Journal du Couvre-feu/J.18 ‘La Grive draine et le Gui’

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Lorsque l'hiver vient, la Grive draine se gave de baies de gui, participant ainsi grandement à l'expansion de cette plante parasite mais remplie de vertus : le gui est aussi ambivalent que la personne que vous embrasserez dessous au Nouvel An ! Ecoutez la Grive draine (Turdus viscivorus) qui se raconte à travers la voix de notre cher Allain Bougrain-Dubourg…

La Grive draine est très friande des fruits du gui : cette attirance est d’ailleurs à l’origine de son nom latin ‘’viscivorus’’ ce qui signifie ‘’mangeuse de gui Viscum album’’… Photo : Jean-Loup Ridou/Les ailes de l’Aisne

La Grive draine est très friande des fruits du gui : cette attirance est d’ailleurs à l’origine de son nom latin ‘’viscivorus’’ ce qui signifie ‘’mangeuse de gui Viscum album’’… Photo : Jean-Loup Ridou/Les ailes de l’Aisne

« Saviez-vous que c’est grâce à moi (et quelques collègues, j’en conviens) que vous pouvez vous embrasser amoureusement sous un bouquet de gui? Javoue quune explication simpose.

D’abord, il faut savoir que nous avons affaire à une plante parasite, elle ne s’épanouit qu’en squattant des arbres bienveillants comme le pommier, le tilleul, l’amandier, le sorbier et quelques autres. Et c’est là que j’interviens. Ne résistant pas au plaisir de me gaver des petites baies blanches, qui sont en fait des fruits portés par les guis femelles, je véhicule ainsi les graines non digérées dans mes fientes à plusieurs kilomètres à la ronde. Comme moi, la fauvette à tête noire est devenue championne des plantations aériennes. Elle arrive à semer près de 150 graines par jour, ce qui produit quelques 15 000 futurs guis. Tout va très vite. En deux mois, la graine développe un « suçoir » qui va pénétrer l’arbre jusqu’aux vaisseaux transportant la sève. Et au printemps suivant, deux petites feuilles apparaîtront en annonçant la future boule de gui capable de donner près de 30 000 graines en 35 ans.

Il y a bien longtemps que vous avez observé notre petit manège conduisant à l’épanouissement improbable de cette plante hors du commun. Durant l’Antiquité, vos druides recueillaient le gui sacré dans un drap blanc, sans qu’il touche le sol, afin de conserver ses vertus. Et elles étaient légions : vous aviez la conviction qu’il pouvait effacer les maux de tête, qu’il était un antidote pour les poisons… Et même qu’il pouvait garantir la fécondité! Il nen fallait pas tant pour que, plus tard, en Angleterre et en Grèce, vous instauriez la tradition du baiser, tout particulièrement pour les jeunes femmes qui, en acceptant lembrassade sous la « boule à baisers », se marieraient dans lannée.

J’entends déjà les grincheux qui ne manqueront pas de rappeler que le gui pose aussi problème. Il est vrai que lorsque nous déposons nos petites graines sur des châtaigniers, nous réduisons leur production fruitière. Le gui peut aussi affecter la qualité du bois qui lui sert de support au point que certaines préfectures ont déclaré sa destruction obligatoire. Cela dit, il serait injuste de nous condamner à la légère. Vous avez aussi trouvé dans cette plante des substances très intéressantes en médecine et en biochimie. Vous lui reconnaissez même une potentialité d’action cardiovasculaire, anti-tumorale, voire même de contribuer au traitement du cancer… Même si sur ce dernier argument, j’admets que les avis sont partagés. Quoi qu’il en soit, en cette période de fête qui semble vous être tout particulièrement nécessaire, ne boudez pas votre plaisir, profitez de la boule à baisers pour parier sur un avenir heureux. Et, à l’occasion, n’oubliez pas que c’est grâce à nous que vous avez trouvé le bonheur. »

Allain Bougrain-Dubourg

 

 

 

 

 

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Claire 03/01/2021 07:55

Très beau et intéressant billet : Allain Bougrain Dubourg arrive à nous présenter une espèce en très peu de mots et en nous faisant découvrir l'essentiel ! Merci à ce blog pour ces belles présentations !

Jacky 02/01/2021 08:36

J'ai remarqué dans nos forêts du gui sur les sapins. Ce n'est pas courant. Il se nomme gui des sapins, viscum album subsp. abietis ( abietis correspond aux plantes parasites des sapins)

Cléo 01/01/2021 17:37

J'adore ses écrits! On croirait vraiment qu'il se met "dans la peau" des sujets vedettes! Bises et belle journée du 1er janvier!

Béa kimcat 01/01/2021 17:16

Je partage ce bel article !

Anne 01/01/2021 14:39

Désolée je fais partie des grincheux : j’ai dû faire abattre toute une ligne de peupliers qui menaçaient de tomber à cause du poids du gui ( bon d’accord ils avaient au moins 30 ans mais je n’aime pas abattre des arbres...) et le gui décime petit à petit tous les vieux pommiers que je ne récolte pas mais qui étaient très jolis. Nous avons replanté des jeunes fruitiers mais ils font encore «  jeunots » :).
Les feuilles de gui ça peut soigner mais les boules blanches sont très toxiques.
Bref je préfère le houx qui est aussi très beau en hiver et je vous y embrasse tous dessous pour la nouvelle année :) !

Françoise 01/01/2021 14:23

Bel oiseau, belle image ! Mais si l'on a découvert comment se reproduit cette plante parasite qu'est le gui, ne pourrait-on pas faire un effort pour rechercher comment se reproduisent les humains parasites, afin que l'on essaie à notre tour de parasiter leurs actions ? Je blague... c'est permis en ce premier janvier ? quoique... à bien y réfléchir et vu le nombre de parasites qui squattent cette planète si accueillante, mais de moins en moins au fil des jours... Reste à définir ce qu'est un parasite humain et là on a l'embarras du choix...