Vivre avec des chiens-loups

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Dévorante. C’est le premier qualificatif qui vient à l’esprit lorsqu’on rend visite à Damien Martinak à son domicile de Soultzeren et que l’on découvre l’ampleur de sa passion pour les chiens-loups. Une passion dévorante donc, qui nous fait inévitablement penser que ses animaux le possèdent. Rencontre avec Damien et ses loulous, Dracula’s Daughter, Nefertös et la petite nouvelle, Phoebee...

Avec Nefertös, le mâle de la meute, la relation est fusionnelle. Jamais le chien-loup ne quitte du regard son « référent », Damien Martinak, 55 ans, passionné par la nature et par ailleurs auteur de deux ouvrages consacrés aux orchidées sauvages d’Alsace.

Avec Nefertös, le mâle de la meute, la relation est fusionnelle. Jamais le chien-loup ne quitte du regard son « référent », Damien Martinak, 55 ans, passionné par la nature et par ailleurs auteur de deux ouvrages consacrés aux orchidées sauvages d’Alsace.

Les visiteurs sont accueillis par des aboiements. Pas vraiment un concert. Seul le plus gros chien d’une meute de trois, donne un peu de la voix. Les deux autres canidés observent à une distance respectueuse, le regard un brin craintif. Les deux femelles agitées sont Phoebee (1 an et demi) et Dracula’s Daughter (12 ans). Le mâle de la meute qui cherche à se faire remarquer est Nefertös (2 ans et demi). Ce sont trois chiens-loups tchécoslovaques, une race de chien hybride issue du croisement entre un loup gris européen et un berger allemand.

Depuis de nombreuses années, la vie de Damien Martinak est principalement consacrée à ces animaux hors normes au look résolument lupoïde. Ils en imposent avec leur ossature large, leurs yeux jaunes perçants et leur pelage gris cendré qui trahit leur origine. D’emblée, Damien Martinak insiste: «Il faudra bien expliquer tout ce quimpliquent ces animaux, ce que cest que de vivre avec eux. Si les gens sarrêtent aux photos, ça va être une catastrophe.»

À l’origine, une expérience militaire

Le chien-loup tchécoslovaque est une race récente. Elle est le fruit du croisement entre une louve grise des Carpates et un berger allemand. Une hybridation effectuée en 1955 par l’armée tchécoslovaque qui visait à obtenir un chien de travail, obéissant et bénéficiant de la robustesse du loup. Ce fut un échec : les animaux ainsi nés avaient hérité de l’une des principales caractéristiques de canis lupus : sa crainte naturelle vis-à-vis de l’homme.

En conséquence, le programme militaire fut stoppé, mais l’expérimentation poursuivie par des passionnés pour déboucher sur un élevage standardisé avec, à la clé, la consécration : la reconnaissance officielle de la race par la FCI (Fédération cynologique internationale) à titre définitif en 1999. Le chien-loup tchécoslovaque est donc bel et bien un chien domestique, classé chien de berger. En dépit de ses caractéristiques, la détention de cet animal n’est soumise à aucune autorisation particulière.

« Pour communiquer, ils aiment mordre »

Derrière ce message, la crainte de nombreux passionnés de voir le public vouloir « un loup à la maison ». Et de voir ces nouveaux propriétaires inexpérimentés craquer au bout de quelques semaines, en raison de difficultés qui semblent insurmontables. « J’ai trois chiens-loups qui présentent des comportements variés, ils sont très représentatifs de la race tchécoslovaque. Nefertös est hypersociable. Il va arriver sur vous, vous sauter dessus, vous lécher. Il va vous choper, car ils aiment mordre. Cela vient du loup. Petits, ils font mal, et il faut les canaliser. Les deux femelles font la même chose. Dracula’s Daughter mordille, pas méchamment, alors que Nefertös, avec les inconnus, a tendance à y aller un peu fort. Il faut s’y attendre. Avec Phoebee, on a l’autre extrême : elle est plus réservée. Je vous préviens tout de suite, vous ne l’approcherez pas ! Il lui faut du temps. Dans une même portée, on peut avoir un chien sociable, tandis qu’un autre le sera beaucoup moins. »

Avoir un chien-loup nécessite un important travail de sociabilisation dès le plus jeune âge. Il faut l’amener partout, lui faire découvrir le monde, le confronter à une grande variété de situations et lui faire entendre le bruit de l’activité humaine. Mais ce n’est pas tout. Il faut aussi être en mesure de lui fournir un enclos ou un jardin adapté. Particulièrement fugueur, une clôture classique de 2 m n’est pas un obstacle. « On conseille d’avoir un retour de clôture [une partie supérieure inclinée, ndr] et d’électrifier cette dernière. Avec une construction simple de 2,5 ou 3m de hauteur, si un chien-loup veut partir, il partira ! » De fait, ce sont des as de l’escalade.

Heureusement, les chiens de Damien Martinak n’ont jamais tenté de se faire la belle. Et pour cause : l’effet de meute diminue la propension à la fugue. Mais surtout, ils bénéficient de 500 m², tout confort, avec plusieurs abris à leur disposition. Petite anecdote amusante : ils boudent la construction la plus luxueuse, celle qui dispose de porte et fenêtres. Rustiques, ses chiens vivent toute l’année dehors.

 02-Les chiens-loups tchécoslovaques de Damien Martinak, stars d’un jour sur les crêtes vosgiennes. Photo : Damien Martinak

02-Les chiens-loups tchécoslovaques de Damien Martinak, stars d’un jour sur les crêtes vosgiennes. Photo : Damien Martinak

« Ils me suivent partout »

En dépit de cette rusticité, la complicité entre Damien Martinak et ses chiens est évidente. À aucun moment ils ne le quittent des yeux. « Le chien-loup a besoin d’un référent. C’est moi. Quel que soit l’endroit où je vais, ils veulent être avec moi. Pas forcément pour des câlins. Ils en font, bien sûr, mais au bout de cinq minutes, ils passent à autre chose. »

Le matin, lorsque leur maître part au travail, ce dernier a le droit à un bref concert de hurlements… La séparation est toujours difficile pour le chien-loup, et les retrouvailles explosives. Damien Martinak insiste à nouveau : « Que vous ayez une maison ou un appartement, c’est un chien qui est capable de vous refaire intégralement l’intérieur en une petite demi-heure. » À bon entendeur…

Pour Damien Martinak, le choix du chien-loup ne s’est pas fait par hasard. Au-delà du coup de cœur, il s’est beaucoup renseigné sur la race. « Je me suis rapidement rendu compte que c’était un chien qui m’était destiné. J’aime la nature, je fais de la photo animalière et botanique. Évidemment, sa ressemblance avec le loup a été un facteur déterminant. J’avais avant un Braque de Weimar, c’est un chien totalement différent. Un superbe animal qui obéit au doigt et à l’œil. Là, c’est très différent, mes chiens ont une part importante de loup en eux. Ils sont très prédateurs avec toutes les complications que cela implique.»

À ce titre, Damien Martinak ne prend jamais le risque de lâcher ses chiens dans la nature. « Ils peuvent aller très facilement au contact du gibier. En matière de rappel, s’ils ne veulent pas revenir vers vous, ils ne reviendront pas. » Têtu, le chien-loup ? Résolument.

Quant à l’idée de faire cohabiter un chien-loup avec un chat, ce n’est pas une idée judicieuse. « Cela peut très bien se passer durant des années. Et puis un jour, pas forcément par prédation, mais par excitation, par jeu, il peut y avoir un coup de mâchoire de trop, et le chat y restera. »

On l’aura compris, la vie de Damien Martinak est loin d’être un long fleuve tranquille. Mais il ne regrette pas un seul instant sa passion et ses sacrifices: «On oublie beaucoup de choses apprises au contact de chiens traditionnels. Il faut être capable de se remettre en question, tous les jours.Et lorsque le chien-loup vous accorde sa confiance, cest exceptionnel.»

Olivier Blaszczyk/L’Alsace

Suivez Damien Martinak et sa meute sur Facebook et sur Instagram  : « la_meute_du_forlet »

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Saarloos, américain… quelles différences ?

Le chien-loup de Saarloos

En sus du chien-loup tchécoslovaque, une deuxième race est reconnue officiellement par la Fédération cynologique internationale : le chien-loup de Saarloos, fruit du croisement, en 1936, entre un berger allemand et une louve sibérienne achetée au zoo de Rotterdam. Elle tient son nom de son créateur, le Néerlandais Lendeert Saarloos, qui poursuivi son travail de sélection jusqu’à sa mort en 1969, pour voir sa famille reprendre le flambeau. L’objectif de l’éleveur était d’en faire un chien d’utilité, en particulier comme chien guide d’aveugle. Mais l’apport du loup ruina ses efforts. Bien trop craintif face au danger ou aux inconnus, le chien-loup de Saarloos est devenu un chien de compagnie, très particulier lui aussi.

Le chien-loup américain

Le chien-loup américain n’est pas une race à proprement parler. Blue Bay Shepherd, Spencer ou encore Northaid, croisements exotiques entre des loups et des chiens dits « primitifs » (avec le malamute de l’Alaska ou le husky, par exemple), sont quelques-unes de ces hybridations venues d’Amérique du Nord. Physiquement impressionnants, ces animaux sont extrêmement exigeants et ne conviennent pas à tous les modes de vie, tant ils peuvent se révéler destructeurs, notamment.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Animaux

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Commenter cet article
A
Il n'y a pas que le chien-loup mangeur de chat... A mon grand regret mon vétérinaire m'a catégoriquement déconseillé d'en prendre avec mes fox : un chaton qui peut être les attendrirait ou un vieux matou qui pourrait peut être se faire respecter. Dans les deux cas, il m'assure que je finirais tôt ou tard chez lui pour le chat ou pour le chien mais aussi surement pour les deux si encore il n'y en a pas un des deux de tué. Dommage mais j'aime quand même mes fox même si ce sont des tueurs, ils savent se faire aimer car ils sont toujours joyeux. Bon OK, je n'en reprendrai pas et irai à la SPA pour les remplacer quand malheureusement, un jour ils partiront.
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A
idem au commentaire de Zoé : Il ne faudrait pas que ces chiens soient achetés sur un coup de cœur puis retrouvés à la SPA où ils seraient difficilement adoptables. Je hais cette mode des races de chiens. Actuellement on ne voit que des bergers australiens avec un ou deux yeux bleus mais il faut savoir que cette race a beaucoup de tares et les éleveurs qui ne font ça que pour de l'argent vous vendent des chiens qui meurent avant deux ans car mal sélectionnés. il est très important d'en discuter avec un véto avant de choisir une race puis de bien se renseigner sur le sérieux de l'éleveur (par exemple en allant sur le site du club de race). Et puis bien sûr il y a ce brave toutou de la SPA qui vous sera confié après une vraie discussion sur votre style de vie.
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Z
Magnifiques animaux mais c'est une évidence: à ne pas mettre entre toutes les mains! j'espère que la possession de pareils animaux est contrôlée.
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B
Des chiens-loups magnifiques.
C'est sans aucun doute une expérience extraordinaire à vivre pour ce passionné...
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D
Ils sont superbes, mais attention à ne pas mettre dans les mains de tout le monde. Cela va de soi !
La connaissance de cette race de chien est une obligation pour celui qui s'y intéresse. Merci à Damien Martinak de nous les présenter. Respect et admiration devant ces chiens loups qui comme nous ont le droit de vivre sur cette planète ! A méditer.
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O
C'est très bien, mais tant qu'à faire je préfère adopter un vrai loup pour faire plaisir aux bergers, ou alors celui de Tex Avery, attachant, caractériel et obsédé.
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M
Ces chiens sont des nids à problèmes il serait prudent d'arrêter leur élevage purement et simplement.
Très peu de personnes sont capables de s'en occuper correctement (logement etc ...) acheté sur leur bonne tête où pour faire original ils sont une catastrophe dans une famille et je ne parle même pas des problèmes en cas de fugue.
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J
Cette hybridation a été faite par l'armée tchécoslovaque. On évoque souvent les tristes expérimentations animales en laboratoire. Celles faites par les militaires doivent être encore pire.
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J
Passionné, Damien Martinak l'est sans conteste ! Il faut bien connaître ces animaux pour vivre avec telle meute et Damien leur sacrifie beaucoup ! La ressemblance de cette race avec les loups est assez étonnante...
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D
interessant mais je ne choisirais pas cette nouvelle race
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