler tous les financements vers ce type de chasse » et de « protéger les réserves naturelles » de la vénerie. « La chasse à courre discrédite notre pays, on n’est pas dans le peloton de tête de l’écologie et du respect du bien-être animal », complète Karima Delli, qui sera, elle, tête de liste EE-LV dans les Hauts-de-France. Pour l’heure, l’eurodéputée rappelle que l’Allemagne, la Belgique, l’Ecosse ou l’Angleterre ont depuis de nombreuses années, remisé aux oubliettes cette chasse « désuète ». Mais les veneurs français, disposant eux aussi de nombreux relais parmi les élus, n’ont pas dit leur dernier mot.

Florian Bardou/Libération (26.01.2021)

 

 

 

 

 

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Simone 07/02/2021 12:30

Rien à rajouter Jean Louis sinon que j'ai honte de ces gouvernants successifs, lâches et corrompus par l'appât du sacro saint pouvoir !! Ecoeurée !! Mais il faut continuer, nos assoc font des miracles ces derniers temps ! Belle journée à vous quand même.. Bisous

Claire 07/02/2021 10:40

Pétition signée par moi aussi mais, navrée de plomber l'ambiance, comment y croire alors que nos dirigeants semblent totalement sourds à toutes les revendications en faveur des animaux ?

Françoise 06/02/2021 09:46

Signé.

Anne 05/02/2021 23:10

C’est horrible pour l’animal chassé mais c’est bien dur aussi pour les chevaux et les chiens considérés uniquement comme des outils : ils restent au pré ou au chenil à longueur d’année puis sont sortis un matin pour une journée intense et le soir il y a une inspection pour vérifier qu’il n’y a pas de blessure qui empêcherait leur participation à la prochaine chasse. Je suppose que personne ne les sort le lendemain pour un petit trotting à allure réduite pour éviter douleurs et courbatures du lendemain. Et pour les caresses, oublions !

Anne 05/02/2021 22:34

Signée !

JACQUES 05/02/2021 19:22

Pétition signée. Mais je pense que ça ne suffira pas pour faire abolir les privilèges des chasseurs, malheureusement !

Mario 05/02/2021 15:40

Signé !

Dominique 05/02/2021 14:51

Signé !

danièle 05/02/2021 14:06

Nous allons vers des éléctions, c'est une bonne pub ! Et après ? ? ? La motivation de ces partis politiques
est elle profonde, respectueuse de l'animal ? J'en doute, encore et encore des blablas ... . Pourquoi ce blocage sur les amendements ? sans commentaire !

Zoé 05/02/2021 13:11

La chasse à courre est une abomination et une honte ! Rien ne peut justifier cette pratique si ce n'est - et c'est le cas - se sentir une espèce de caste et défendre un privilège d'un autre âge , ! Se repaître de la traque et de la mise à mort d'un animal , c'est cruel et pervers. C'est du même ordre que la corrida.