Pro et anti-chasse : comment peuvent-ils s’entendre ?

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Des chasses à courre qui se terminent sur une voie ferrée ou sur un parking de supermarché, comme en Moselle, il y a un mois où un chevreuil traqué s’est réfugié sous un chariot. Des riverains qui découvrent des impacts de balles dans leur domicile : partout en France les anti-chasse relaient à grand renfort de vidéos funestes, sur les réseaux sociaux, ce qu’ils estiment être de graves dérives des chasseurs. Demandant à cor et à cri auprès du gouvernement l’interdiction pure et simple de "ces pratiques d’un autre âge". En septembre dernier, le député EELV, Yannick Jadot ravive les crispations affirmant qu’il faut "sortir de la chasse". Le débat passionné enfle en France. Morgan Keane, jeune Britannique de 25 ans, meurt, le 2 décembre dernier, touché accidentellement par la balle d’un chasseur, à deux pas de sa maison, dans le Lot…

Pro et anti-chasse : comment peuvent-ils s’entendre. DR

Alors que les discours sur la prise en compte de la souffrance animale font aussi écho à celui des antispécistes et des minorités Vegan, le chasseur semble de plus en plus isolé, pointé du doigt par une frange de la population indignée exigeant le droit de se promener "en toute sécurité dans les campagnes et en forêt". Face aux coups de boutoir de ses détracteurs, la chasse aurait-elle du plomb dans l’aile ?

Ils sont un peu plus de 1 million en France, tous passionnés par une pratique ancestrale. Une passion plus que jamais contestée et de moins en moins acceptée par les associations de protection animale. Le naturaliste Pierre Rigaux, dénonce dans une vidéo, la chasse aux sangliers à l’épieu, cette longue dague, où selon lui, "les chasseurs prennent plaisir à faire souffrir longtemps l’animal".

Pro et anti-chasse : comment peuvent-ils s’entendre. DDM/Ph. R

Accidents mortels

Selon l’Office national de la chasse et la faune sauvage (ONCFS), 131 accidents ont eu lieu sur la saison 2018-2019 dont sept mortels. La saison précédente, l’ONCFS avait comptabilisé 113 accidents dont 13 mortels. À titre de comparaison, le nombre d’accidents dépassait les 200 au début des années 2000. La saison 2019-2020 est malgré tout plus accidentogène que la précédente, avec 141 victimes contre 131. En 2019-2020, 11 accidents mortels ont eu lieu contre 7 durant la saison précédente. Le nombre d’accidents mortels a chuté de 71 % comparé à 1999. Au sein des différentes sociétés de chasse, les consignes de sécurité sont renforcées un peu partout. Chaque accident ou incident donne lieu à des resserrages de vis. Mais cela ne suffit pas face à la fronde des anti-chasse qui comptent sur le soutien d’une opinion sensible à la souffrance des animaux pour emporter la bataille. Ils avaient déjà remporté une victoire avec la loi du 6 février 2015 qui reconnaît l’animal comme un être vivant doué de sensibilité.

La population des campagnes change

Dernièrement, Reha Hutin, présidente de "30 Millions d’amis", a lancé un appel pour interdire la chasse le dimanche. "On est obligé de partager nos forêts, le dimanche, avec des gens qui sont armés. Parfois, ils sont à 5 mètres de nos enfants !" De son côté, Emmanuel Macron dont les racines provinciales, entre Picardie et Hautes-Pyrénées, ne peuvent le détourner des préoccupations des chasseurs, a déjà reconnu leur rôle "dans la préservation de la biodiversité".

En se rendant au domaine de Chambord, aux côtés de chasseurs, en décembre 2017, le chef de l’Etat se disait favorable au retour des chasses présidentielles, "un instrument d’attractivité qui représente la culture française". Aujourd’hui, le bien-être animal est une prise en compte croissante. Ses principaux partisans se réjouissent des prochaines lois et du durcissement des sanctions en cas de maltraitance.

En France, la population des campagnes change. De nouveaux habitants, des néoruraux viennent chercher plus de quiétude pour un retour à la nature, fuyant les nuisances des grandes villes. "Mais ces gens sont aussi porteurs d’une certaine idée de la campagne, d’une culture urbaine en pleine nature", insiste le sociologue Jean Viard. C’est le chant d’un coq que l’on ne supporte pas, les cloches de l’église trop bruyantes, l’odeur des vaches, les aboiements de chiens de chasse tôt le matin et avec eux les pratiques de la chasse. "Il s’agit aujourd’hui de faire cohabiter ceux qui arrivent dans les campagnes avec ceux qui y sont implantés depuis des dizaines d’années", poursuit le sociologue. Une greffe pas toujours évidente.

Lot : pour réformer la chasse

Pro et anti-chasse : comment peuvent-ils s’entendre. Photo : DDM/Michaël Fabre

Venus du Lot, de départements voisins, toutes générations confondues, ils ne faisaient qu’un dans le calme et la dignité. Quelque 300 personnes ont défilé ce samedi après-midi à Cahors en mémoire de Morgan Keane, mort en décembre, atteint par un tir de chasse. « Sur notre page Facebook, nous invitons les élus, les maires à venir signer pour une réforme de la chasse. Pour que ce qui s’est passé ne se produise plus », indique Peggy, une des organisatrices de ce rassemblement. Zoé à son tour formule des questions. Elles ont été envoyées à la fédération de la chasse. « Le 1er  février, nous avons rendez-vous à Paris avec Bérangère Abba pour évoquer bien des questions. Nous allons durant la semaine préparer nos éléments de langage. C’est un premier pas pour engager une réforme », indique Peggy.

Frédéric Abéla/La Dépêche du Midi (24.01.2024)

 

 

 

 

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M
Je pense que certains chasseurs ne sont pas formés convenablement, toute personne avec une arme devrait l'être
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C
Voilà un débat intéressant qui me semble loin d'être clos : la mésentente est en effet telle qu'il me semble illusoire de trouver des compromis ! Je rejoins vos divers commentaires sur l'impossibilité d'accepter cette chasse-loisir qui est tout saut légitime : on ne devrait pas pouvoir décider ainsi d'ôter la vie à des animaux sous des prétextes d'un autre âge ! Ce n'est juste pas acceptable.
Il a aussi l'aspect très cruel et choquant de certaines pratiques régulièrement dénoncées ici, sur ce blog ! La chasse à courre, le déterrage des blaireaux ou encore l'affreuse utilisation de la glu pour capturer des oiseaux en sont de criants exemples : pourquoi ces pratiques sont-elles encore tolérées ? Voilà qui me choque et me rend infiniment triste. J'avoue que, contrairement à vous, je n'ai jamais discuté avec un chasseur : la seule vue de leur déploiement me rend furieuse...
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M
La chasse au petit gibier n'a aucune justification biologique. les prédateurs sont là et si on laisse faire tout cela s'équilibre très bien. Il n'en est pas de même pour les gros ongulés dont les prédateurs sont pour le moment rares ou absents. Si on les les laissait proliférer les dégâts aux forêt et aux cultures exploseraient. Donc 2 solutions soit on maintien la chasse avec une formation et des exigences poussées. Soit comme à Genève on fait faire le travail par des professionnels, mais il faudra en assumer le cout en attendant qu'il y ait assez de prédateurs naturels pour assurer l'équilibre.
On pourrait déjà commencer par limiter les périodes de chasses, le nombre d'espèces chassables (en France on a le record d'Europe dans ce domaine), le nombre de jours de chasse par semaine.Une formation poussée pour les chasseurs et des sanctions autres que symboliques en cas d'infraction.
Cela fait je pense que ça calmerait le débat et qu'à défaut d'entente on arrive à une certaine tolérance.
Mais pour le moment les chasseurs s'enferment dans un refus de toute concession même mineure et on arrive donc à l'affrontement qu'ils ne peuvent que perdre à long terme. Il faudrait aussi un renouvellement de la classe politique qui fonctionne toujours sur des schémas d'il y a 50 ans sans se rendre compte que la société a changée même à la campagne.
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A
Oui je pense aussi que les chasseurs perdront à long terme mais en attendant, quel que soit le bord des politiques, ils n'osent rien faire.
B
Oui comment peuvent-ils s'entendre ??
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F
Aucune entente ou cohabitation possible. Discuter ? On sait comment ça se termine ; autant dire que c'est totalement inutile. Seules solutions : la suppression de la chasse et l'éducation dès le plus jeune âge.
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Z
Comme toi, jean-Louis, tuer un animal n'entrant pas dans mes valeurs non plus hormis pour abréger ses souffrances me fait entrer aussi dans la catégorie "extrémiste" ! Qu'y a t-il à réformer dans la chasse ? Je ne vois pas très bien , si ce n'est supprimer ce qui n'est pas acceptable , c'est à dire tout puisqu'il s'agit de tuer pour le plaisir donc allons directement à la case "suppression" .. Et en cas d'extrême nécessité , rare , laisser ce soin à des agents spécialement formés.
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H
Dialoguer avec le monde cynégétique, lorsque l’on est un amoureux de la nature, n’est pas un exercice facile. Si cela vous arrive, sachez qu’une conversation avec un chasseur se déroule invariablement en trois étapes.
- Justification : Il va vous expliquer, avec des arguments plus ou moins fallacieux, que ce qu’il fait est bon pour la nature. Ne s'est-il pas auto-proclamé "premier écologiste de France" ?
- Culpabilisation : il va, par exemple, vous accuser de ne pas être solidaire avec les agriculteurs qui voient leurs champs dévastés par les sangliers.
- Intimidation : C’est là qu’il va dévoiler sa vraie nature en vous insultant, en vous provocant, voir en vous menaçant.
Chaque étape peut être de durée variable en fonction de l’état de votre interlocuteur. Après la pause casse-croute et en fonction de son taux d’alcoolémie, les deux premières étapes peuvent être très courtes et il passera rapidement à la troisième.
A ne jamais oublier, si vous arrivez à la 3ème étape, que c’est lui qui est du bon coté du fusil.
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J
C'est exactement cela Henri-Charles, je peux en témoigner !
Aussi, et ce n'est pas par lâcheté je tiens à le préciser d'emblée : j'évite ce genre de confrontations en ''passant mon chemin'' comme on dit ! Non, ce n'est nullement par lâcheté mais juste pour me préserver d'une montée d’adrénaline inutile car, au final, ni moi, ni bien sûr le chasseur non plus, ne changerons d’avis, tout au plus certaines paroles feront-elles mouche si toutefois l’argumentaire ‘’béton’’ selon lequel aucun individu ne peut volontairement prendre la vie d’un animal qui n’a rien demandé, a pu être placé… C’est rarement le cas car, généralement, leur patience est très limitée et, très vite, c’est le scénario de votre 3ème étape qui s’ensuit avec d’insupportables menaces plus ou moins explicitement énoncées…
J’évite donc ce genre de rencontres car je pense que, véritablement, elles ne mènent à rien ! Avez-vous déjà suivi un débat télévisé entre pro et anti-chasse ? Ce n’est rien d’autre qu’une énumération d’arguments fallacieux avec une violence sous-jacente plus ou moins bien réprimé par ‘’l’adversaire’’… Même cela, je l’évite : ces débats non plus ne mènent à rien, j’en suis intimement convaincu !
D
Idem ! Merci. Ceux qui se croient encore tout autoriser slur
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J
Il y a d'un côté les défenseurs du vivant et, de l’autre, ceux qui, sous prétexte de ‘’loisir’’, de ‘’sport’’ ou encore de mission quasi divine couramment appelée ‘’régulation’’, détruisent justement ce vivant ! A partir de là, ‘’s’entendre’’ me paraît particulièrement complexe voir totalement impossible !
J’avoue que, en ce qui me concerne, j’ai essayé de discuter à quelques (rares) occasions avec des porteurs de fusils mais, très rapidement, le dialogue devient complètement surréaliste : je reconnais que je suis certainement ce que d’aucuns appellent un ‘’extrémiste’’ puisque je refuse l’acte même de tuer un animal (que ce soit à la chasse, dans un abattoir ou dans toute autre circonstance mise à part dans le cas d’une euthanasie pour abréger ses souffrances…), toute argumentation visant à justifier le coup de feu est, dès lors, irrecevable !
J’ai évidemment souvent entendu que, sans la chasse, nous serions ‘’envahis’’ de toutes sortes de bestioles (c’est probablement pour cette raison que les chasseurs font élever et lâchent chaque année des millions d’animaux dits ‘’de tir’’), que les renards pulluleraient sans l’intervention des régulateurs (ce qui est faux et largement prouvé par de nombreuses études…) et quantité d’autres fadaises visant à masquer le fait que ceux qui pratiquent ce ‘’loisir’’, le font en priorité par qu’ils aiment tirer et naturellement tuer (sinon, ils feraient du ball-trap…).
Qu’y a-t-il encore à discuter après cela ?
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