Journal du Couvre-feu/J. 54 "Quand la charolaise se raconte…"

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Une proposition de loi visant à améliorer la condition animale arrive cette semaine à l'Assemblée Nationale. Portée par des députés LREM, elle cherche le consensus mou. Exit les amendements pour interdire l'élevage en cage, la chasse à courre, ou encore les conditions d'abattage. Comment ça, il y a de la violence dans les abattoirs et de la barbarie dans les égorgements rituels ?

Taureau et vaches de race ‘’charolaise’’… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Taureau et vaches de race ‘’charolaise’’… Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

« Belle charolaise à la robe immaculée, j’affiche aujourd’hui plus d’une tonne sur la balance. Six ans après avoir grandi dans les pâturages de Saône-et-Loire, me voilà conduite à l’abattoir.

Avec ma « culotte rebondie et bien descendue », comme ils disent, « ma poitrine ronde » et « mon bassin musclé », j’appartiens à une race baptisée sans poésie « race à viande » ou « vache bouchère ». Aujourd’hui, je vais en finir avec la vie mais mon destin m’impose une ultime épreuve, une souffrance d’autant plus insupportable que vous auriez pu me l’éviter. Je vais subir l’abattage rituel. Peu importe qu’il soit halal, pour satisfaire les musulmans, ou casher à l’attention des juifs, dans les deux cas je vais être égorgée sans étourdissement. En clair, j’ai rendez-vous avec l’agonie.

La charolaise, son regard doux et son air placide. Ce n’est pas une raison pour la faire mourir dans l’agonie de l’abattage rituel ! On arrête quand le massacre?

Tout commence par ce box dans lequel vous allez m’enfermer. Ma tête sera placée dans une mentonnière afin que je tende largement mon cou à offrir au couteau. Cette machine, créée pour l’occasion, me retournera ensuite sur le dos. La masse de ma panse, mon rumen, qui peut peser plus de 500 kg écrasera alors mes poumons. Nul doute que mon égorgement deviendra une délivrance. Mais je sais qu’il me faudra ressentir aussi l’odieuse douleur de la saignée durant de longues minutes -jusqu’à 11 minutes prévient un rapport de l’Institut national de recherche pour l’agriculture l’alimentation et l’environnement (INRAE)-. Je serai ensuite hissée par un crochet pour rejoindre l’improbable cheminement des dépouilles de mon clan.

L’Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA), qui se bat depuis 1961 pour en finir avec cette pratique, souligne que la Fédération des Vétérinaires d’Europe, le Conseil National de l’Ordre des Vétérinaires et, plus récemment, le Conseil Économique Social et Environnemental partagent son avis. De même 74 % des Français désapprouvent l’abattage rituel (IFOP-OABA mai 2020) et pourtant, rien ne bouge…

Vous autres législateurs et autres décideurs, vous n’avez pas le courage de lever le voile sur ce coupe-gorge d’un autre temps. J’offre ma mort en spectacle si vous voulez du concret. Vous vous demanderez alors pourquoi vous n’avez pas intégré cette question dans votre proposition de loi visant à améliorer la condition animale que vous discutez cette semaine à l’Assemblée Nationale. D’autre pays européens ont refusé cette pratique barbare, je pense au Danemark, à la Finlande, au Luxembourg, à la Grèce, la Suisse, la Slovénie etc… sans parler de l’Indonésie qui ne l’impose pas alors qu’elle compte le plus grand nombre de musulmans au monde.

Avant d’en terminer avec la vie, je tiens à souligner que mon cadavre contribuera à tromper les consommateurs. Bien qu’abattue rituellement, je ne finirai pas forcément sur les étals ‘’halal’’ ou ‘’casher’’, ma pauvre carcasse pourra tout aussi bien rejoindre le circuit ‘’conventionnel’’ puisque l’étiquetage précisant la méthode d’abattage n’existe pas. Même ceux qui s’opposent à cette pratique (87 % des européens) peuvent manger notre viande de misère sans le savoir. Quel gouvernement aura la vertu d’en finir avec nos souffrances évitables? »

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

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Béa kimcat 09/02/2021 18:14

Pauvres Charolaises...
Affreuse et cruelle fin pour elles...

Claire 07/02/2021 10:32

Oui, nous savons tout cela grâce en particulier à votre blog ! Nous savons l’horreur qui règne derrière les murs épais des abattoirs : épais, pour ne pas qu’on entende les cris de détresse et de terreur de ceux qui vont à la mort ! Une mort violente et affreuse voulue par ceux qui ne considèrent l’animal que comme un simple ‘’produit’’ et le traite comme tel, sans le moindre égard, en faisant fi de tout sentiment… Il le faut sans doute pour les personnes qui travaillent dans ces lieux de mises à mort permanente, il faut probablement faire abstraction de tout sentiment sous peine de devenir fou ! Notre société est ainsi faite et, même en ce moment où, crise sanitaire oblige, beaucoup de secteurs sont totalement à l’arrêt, les abattoirs quant à eux, continuent de fonctionner à plein régime parce que la demande est toujours là !
La seule clef de cette abominable affaire est là : en l’absence de demande ou au moins de demande moindre, la ‘’production’’ devra fatalement baisser… Mais, quand ?
Je ne peux pas jeter la pierre à ceux qui consomment de la viande, je l’ai fait jusque il n’y a pas si longtemps, sans me poser de questions… jusqu’au jour où je suis ‘’tombée’’ sur votre blog et que, graduellement, j’ai pris conscience de tout cela ! Sans doute étais-je prête puisque j’ai, progressivement changé mon alimentation et que désormais je ne consomme plus aucun produit carné ! Sans doute que ‘’j’étais prête’’ et le ‘’miracle ‘’ a eu lieu… Mais, le plus grand nombre est loin de se poser des questions… alors, changer sa façon de manger…
Autant dire que les scènes atroces de mise à mort décrites avec tact par Allain Bougrain-Dubourg vont encore se poursuivre un moment… pour le plus grand malheur de ces pauvres bovins, ovins, lapins, poules et poulets, dindes…

Dominique 07/02/2021 09:50

étaient

Dominique 07/02/2021 09:48

Les lois pour limiter au maximum la souffrance dans les abattoirs étalent à peine signées et appliquées que des personnes venues chercher un monde meilleur et accueillies dignement ont demandé ces dérogations ... et les ont obtenues facilement. Exit vite fait la loi, le respect, la compassion, le progrès humaniste. D’autres pays d’Europe ont su dire non...

Anne 06/02/2021 23:12

Tout-à-fait d'accord avec Jean-Louis, je ne comprends pas pourquoi ces abattages rituels sont tolérés en France. Si vous allez dans un pays musulman vous devez en suivre les règles (y compris dans un avion entre deux capitales européennes si l'avion est d'une compagnie arabe) alors pourquoi les règles musulmanes devraient être tolérées dans un pays où la religion est séparée de l'état. Ces coutumes d'abattage étaient dictées par des risques sanitaires à l'époque lointaine où les frigos n'existaient pas mais actuellement, elles n'ont plus aucune raison d'être. Ce qui me choque encore plus, c'est, comme le dit Jean-Louis, que ces pratiques deviennent générales pour éviter la gestion de deux stocks. Il faudrait exiger que la technique d'abattage soit clairement indiquée : Hallal, casher, en chaine d'abattage normal dans un abattoir ou aussi, comme cela commence à se faire : à la ferme, sans stress, ni pour la bête ni pour l’éleveur, qui, croyez-le, aime ses bêtes. Pour que nous continuons à voir des bêtes paisiblement en pâture dans la campagne, il faut que la consommation de viande existe encore mais en proportion beaucoup, beaucoup plus faible : ceci permettrait aux éleveurs de vivre décemment et ne pas envoyer leurs bêtes à la souffrance.

Zoé 06/02/2021 17:21

"On arrête quand le massacre? " Chaque assiette de viande est une assiette de souffrance , arrêtons de consommer !

DOMI 06/02/2021 11:11

DES ANIMAUX SYMPAS que j'aime photographier en pâtures

danièle 06/02/2021 10:14

Végétarienne et en pleine santé (73 ans) je suis heureuse de ne plus cautionner cela. Lumière, Amour,
Paix dans vos coeurs, C'est ce qui manque le plus à nos gouvernements !

Chewbyspirit 06/02/2021 07:50

Merci pour cet article. Aucun animal ne devrait avoir à subir une telle barbarie. Je ne comprends pas que dans un monde qui se prétend "civilisé" on puisse encore tolérer de telles ignominies, et il y en a , des ignominies.

Jean-Louis 06/02/2021 06:20

Merci à Allain Bougrain-Dubourg de rappeler que l’abattage rituel n’est pas ‘’l’exception’’ mais bel et bien la règle dans la majorité des abattoirs : tout cela pour aller toujours plus vite ! La souffrance animale est mise au rancart tandis que, par devant les caméras, on se gausse de leur ‘’bien-être’’ : vaste supercherie car, le jour où on s’en préoccupera vraiment, on interdira ces pratiques immondes, on proscrira les élevages intensifs, on abolira la chasse à courre et la chasse tout court… Autant dire que ce n’est pas demain la veille !

Cléo 06/02/2021 05:51

Ouf! Ce doit être horrible! Merci à ton ami Allain d'écrire si bien au nom des animaux et à toi de publier ses beaux textes! Naturellement, pour les animaux, l'idéal serait que plus personne ne mange de viande...