Espèces menacées : ça va mieux pour le bison, mais les grenouilles morflent

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Dans une version réactualisée de sa liste rouge, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) se réjouit ce jeudi du retour du retour du bovidé sauvage à l’est du continent européen grâce aux «efforts de conservation». En revanche, une vingtaine d'espèces d'amphibiens sont «possiblement éteintes».

La grenouille dendrobate bleue, présente en Amérique centrale, est actuellement menacée d'extinction. Photo Jorge Mankita

Il est probable que vous n’ayez jamais entendu parler du «requin perdu». C’est normal : ce squale, qui fraye dans les eaux côtières du sud-est asiatique entre la Thaïlande et l’Indonésie, n’a été décrit qu’en janvier 2019. Les trois chercheurs australiens, à l’origine de cette découverte, ont en effet considéré, en examinant des spécimens conservés dans de l’éthanol depuis les années 30 sur les étagères de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie et du Muséum d’histoire naturelle de Vienne, qu’il s’agissait d’une espèce à part entière : Carcharhinus obsolerus. Problème : ce petit requin au museau allongé, d’une trentaine de centimètres de long, n’a pas été vu en mer depuis près de 80 ans. Ce qui en fait de facto une espèce «possiblement éteinte», selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui a dévoilé ce jeudi une version réactualisée de sa «liste rouge des espèces menacées».

La cause de cette extinction avant l’heure ? La pêche intensive, dont ont été aussi en partie victimes une quinzaine de poissons d’eau douce endémiques du lac Lanao, aux Philippines. Désormais disparues, toutes ces espèces viennent grossir la liste des «espèces éteintes» de cet inventaire mondial très complet sur l’état de conservation des espèces animales et végétales. Et si, à cette date, l’UICN compte un peu moins d’un millier d’espèces disparues depuis la création de cette base données en 1964, pour un total de 128 918 espèces répertoriées en 2020, un peu plus de 35 000 sont, elles, en voie de l’être. Un chiffre en constante augmentation qui témoigne de la grave crise de la biodiversité que traverse notre planète.

Quand le bison reprend du poil de la bête en Europe

Tout n’est pas noir, cependant, sur le front de la conservation des espèces animales. Et c’est notamment vrai pour le bison d’Europe, le plus gros mammifère du continent passé tout près de l’extinction au début du XXe siècle. Selon l’UICN, le bovidé sauvage, chassé durant des millénaires et victime de la régression de son habitat forestier au profit de terres cultivables, reprend même du poil de la bête. En Europe orientale, après plusieurs réintroductions dans les années 50 et de gros efforts pour sauver l’herbivore, sa population a ainsi triplé passant de 1 800 individus à l’état sauvage au début des années 2000 à plus de 6 000 en 2019, soit 47 hardes réparties entre la Pologne, la Biélorussie et la Russie.

Ce qui fait que l’espèce n’est aujourd’hui que «quasi menacée» de disparaître – comme 25 autres. Néanmoins, et c’est un problème de taille, les troupeaux de bisons d’Europe sont isolés les uns des autres afin d’assurer la diversité génétique nécessaire à la viabilité de l’espèce. Et c’est sans compter les conflits avec les agriculteurs du coin. «Historiquement, les bisons européens ont pour la plupart été réintroduits dans des habitats forestiers, où ils ne trouvent pas assez de nourriture l’hiver, explique l’écologue polonais Rafał Kowalczyk, qui suit les populations de bisons pour l’UICN. Ils investissent donc les zones agricoles et se retrouvent en conflit avec les locaux. C’est pour cela qu’il sera important de créer des zones protégées qui comprennent des prairies pour qu’ils puissent brouter.»

Les dauphins d’eau douce, tous menacés

Inversement, les dauphins d’eau douce voient leur situation se dégrader à travers le monde. Les six espèces d’odontocètes que comptent encore les grands fleuves du globe, à l’instar du dauphin de Chine, mais aussi le Tucuxi, ou dauphin de l’Orénoque, sont désormais tous en «danger» d’extinction. Il est cependant difficile d’évaluer le nombre de ces mammifères aquatiques, qui nagent dans les eaux du bassin de l’Amazone (plusieurs centaines à en croire les sondages catalogués par l’UICN) et c’est pour ça qu’il est nécessaire d’obtenir de les compter, précise le Fonds mondial pour la nature (WWF). Ce tout petit delphinidé, qui, lui, occupe aussi bien l’océan que les estuaires, est par ailleurs menacé par la pollution de l’eau et la construction de barrages.

Les amphibiens, en danger critique

C’est encore pire pour les amphibiens, dont 40% des espèces recensées sur le «liste rouge» sont menacées de disparition. En cause – la liste est longue – : la destruction de leur habitat, les pesticides, le changement climatique, mais surtout une maladie infectieuse, la chytridiomycose, provoquée par un champignon aquatique. Trois espèces de grenouilles d’Amérique centrale, au Mexique, peuvent être dès à présent considérées comme éteintes, à cause de la propagation de Batrachochytrium dendrobatidis et 22 autres comme «possiblement éteintes». «Notre principal espoir est que les espèces locales s’adaptent en devenant plus résistantes ou tolérantes à l’infection», expliquait à ce propos à Libération le biologiste canadien Dan A. Greenberg. Cela va en revanche un peu moins mal pour une espèce de grenouille vivant dans les forêts d’altitude de l’Etat d’Oaxaca, au Mexique, grâce à l’action des communautés villageoises locales pour la préserver.

Libération/Florian Bardou (11.12.2020)

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Zoé 23/12/2020 21:35

La liste est de plus en plus longue! Quelle tristesse!

Béa kimcat 22/12/2020 15:34

Joyeux Noël Jean-Louis.

Béa kimcat 23/12/2020 22:23

Merci Jean-Louis. A bientôt !

Jean-Louis 23/12/2020 05:52

Merci Béa : à toi aussi, de joyeuses fêtes malgré les conditions très "particulières" de cette année ! A bientôt...

Béa kimcat 22/12/2020 15:33

Quelle tristesse !
Je n'avais jamais entendu parler du «requin perdu».