Olivier Gutfreund, photographe par nature

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Photographe animalier par loisir, Olivier Gutfreund vient d’être primé au prestigieux festival international de Namur. Une récompense qui consacre d’abord sa passion pour la nature. Rencontre avec un défenseur de l’environnement pas comme les autres…

 Olivier Gutfreund, photographe animalier, est tombé dans la nature alors qu’il était tout petit….  Photo : L’Alsace/Vanessa Meyer (Cliquez pour agrandir)

Olivier Gutfreund, photographe animalier, est tombé dans la nature alors qu’il était tout petit…. Photo : L’Alsace/Vanessa Meyer (Cliquez pour agrandir)

Olivier Gutfreund n’aime pas certains clichés, notamment ceux qui dépeignent les photographes animaliers comme « des écolos qui font chier ». Il en rigole, cependant, lui, le responsable du magasin de l’entreprise de machinisme agricole Andelfinger, à Ostheim.

La nature, Olivier Gutfreund l’a embrassée à l’âge de 8 ans. En 1983, la famille de six enfants quitte le quartier Bel-Air de Mulhouse pour le bon air de Hindlingen. C’est dans ce village du Sundgau que le gamin de la ville découvre la beauté de la nature. « J’avais une âme de solitaire. J’étais attiré par la vie extérieure. Ainsi, j’ai très vite passé beaucoup de temps dans la forêt. C’était plus calme qu’à la maison où nous étions six enfants… », sourit l’intéressé.

Sa mère s’occupe du foyer tandis que son père travaille à l’usine Peugeot de Mulhouse. Dans le catalogue des cadeaux de Noël du constructeur automobile, Olivier Gutfreund tombe un jour sur une paire de jumelles. « C’est ça que je veux ! », dit-il alors. Le jour de Noël suivant, l’enfant de 8 ans le passe dans la forêt avec ses jumelles. C’est le début d’un apprentissage de la nature qui ne l’a pas quitté. « J’ai beaucoup aimé regarder des documentaires animaliers avec mon père. Je lui dois beaucoup. Ma fierté est aujourd’hui de lui montrer des choses à mon tour. »

« Besoin de comprendre »

La nature est l’obsession d’Olivier Gutfreund depuis toujours. « Quand j’avais 10 ou 12 ans, des naturalistes venaient à la maison car je connaissais tous les coins, tous les nids de buses, des environs de Hindlingen… J’ai toujours aimé fureter, fouiller. »

La photographie, il y est venu plus tard. Elle a d’abord été un rêve, une envie longtemps retardée par le coût de l’argentique. L’arrivée du numérique a changé le destin d’Olivier Gutfreund pour qui la photographie a aussi été un moyen d’approfondir ses connaissances. « J’ai toujours beaucoup lu et je veux toujours apprendre sur les animaux. Sur le castor comme sur tant d’autres, Charles Metz, naturaliste hors pair, m’a beaucoup – si ce n’est tout – appris. Pour le castor, pendant trois ans, nous avons placé des caméras de surveillance et recherché des indices de sa présence. Ce n’est qu’en 2019, une fois qu’on a réussi à le localiser, à connaître ses habitudes, ses heures de sortie, que nous avons décidé d’essayer de le prendre en photo », raconte Olivier Gutfreund qui se souvient qu’à ses débuts dans la photographie, il « canardait » tout ce qu’il pouvait. « Ces dernières années, les cartes se remplissent moins vite, car j’ai des objectifs. Je cherche d’abord à comprendre comment les animaux réagissent. Je ne peux pas prendre un sujet si je ne le comprends pas. La huppe fasciée est en train de revenir en Alsace, mais jamais je ne prendrais le risque de bousiller des nichées pour une photo ! »

« Ne pas déranger la faune »

Depuis une quinzaine d’années, Olivier, domicilié dans la région de Colmar, a concentré son terrain de chasse photographique sur l’Alsace, la Suisse et l’Allemagne. Ce qui l’attire aujourd’hui est plutôt le Grand Nord, Finlande et Islande notamment, où il a photographié des bœufs musqués comme des macareux moines, également surnommés perroquets de mer. « Là-haut, il n’y a pas de danger humain. J’ai besoin de moments où je me retrouve seul au milieu de la nature. La photographie animalière, c’est d’abord un rapport à la nature. Le numérique a amené un nouveau public à faire des photos animalières sans qu’il se préoccupe du dérangement causé à la faune. Souvent, je rencontre des jeunes qui se foutent de comprendre les animaux ! Je ne peux rien y faire, mais ce n’est pas ma conception. Quand j’ai publié la photo du hibou grand-duc, un photographe m’a dit sur les réseaux sociaux : “Tu as eu de la chance !” Or cela n’a rien à voir. Simplement, cela fait dix ans que je travaille sur le grand-duc et je n’y vais pas quand il y a des œufs… »

Un loisir, pas un business

Primé en 2016 à Montier-en-Der (Haute-Marne) où a lieu le plus grand événement français de la photo animalière, Olivier Gutfreund a récidivé, cet automne, au festival de Namur en Belgique. « J’essaie de rendre compte de la beauté qui nous entoure et la nature me rend cet amour. Je ne fais pas ça pour le pognon ! Le peu d’argent que je reçois sert à financer les expositions qu’on me propose mais je n’organise pas de stage et je ne suis pas intéressé par publier des livres. Pour autant, je ne critique pas ceux qui veulent en vivre. Simplement, ce n’est pas ma vision », souligne l’Alsacien qui assume de garder secrets les endroits de ses magnifiques photos. « Je ne veux pas que d’autres y aillent pour faire n’importe quoi et dérangent les animaux ! Mon but est de préserver la nature. Elle est à tout le monde mais tout le monde doit en prendre soin. Je n’aime pas les extrémistes, les anti-ceci, les anti-cela… Ils brassent du vent. Lorsqu’il y a une pollution, il faut la dénoncer mais pour être constructif », nuance Olivier Gutfreund qui offre ses photos lorsqu’il estime qu’elles servent une juste cause.

Patience et persévérance

La photographie animalière est d’abord une question de patience et d’organisation. Tenue et filet de camouflage font partie de l’attirail, en plus du matériel photo, souvent coûteux, et des caméras de surveillance. Mais le talent n’est pas seulement photographique. « Il nous arrive souvent d’imiter des cris d’animaux, la souris, par exemple, pour le grand-duc. Après, le sens du vent est important afin que les mammifères ne nous repèrent pas. La photo animalière, c’est essentiellement le matin et le soir, les moments où l’on cherche la lumière. Plus que le matériel, le plus important est de trouver les bons réglages. Il faut de la vitesse pour avoir du mouvement, mais plus il fait sombre, plus il faut augmenter la sensibilité Iso. Ensuite, cela dépend des focales… J’ai énormément galéré à mes débuts pour gérer les différents réglages », concède Olivier Gutfreund. C’était un autre temps, désormais bien loin.

Laurent Bodin (22.12.2020)

Photos : © Olivier Gutfreund (Cliquez pour agrandir)
Photos : © Olivier Gutfreund (Cliquez pour agrandir)Photos : © Olivier Gutfreund (Cliquez pour agrandir)
Photos : © Olivier Gutfreund (Cliquez pour agrandir)Photos : © Olivier Gutfreund (Cliquez pour agrandir)

Photos : © Olivier Gutfreund (Cliquez pour agrandir)

 

 

 

 

 

 

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S
Magnifiques clichés !! J'adore la dernière photo .. merci pour ces belles images Olivier.
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B
Oui magnifique !!
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Z
Magnifique: J'aime les photos et ce souci de ne pas déranger les animaux .
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A
Merci à JeanLouis et à Olivier. Pfff ça fait du bien de lire de si belles choses et de voir de si belles photos pour commencer 2021 en espérant que cette nouvelle année voit la fin du covid. Bonne année à tous et prenez bien soin de vous
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C
C'est superbe les personnes comme lui! Beau portrait d'un amoureux de la nature depuis presque toujours! Bonne fin d'année à vous deux.
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F
Une personne de grande valeur en effet, mais attention, on peut être anti-ceci et anti-cela sans pour autant brasser du vent en permanence (certes cela peut arriver parfois à n'importe qui) ou devoir être considéré comme extrémiste, car il vaut mieux viser la bonne mesure et l'équilibre en toutes choses, ce qui implique d'en condamner certaines sans toutefois tomber dans les extrêmes en toute occasion. Malgré tout, bravo Olivier pour votre magnifique passion et les bienfaits qu'elle apporte à la planète.
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G
Hello ! Je viens de découvrir cet article sur moi et suis très flatté ! Merci beaucoup pour ce coup de projecteur sur ma passion ! Merci aussi pour vos encouragement dans les commentaires ! Olivier Gutfreund
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D
Tout est beau et la dernière époustouflante; il a su capter le moment , le mouvement.
Merci pour ces belles images et nous rappeler qu'il existe...aussi... de belles personnes !
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G
Voici un photographe comme on aime en rencontrer et échanger dans la nature. Merci pour ce partage de fin d'année et tous mes voeux de santé à toi, Jean-Louis et à tous tes fidèles lecteurs
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M
Beau portrait et magnifiques photos : merci pour le partage et la découverte !
Bonne fin d'année à vous et à vos fidèles lecteurs...
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J
Magnifiques images pour terminer l’année et un personnage rigoureux dont la perception de la nature est sans doute un modèle à suivre. Bravo !
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J
L'article est passionnant. L'éthique de ce personnage redonne confiance dans l'humanité. Gutfreund se traduit par bon ami. C'est un nom prédestiné.
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C
De très belles photos pour terminer une année difficile...
Merci à ce blog pour le partage !
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J
Magnifique portrait d'un jeune homme que je découvre mais dont la sensibilité et l'éthique sont très proches des miennes ! Peut-être rejoindra-t-il la petite "communauté" de "Nature d'Ici et d'Ailleurs" ?
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C
Très bel article
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D
Bonne année aux chasseurs d'images, pacifiques photographes, qui ne visent qu'avec un zoom !
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