Pour en savoir (un peu) plus sur le Renard

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Bruno-Gilles Liebgott répond ici à deux commentaires que je souhaite partager avec vous. Il apporte dans ses réponses de nouveaux éléments nous permettant d'en savoir davantage sur les renards que nous sommes nombreux ici à admirer et dont nous aimerions que cessent les persécutions ignobles et totalement injustifiées…

’’ L'impossible est possible, il suffit juste d'y croire. ‘’ Photo : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)

’’ L'impossible est possible, il suffit juste d'y croire. ‘’ Photo : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)

En réponse à Cléoline Druot-Rousseaux dont voici la question : ‘’ Quand je vous lis, je me dis que le fait qu'ils soient traqués et massacrés du 1er janvier au 31 décembre les oblige à sans cesse repenser le fonctionnement de la meute. ‘’

Bruno-Gilles Liebgott : ‘’Repenser le fonctionnement du clan, si vous permettez Cléoline, car les renards ne vivent pas en meute, mais en clan, tout en ayant des habitudes individuelles ou une existence en solitaire, si vous préférez. Alors oui, en fonction de la pression de chasse ou des dérangements humains, les renards sont obligés de repenser le fonctionnement de leur clan. Ils le font dans le plus grand secret. En sachant que chaque clan a son propre fonctionnement, que rien n'est jamais totalement établi, qu'il peut varier d'une année sur l'autre, selon différents facteurs...

L'étude du clan de Fifine est absolument passionnante. D'une année à l'autre, il y peut y avoir beaucoup de variantes dans l'organisation ou dans l'attitude qu'un renard ou une renarde peut avoir individuellement. Pour étayer mon explication, je vais vous citer comme exemple le cas particulier de Fifine. La première année, Fifine était très jeune et inexpérimentée. Elle n'avait qu'un rôle mineur dans l'organisation du clan qu'elle venait d'intégrer. Elle a quitté celui de son père Kitsune pour un autre, favorisant ainsi le brassage génétique plutôt que les liens entre parents consanguins. La deuxième année, elle a pris le risque de donner naissance à deux petits en cachette, en bravant un interdit au risque que ses jeunes soient tués par les autres membres du clan. Seul Foxy a survécu : l'autre renardeau étant mort naturellement en raison d'une faible constitution.

La troisième année, Fifine a donné naissance à des jeunes dans un terrier en commun avec ceux de Désirée, la femelle dominante. Il y a eu cinq renardeaux en tout. Les deux femelles ont allaité à tour de rôle. Quand Fifine était avec moi et que Désirée se montrait non loin de là où nous trouvions, Fifine s'en allait pour regagner le terrier et assurer à son tour l'allaitement. Seuls quatre jeunes étaient encore vivants au mois d'août. J'ai eu le privilège de les observer en suivant Fifine, la gueule garnie de proies, jusqu'au repaire où ils s'étaient installés à quelques lieux du terrier principal.

La vie des renards est d'une réelle complexité. Il est donc impossible de savoir ce qui va se passer au fil des saisons. On pense savoir certaines choses et de nouveaux événements viennent tout remettre en question. De par mon expérience, je peux vous assurer qu'il n'y a pas plus imprévisible comme animal sauvage que le renard. Avec Fifine et les siens, je vis quelque chose d'incomparable à toutes les observations que j'ai pu faire au cours de quatre décennies sur le terrain. Le recueil de précieuses données ont été possibles, uniquement grâce à la proximité que je vis avec la renarde. J'ai appris en trois ans bien plus que je n'en aurais jamais appris au cours de toute une vie. Et pourtant, je suis convaincu que je suis loin, encore bien loin de tout connaître. Fifine est donc une renarde solitaire qui participe à l'organisation d'un clan. Sa position hiérarchique la place en rang 2 (bêta β). Deux autres femelles, Zorra et Vulpa, se soumettent à Fifine. Ce sont ses subordonnées. Dans une attitude, sans équivoque, la queue allongée, les jappements évocateurs, Fifine respecte le rang 1 (alpha α) de Désirée, la femelle dominante du groupe.

Si les loups chassent ensemble pour nourrir leur progéniture. Les renards le font chacun de leur côté, mais tous ou presque assurent le ravitaillement des renardeaux. Il est donc possible de voir sur une même prairie deux ou trois renards en séance de mulotage, en même temps, sans qu'ils appartiennent forcément au même clan. La distance est de 80 à 100 m entre chacun renard en général. Cette méthode purement stratégique a pour objectif de ne pas alerter les rongeurs logés sur une zone définie. Toute maladresse rendrait inefficace la moindre tentative. Pour citer l'exemple particulier du clan de Fifine, trois des adultes ont chassé au mois de juin sur trois secteurs différents: Fifine sur la prairie de fauche, Désirée le long d'un sentier forestier et Câlin (le mâle dominant) autour d'une fortification et aux abords des coulées situées en hauteur. L'espace entre chacun d'eux était beaucoup plus important, entre 800 et 2000 m. Au final, la mission de chacun des renards était d'approvisionner les jeunes sur le même terrier, mais pas en même temps. Autour du terrier, on peut voir différents renards, rarement ensemble, à des heures irrégulières, de jour comme de nuit, pour s'occuper des rejetons rouquins (nourriture, toilettage, jeux...). La femelle dominante est la seule à être prioritaire. Sa présence est donc régulière…

‘’Il y a Fifine. Il y a moi. Il y a nous. Elle est une renarde. Je suis un homme. Nous sommes deux êtres vivants différents de genre et d'espèce et, pourtant si proches…’’ Photo : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)

‘’Il y a Fifine. Il y a moi. Il y a nous. Elle est une renarde. Je suis un homme. Nous sommes deux êtres vivants différents de genre et d'espèce et, pourtant si proches…’’ Photo : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)

En réponse à la question de Chichi la Renarde : ‘’Quel beau travail d'observation et de connaissance... Ça a dû demander des années pour compiler tout cela.. Je suis admirative. C'est super que Fifine prenne du muscle et de la force... Quel âge a-t-elle ? Est-ce habituel ? Je pensais qu'en vieillissant, ils perdaient un peu de leur panache, devenaient vulnérables à la galle etc... Mais je m'aperçois que je ne connais pas l'âge de Fifine.’’

Bruno-Gilles Liebgott : Pour être précis, Fifine aura trois ans le 1er avril 2021. Elle est effectivement plus musclée et plus forte. La taille, la forme et l'aspect de la queue diffèrent sensiblement d'un renard à l'autre. Et ce n'est pas systématiquement une question d'âge. Je connais un renard âgé de six ans qui présente une magnifique queue touffue en panache (ancien mâle dominant que j'ai prénommé Vieux Roux). D'un point de vue biométrique, Fifine est une renarde adulte qui mesure 35 cm de haut au garrot et 60 cm de long sans la queue (45 cm ), soit une longueur totale de 105 cm. Ses oreilles mesurent 11 cm... Il faut savoir qu'il y a des disparités importantes de taille suivant les individus, le sexe, l'âge et l'origine géographique.

En automne, les renards prennent du poids. Ils se constituent une couche de graisse en prévision de l'hiver, mais restent actifs. L'épaisseur de la pelisse devient aussi plus conséquente avec des poils de jarre plus longs et des poils de bourre plus fournis. Fifine prend 1 kg et plus en automne. Son poids habituel est de l'ordre de 7 kilos. Elle a pris progressivement du poids au cours des trois premières années. Elle retrouvera son poids habituel aux alentours de fin février, début mars.

J'observe Fifine depuis qu'elle est âgée d'un mois. À ses trois mois, elle crée un premier contact avec moi. Quand elle a eu quatre mois, ce fut la naissance d'une amitié. C'est surtout durant son cinquième mois qu'il y a eu renforcement des liens. Nous nous sommes alors attachés fortement l'un à l'autre. Nous nous retrouvons presque chaque soir. Nous avons vécu d'incroyables aventures. Notre histoire, c'est en quelque sorte les épousailles entre le conte " Le Petit Prince " d'Antoine de Saint-Exupéry et le film " Le Renard et l'Enfant " de Luc Jacquet, qui ne se traduit pas comme une histoire fictive, mais une histoire bien réelle. C'est un long-métrage sensible, poétique et vrai ayant pour cadre naturel le monde sauvage avec deux acteurs connaissant leur rôle par cœur.

Vous savez, j'ai mûrement réfléchi avant de dévoiler cette histoire longtemps tenue secrète. Je ne voulais pas faire courir à Fifine le moindre risque. La bonne entente avec les chasseurs fut l'élément déclencheur sur la bonne décision à prendre. Grâce au dévouement d'un ami photographe, j'ai pris rendez-vous avec un journaliste de l'Est Républicain. De là est né un premier article de presse. Il y a eu un florilège de réactions positives. Les sollicitations ont été nombreuses: chaînes de télévision, radios, journalistes de magazines, professeurs de français en France comme à l'étranger, présidents d'associations... Je les remercie tous au passage.

Mais ce qui compte avant toute autre considération, c'est que tout ce travail puisse aider à faire avancer la connaissance sur la vie des renards, sans aucune prétention, mais également garantir une meilleure compréhension sur le fonctionnement de leur vie sociale et surtout servir leur cause. Je me suis toujours battu pour ce qui est juste. Et c'est juste de laisser les renards vivre en paix sans qu'ils soient persécutés. Tout autant, je considère que c'est juste de partager avec vous ces belles pages sur l'amitié. Et si cela peut vous faire du bien en ces temps difficiles, j'en suis vraiment ravi.

Je ne conçois pas ma vie sans rêver, car j'aurais l'impression de trahir celui que je suis dans sa vérité d'être. Edgar Allan Poe disait si justement que : ‘’Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis.’’ J'en ai eu conscience très tôt pour vivre mieux, pour mieux aimer. Il faut mettre des couleurs dans les esprits et dans les cœurs. L'humanité a besoin de rêver. L'humanité a besoin, plus que jamais, d'aimer…

Bruno-Gilles Liebgott (14 novembre 2020)

‘’Je me suis toujours battu pour ce qui est juste. Et c'est juste de laisser les renards vivre en paix sans qu'ils soient persécutés…’’. Photos : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)‘’Je me suis toujours battu pour ce qui est juste. Et c'est juste de laisser les renards vivre en paix sans qu'ils soient persécutés…’’. Photos : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)
‘’Je me suis toujours battu pour ce qui est juste. Et c'est juste de laisser les renards vivre en paix sans qu'ils soient persécutés…’’. Photos : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)

‘’Je me suis toujours battu pour ce qui est juste. Et c'est juste de laisser les renards vivre en paix sans qu'ils soient persécutés…’’. Photos : Bruno-Gilles Liebgott (Cliquez pour agrandir)

 

 

 

 

 

 

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P
Superbe reportage magnifiquement illustré : <br /> Cette histoire de Bruno-Gilles Liebgott et de Fifine ne peut pas laisser indifférent...<br /> Merci pour ce beau partage.
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B
Quelle merveille cet article !<br /> Passionnant récit et splendides photos.<br /> Merci Jean-Louis
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Z
Très bel article et magnifiques photos. Que cet animal est beau et attachant ! Et je maudis les pervers qui en massacrent autant
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J
Après avoir eu la visite de Jules, renardeau en 2014, presque tous les soirs dans le jardin pendant plus de 5 ans puis de Jules 2, depuis un peu plus d’un an également presque tous les soirs, les deux venant glaner quelques restes que nous mettons à leur disposition, je vois bien que les rapports entre eux et nous autres humains ne sont pas neutres. Il est vrai que la nourriture les attirent et les rendent dépendants très probablement, mais alors pourquoi mettent ils autant de courage à s’approcher de nous ? Ils pourraient tout simplement attendre que la nourriture soit déposée et venir ensuite, mais non, ils nous influencent en se présentant, en montrant bien qu’ils savent ce que l’on leur donne et en mangeant devant nous. Cela semble un comportement délibéré de renard des villes avec certainement moins de nourriture sauvage que pour le renard des champs et qui nous réclame un peu d’aide. S’il n’était chassé, ce très bel animal serait je pense domestiqué depuis longtemps.
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A
Merci pour cette très belle info. Je lis : «  la bonne entente avec les chasseurs... ». Est ce que les chasseurs que j’appellerais «  respectueux » existent encore ? Si oui, d’après ce que j’observe autour de chez moi ils doivent être si minoritaires qu’ils ne doivent même pas se manifester pour éviter ces cretins pervers qui ne chassent que pour se défouler et c’est dommage.
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C
J'adore cet article magnifiquement illustré ! Merci à l'auteur et à vous, Jean-Louis, de nous en faire profiter. Sans doute avons-nous encore beaucoup à apprendre et à découvrir sur les êtres qui nous entourent, que nous croyons connaître et, qu'en fait, nous ne faisons que juger d'après ce que l'on nous en dit et souvent en mal et qui est, d'après ce que je constate, tout à fait injustifié !<br /> Merci d'élever ainsi nos consciences et de nous guider vers davantage de tolérance vis à vis des autres êtres vivants...
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M
Un article très instructif sur cet animal attachant et si beau.
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J
Oui, nous avons besoin d'aimer...
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D
Très beau, merci de nous ouvrir la connaissance sur la vie des renards. Le règne animal fait partie du plan Divin comme nous êtres humains. Alors soyons juste, laissons les vivre en les respectant !
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J
Merci à Bruno-Gilles pour ces éléments qui, effectivement, nous éclairent un peu plus sur la vie de ce fascinant animal qu'est le Renard ! Ses photos sont sublimes aussi et je ne m'en lasse pas d'autant plus que ces dernières semaines mes observations sont rares ! D'abord, parce que je ne vois plus de renards autour du village et cela m'inquiète considérablement, ensuite parce que mon état actuel ne me permet pas de longues sorties : c'est un comble maintenant qu'il ne faut plus d'attestation et qu'il n'y a plus de limites ni dans la durée, ni dans le périmètre...
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