L’imposture de la transition écologique

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Le chantier du GCO n’en finit pas de dérouler son ruban mortifère à travers les forêts et cultures de l’ouest de Strasbourg. On pouvait penser, compte tenu de l’intense opposition qu’il a suscitée et des discours quasi unanimes sur l’importance de la crise écologique, que ce serait un des derniers projets destructeurs que l’Alsace pouvait se permettre. Quelle illusion !

 

La forêt rasée sur le tracé du GCO à l’ouest de Strasbourg. Document remis/Photo Christoph De Barry

« Il suffira de quelques exemples, liste non exhaustive, pour montrer que le modèle économique prédateur d’écosystèmes continue à fonctionner comme avant. A Monswiller, au nom du développement industriel, on prévoit le défrichement de près de 34 ha de forêt qui avaient pourtant été classés comme forêt de protection pour compenser un défrichement précédent. A Neuve-Eglise, environ 3 ha de prairies hébergeant une des dernières populations alsaciennes d'un papillon protégé au niveau européen seraient sacrifiés pour y installer un entrepôt de logistique. Près de Lorentzen, Châtenois, Rothau, ou Entzheim des projets routiers menacent des milieux, pour certains rares et précieux. A Ottmarsheim, sur la bande rhénane, les dernières forêts naturelles et pelouses sèches relictuelles du secteur sont envisagées pour l'installation d'un champ de panneaux photovoltaïques. Les Vosges sont transformées en piste de karting géante et en terrain de jeu avec des projets tels que via ferrata ou pistes nocturnes. Enfin, cerise sur le gâteau, en Centre Alsace, il est sérieusement envisagé d’ouvrir plus de 200 ha à l’urbanisation pour installer hôtels et zones de loisirs…

Eviter, réduire, compenser

Pourtant, aux dires de leurs promoteurs, qui sont souvent des collectivités publiques masquant des intérêts privés, tous ces projets s’inscriraient parfaitement dans la transition écologique. Alsace Nature a du mal à voir, sur le terrain, en quoi ces destructions seraient plus vertueuses que celles contre lesquelles elle se bat depuis cinq décennies. Ce n’est pas parce qu’on embellit son emballage que le poison qu’il contient devient inoffensif ! Certes, ces projets mobilisent des bureaux d’études et produisent des quantités d’études d’impact, mais au final, le résultat est le même : les milieux sont détruits. Dans la séquence « Eviter Réduire Compenser » prévue dans la loi, la phase d’évitement est la plupart du temps escamotée, sauf oppositions citoyennes déterminées, car le modèle de croissance est incompatible avec le renoncement. Pour le système productiviste, il est toujours plus intéressant de produire et vendre de l’énergie par exemple, y compris en détruisant des milieux naturels au nom des énergies renouvelables, que d’en faire diminuer la consommation. Quant aux mesures compensatoires, elles sont utilisées aujourd’hui comme justificatif de n’importe quel projet en omettant de s’interroger sur sa finalité. De plus, ces compensations, pour les rares qui sont mises en place et qui fonctionnent, ne font au mieux que maintenir un statu quo qui correspond justement à la crise écologique majeure que nous connaissons actuellement.

Changer de modèle

Pour Alsace Nature, il est plus qu’urgent de changer de modèle, et d’arrêter l’hypocrisie actuelle. Depuis trois décennies, dans l’esprit des décideurs politico-économiques, le développement durable, la croissance verte, l’économie circulaire et maintenant la transition écologique n’ont été majoritairement qu’un moyen de faire perdurer un système foncièrement destructeur et inégalitaire.

Si les collectivités publiques, et particulièrement la future Collectivité Européenne d’Alsace, prennent la crise écologique et sociale au sérieux, il est temps qu’elles écoutent et soutiennent massivement les initiatives sincères portées par des milliers de citoyens engagés et qu’elles rompent avec les pratiques dominantes actuelles. De nouveaux exécutifs municipaux ont émergé, certains semblent vouloir s’engager dans une transition écologique réelle. Alsace Nature espère que ces initiatives seront soutenues et reproduites plutôt que combattues et elle est prête à contribuer à leur développement. »

Maurice WINTZ, président d'Alsace Nature (22.11.2020)

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Alain Tamisier 27/11/2020 11:48

D'imposture en imposture ... Merci Maurice pour ton ardeur legendaire.
J'espere ne pas avoir a pousser le meme cri d'alarme pour un pont d'autoroute sur le Grand Rhone en Camargue ...projet sous terrain qui montre a nouveau le bout de son nez.

Zoé 26/11/2020 20:46

C'est consternant et désespérant!

Françoise 26/11/2020 18:56

Les projets de contournement des villes stagnent souvent pendant des années à cause des défenseurs de la nature qui font de la résistance. Mais ils finissent presque toujours par être réalisés suite à des compromis peu satisfaisants.

Mario 26/11/2020 18:18

Le pire de ce projet destructeur pour la nature déjà bien endommagée en Alsace c'est qu'il ne sera sans doute économiquement jamais rentable et qu'il ne servira à rien pour désengorger Strasbourg comme annoncé pour le justifier.Pas grave les contribuables paierons vu qu'on a garanti à Vinci un niveau de recettes des péages si celui ci n'est pas atteint la région compensera le manque à gagner. Nos élus fonctionnent encore sur des idées des années 50/60 et sont totalement incapables de changer de logiciel ou d'avoir des idées nouvelles.

hepiegne 26/11/2020 09:33

bonjour
une forêt épargnée pour de la compensation puis rasée... pas de statut de protection éternel.
Quelle est donc l'espèce de Papillon protégée citée dans l'article ? c'est possible de connaitre son nom ?

Cet article me fait rappeler la dérogation donnée aux semences de betteraves faites en laboratoire pour sauver la filière sucre, un produit que l'on ne peut pas consommer indéfiniment pour notre santé.

Merci pour cette publication Président.

Jacky 26/11/2020 08:32

Le greenwashing fonctionne à plein régime. Les cris d'alerte se multiplient. Il devient nécessaire de s'adapter au renoncement, à la sobriété.

Jean-Louis 26/11/2020 08:07

Pour Dom : GCO signifie "Grand Contournement Ouest" (de Strasbourg) ! J'ai, à de bien nombreuses occasions, évoqué ce qui n'était alors qu'un projet largement décrié : les diverses instances ont passé outre toutes ces oppositions et ont choisi de réaliser ce GCO ! D'autres projets sont toujours dans les cartons et vont probablement aussi voir le jour : objectivement, la nature n'en peut plus et on continue malgré tout à la saccager...
Le point de vue de Maurice Wintz est pertinent : on n'en attendait évidemment pas moins du président de la plus importante fédération d'associations d'Alsace ! "Développement durable", "croissance verte"... me semble être d'opportuns "fourres-tout" qui continue à excuser bien des dérives qui sont autant de catastrophes pour l'environnement ! Mais, on préfère faire l'autruche et privilégier la "croissance" et l'emploi...Ce blog revient régulièrement sur toutes ces aberrations et j'espère pouvoir continuer à le faire !

Michel 26/11/2020 07:59

GCO : Grand Contournement Ouest de Strasbourg !
Ça fait plus de 50 ans qu'Alsace Nature joue un rôle important au niveau de la protection de la nature en Alsace
C'est une association incontournable dans cette lutte pour la préservation des milieux remarquables
Malheureusement les décideurs ne sont pas encore sur la même longueur d'onde
MÉNAGER au lieu d'aménager
C'est ça qui devrait être la ligne directrice globale...!
Y'a encore du boulot pour changer tout ça
Au travail....!!!

domi 26/11/2020 07:08

ne pourrait-on pas parler clair au lieu d'utiliser un sigle comme GCO ? ça faciliterait la compréhension!