Morice a lâché la rampe…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

C’était une icône pour nombre d’entre nous mais il était totalement inconnu du grand public : Môrice Benin -que j’ai déjà présenté ici- est ‘’parti’’ ce 19 janvier et, déjà, il me manque… Chanteur, auteur-compositeur-interprète, il était toujours là pour les bonnes causes, le Réseau Diois d’entraide pour les Réfugiés (REDAR) pour les rencontres de l’écologie de Die et de la Biovallée et moult associations engagées pour la liberté, l’égalité, la paix, la fraternité, la justice… et contre toutes les injustices, intolérances et tous les racismes…

Concert de Morice Benin au MicMac à Saverne (Bas-Rhin) en 2016. Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Concert de Morice Benin au MicMac à Saverne (Bas-Rhin) en 2016. Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Morice Benin, né Moïse Ben-Haïm à Casablanca (Maroc) en 1947, a écrit ses premières chansons à l’âge de quatorze ans et, en 1965, il débarque à Marseille… Il n’utilisera jamais son billet de retour : sans un sou en poche, il ‘’monte ‘’ à Paris pour tenter sa chance ! Il va ainsi de désillusions en petits boulots mais, heureusement, conserve une motivation à toutes épreuves ! ‘’En 1968, Maurice (qui ne s’appelait pas encore Morice) commence à se sentir trop étriqué dans le rôle de « postulant idole ». Ses idées reçues sur le monde du spectacle et sur la société en général se fracassent sous le coup de cette grande prise de conscience qu’est ce mois de mai 68 qui met toute la société en débat et en mouvement.

Une vague puissante se profile à l’horizon, qui augure les années 70, riches d’interrogations et de remises en cause, de révoltes radicales… parfois naïves, quelques fois sommaires, souvent salutaires. Il flirte avec l’écologie –mouvement très embryonnaire à l’époque– et se solidarise avec un certain nombre de « causes », dénonce son contrat chez Barclay et prend acte en fuyant Paris (en particulier et le show-biz en général).

Au début des années 1970, la conviction impatiente d’une force irrésistible tourne à l’évidence : puisqu’il faut tout dénoncer, tout réprouver, tout changer pour tout rebâtir… il retourne « à la source » et va chanter là où c’est encore possible, là où on ne l’attend pas, c’est-à-dire partout : MJC, foyers de jeunes travailleurs, foyers ruraux, mille-clubs, et même certains « villages-vacances » qui, regorgeant d’animateurs « passerelles », permettent d’écouter ses chansons existentielles et poético-libertaires. Les chansons de Maurice Benin portent alors le témoignage de cette époque rebelle.

L’artiste se distingue d’abord en chantant en 1973 sur le plateau du Larzac, devant des dizaines de milliers de pacifistes, pour protester contre l’extension d’un camp militaire, puis dans les manifestations écologistes contre la centrale nucléaire de Malville en 1977. Il devient un des chantres de la génération contestataire avec Bernard Lavilliers ou Maxime Le Forestier. Vient alors, au rythme de 150 concerts par an en France, au Québec, en Allemagne, Belgique ou Suisse, son inscription dans un certain paysage culturel au gré de ce long cheminement (…).

Vivant à l’époque dans une grange de montagne aménagée, en Ariège, à Seix, et entouré d’amis bergers, ses thèmes favoris sont, toujours avec un esprit critique acerbe, le bonheur du vivre autrement de la marginalité, l’écologie, la dénonciation de l’impérialisme et du show business, la relation amoureuse et les rapports femmes-hommes. En 1976, Jacques Vassal lui consacre un paragraphe dans « Français, si vous chantiez », son histoire de la chanson publiée chez Albin Michel (collection Rock & Folk).

Quand arrivent les années 1980, c’est avec une forte exigence dans la rigueur de l’écriture, l’environnement musical et le rapport aux autres qu’il assume sa spécificité et sa ligne de conduite, plutôt que l’étiquette d’un « professionnalisme » qui ne lui fait pas défaut pour autant. Passage de plusieurs semaines au théâtre de la Gaîté-Montparnasse et à la fête de l’Humanité. En 1982, il fait tour à tour l’Olympia et le Printemps de Bourges, sort son septième disque : « Apocalypse ».’’ C’est aussi l’époque des ‘’premières grandes émissions avec Jean-Louis Foulquier, José Artur et Claude Villers (…).

Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Photo : JLS (Cliquez pour agrandir)

Début 84, il sort un nouveau disque : « Aimer sans issue », salué « coup de cœur » par les disquaires, puis enregistrements publics au festival SIGMA de Bordeaux. Tournées au Québec, en Allemagne et au Maroc… En 1985, il obtient le Prix de l’Académie Charles Cros pour son disque sur la poésie de René Guy Cadou : « Chants de Solitude ». En 1986, il publie le livre « Le Chant du Fleuve » et le disque « Escale ». En 1987 : il s’installe à Grenoble et y crée la comédie musicale « Dessine-moi un enfant ». En janvier 88, pour trois concerts au TLP Dejazet à Paris, il est remarqué par Nicole Londeix du Sentier des Halles, qui lui propose de passer huit semaines en mai-juin dans son théâtre. Suit un nouveau disque : « Respirer ».

En 1989, il se produit à nouveau à l’Olympia puis suivent des tournées au Maroc, en Suisse, en Belgique. Morice crée une collection de cassettes thématiques : « Pour prendre le large » (21 prévues au total), sur les sujets essentiels de la vie et met en musique des auteurs connus et inconnus (K. Gibran, R.M. Rilke, J. Delteil, etc.). Rencontre d’un nouveau musicien, avec lequel il joue encore en 2018 : Dominique Dumont.

En 1990, il monte un deuxième spectacle pour enfants : « Couleurs », issu d’ateliers qu’il anime dans les écoles. Expériences riches et ressourçantes qu’il va développer trois années durant. Sa complicité devient plus étroite avec l’écrivain Luc-Marie Dauchez et le guitariste Dominique Dumont. Début des stages d’été, stages d’écriture en Ardèche avec Dominique Dumont. Prix de la SACEM pour l’ensemble de son œuvre. Parution d’un deuxième disque sur les poèmes de René Guy Cadou : « La Cinquième saison ».

En 1991 sort un nouveau disque « Essentiels ». Concerts au TLP Dejazet et au Sentier des halles. En 1992 et 1993 : Morice continue les spectacles, mais se consacre de plus en plus à son travail avec les enfants (ateliers d’écriture de textes et chansons) et collabore avec des ethnologues et des « animateurs de terrain » dans des sites « sensibles ». Tout cela donne des enregistrements et des spectacles, parfois étonnants, conçus avec des enfants : «Je fais tout ça pour toi »; « La vallée grande de l’intérieur »; « La mémoire du lac » ; « Moi, je rêve » ; « Aujourd’hui le soleil »; « Couleur ».

En 1994, après une résidence à Boissy-Saint-Léger (94), il crée avec des enfants de maternelle un spectacle sur les quatre éléments : « Ici Terre », avec le soutien du Conseil départemental du Val-de-Marne et de la collaboration d’Alain Mollot, metteur en scène. Exilé du show-business depuis plus de 20 ans, il se passe de promotion et remplit pourtant les salles grâce à ses seules chansons, exaltant les sentiments et les engagements (…).

Depuis 1990, Morice continue d’animer des stages d’écriture et de mise en chansons de textes écrits pendant le stage, surtout l’été, avec Dominique Dumont, expérience de fécondité d’écriture, de chant, d’alliage musical… et qui, à chaque stage, se termine par une petite « création mondiale » de chaque chanson par les stagiaires, à la fin de la semaine. La plupart de ces stages ont eu lieu en Ardèche (07). Parution du livre « Demain la source » (2001), illustré par l’ami peintre et graphiste, Claude Larosa qui crée aussi les jaquettes, le visuel, les affiches de Morice…

En 2003, il se lance dans la création d’un spectacle en hommage à Léo Ferré « La Mémoire et la Mer » pour, dit-il, « restituer un peu de l’émotion et de la force que cet albatros de chanteur nous a léguées pour longtemps… » Ce spectacle est sorti en CD.

Espérantophile, il a adapté en espéranto son album « Vie vent » : In-spir’ (eo). En 2015, nouvelle thématique, Morice s’insurge contre les mutilations sexuelles, dont il a lui-même souffert, dans une chanson historique : « Anathème », publiée sur youtube3.

En 2017, Morice continue de chanter un peu partout en France et à l’étranger, dans des grandes et petites salles, et aussi « chez l’habitant »… Il est accompagné par Dominique Dumont et quelquefois par d’autres musiciens, comme Patrick Leroux, qui a créé les arrangements du CD « La Mémoire et la Mer. Jean-Luc Michel est aussi présent par son jeu au piano et au clavier, et avec son studio où ont lieu les enregistrements, à Lyon. Son fils, Hugo Benin, intervient également. C’est lui qui coordonne musicalement les CD « Infiniment » (2014) et « L’inespéré, entre les lignes… » (2017). Morice Benin, resté très fidèle à certains instruments qu’il a connus dans son enfance au Maroc, utilise souvent le darbouka ou le oud, instruments issus de la culture arabo-andalouse, pour accompagner les textes de ses chansons…’’ Claude Veyret (Médias Citoyens Diois)

Morice Benin s’en est allé mais, assurément, ses chansons telle « Génocides » nous accompagnerons longtemps encore et, qui sait, peut-être chantera-t-il encore après sa mort…

Vidéo : Morice Benin - Je chanterai après ma mort (4 :53)

 

 

 

 

 

Si vous avez apprécié cette publication,

partagez-là avec vos amis et connaissances !

Si vous souhaitez être informé dès la parution d’un nouvel article,

Abonnez-vous !

C’est simple et, naturellement, gratuit !

 

 

 

 

 

Publié dans Disparition, Hommage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Béa kimcat 27/01/2021 18:17

Bel hommage rendu...

Hélène 26/01/2021 15:32

Je viens tout juste d'apprendre le décès de Môrice BENIN par Kriss et Camille qui ont l'ont accueilli dans leur café-Théàtre un jour à St Jouan des Guérets. Comme l'a très bien évoqué Môrice BENIN "L'AMOUR DE LA VIE" l'urgence à dire et a être ici, maintenant, tout de suite.

Félix 24/01/2021 07:55

Bel hommage pour un artiste atypique et très attachant... Merci de nous refaire découvrir certaines de ces chansons !

Claire 23/01/2021 17:52

J'avais découvert Morice Benin grâce à vous et, aujourd'hui, vous m'apprenez sobrement son décès ! Comme Momo, je suis triste : j'aimais 'Génocides' qui, malgré les années est toujours aussi d'actualité...
Un être d'exception ? Sans doute puisqu'il combattait les injustices trop nombreuses y compris dans notre pays... Pour nous, c'est sûr, Morice continuera de chanter après sa mort !

Zoé 23/01/2021 17:04

Merci pour cet hommage Jean-Louis . Un chanteur au répertoire plein d'émotion , qui restera dans nos coeurs .

Momo 23/01/2021 14:09

Mon cœur pleure, nous avons perdu un être d'exception, avec une voix qui me donnait des frisons.
Merci J.Louis pour le bel hommage que tu lui rends.