Au nom des animaux…

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Je suis stupéfait par ce que l’on nomme le ‘’spécisme’’ : certains vouent une véritable fascination, voire même idolâtre leur chien, leur chat, leur cheval… mais se désintéressent totalement des autres animaux, a fortiori lorsque ceux-ci sont destinés à la consommation !

‘’Il aura fallu un déclic, un regard…’’. Photo : JLS

‘’Il aura fallu un déclic, un regard…’’. Photo : JLS

Or, quelle différence y a-t-il entre un agneau, un cochon, une vache et les animaux dits ‘’de compagnie’’ ? Ce sont, me semble-t-il, des êtres vivants qui, tous, quels qu’ils soient, mériteraient le même intérêt et la même compassion ! Bien sûr, je n’ai pas toujours pensé de cette manière et, à vrai dire, dans une autre vie –il y a fort longtemps- je ne me posais aucune question et je reconnais que cela était fort pratique et, surtout, ne me créait aucun cas de conscience, aucune espèce de culpabilité !

Il aura fallu un déclic, un regard -celui d’une vache que l’on emmène à la mort- pour que tout bascule ! Ce regard, jamais je ne l’oublierai : il disait tant de choses mais, surtout, il  semblait m’interroger… Ce regard se résumait en fait à une simple question : ‘’Pourquoi ?’’. Et, depuis, ce ‘’Pourquoi’’ m’obsède et me hante chaque jour, parfois des dizaines de fois… Ah, que c’est pratique en effet de ne pas se poser de question, de n’avoir aucun état d’âme et d’être parfaitement capable de passer devant un abattoir, sans la moindre émotion, comme on passerait devant n’importe quelle autre ‘’usine’’… C’est pratique certes mais, une fois que vous avez pris conscience de certaines choses, il me semble impossible de revenir en arrière, impossible de renier toutes ces  atroces découvertes au fil du temps ! Ainsi, un végétarien qui se remet, pour de sombres motifs, à consommer à nouveau des aliments carnés, me semble très peu cohérent et, pour le moins, d’une sincérité douteuse…

En ce qui me concerne, changer radicalement mon alimentation fut, dès lors de cette fameuse ‘’prise de conscience’’, d’une déconcertante simplicité mais surtout, une évidence foudroyante ! Manger un steak était, ni plus, ni moins, manger toutes ces bêtes qui n’aspiraient à rien de particulier sinon à la vie –surtout pas à la mort- que nous autres animaux humains, leur réservons… Bien sûr, je peux comprendre et admettre que certains peuples ne peuvent survivre autrement qu’en chassant et donc en consommant le fruit de leur traque : leur démarche est d’ailleurs souvent fort respectueuse, allant même, selon certains rites, jusqu’à s’excuser auprès de l’animal abattu, lui expliquant que sa chair, sa peau, ses os… lui était indispensable à sa propre survie et le remerciant sincèrement pour le don de sa vie !

Quel rapport avec les innombrables tueries qui se pratiquent quotidiennement dans les abattoirs de chez nous ? Quel rapport avec la chasse telle qu’elle est pratiquée dans nos campagnes ? Aucun, bien sûr… Un phoque prélevé par un Inuit d’aujourd’hui constitue la même chose que le bison qu’abattait l’amérindien de jadis : c’est une simple question de survie que nous n’avons pas à juger !

En revanche, nous pouvons, nous devons même, nous interroger sur le sens de ces ‘’grands massacre’’ que non seulement, nous laissons perpétrer mais qu’en plus, nous autres occidentaux, nous cautionnons au nom de notre ‘’plaisir gustatif’’, petit bonheur éphémère quasi sacré, qu’il est vivement recommandé de ne pas remettre en question puisque, justement, il tient de la sacralisation !

Et les bêtes dans tout ça ?

L’expérience m’a démontré à de nombreuses occasions déjà, qu’il ne sert à rien de vouloir sensibiliser quelqu’un qui n’a pas envie d’entendre ce que vous lui dite : c’est peine perdue ! Au mieux, votre interlocuteur ne vous écoutera pas, au pire il s’offusquera et réagira même avec une certaine violence à des propos qu’il jugera excessifs, mensongers voir même offensants… Il y a un déni évident de la souffrance endurée par les animaux d’élevage que même les images, pourtant généralement fortes, régulièrement révélées par L214, ne semblent pouvoir rétablir ! A la souffrance des uns, on opposera toujours les emplois, la loi du marché, l’économie… qui sont naturellement des sujets autrement sérieux ! Ah bon ? Ainsi donc, on peut justifier l’injustifiable au nom de l’emploi, de l’économie nationale, internationale voire mondiale ?

Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ce passage d’un livre qui, en son temps, m’accompagna dans mes débuts de militant de la cause animale. Toujours étonnement d’actualité, j’en conclus que, aussi noble et nécessaire fut-elle, ladite cause n’a hélas que bien peu progressée et, probablement qu’il faudra encore beaucoup de temps avant que les consciences ne finissent par évoluer : « L’homme ne peut pas vivre comme s’il était le seul être, non seulement vivant, mais sensible et intelligent, digne de respect et détenteur de droits en échange de sa contribution particulière à la vie universelle. Les deux excès à éviter absolument sont inverses : l’indifférence ou la cruauté (fondées sur des postulats métaphysiques aussi bien que sur des instincts incontrôlés), et le sentimentalisme vain (fondé sur des postulats et des instincts symétriquement opposés). Le second de ces deux excès n’est pas moins dangereux que le premier et aboutit à un résultat analogue par des voies différentes : le ghetto animal.

Trop de bons sentiments et de bonnes intentions se sont fourvoyés, discréditant la cause qu’ils souhaitaient défendre. Tant de naïvetés ont été accumulées au sujet des animaux, tant d’anthropomorphisme, de lieux communs, de clichés censés attendrissants, que lorsqu’on voit paraître un des ‘’protecteurs de la nature’’ ou ‘’défenseurs des animaux’’, on sait déjà le plus souvent ce qu’il va dire. On a entendu mille fois les mêmes propos. On est agacé, condescendant, parfois mieux renseigné que celui qui parle. Il est une façon de défendre les animaux qui leur crée plus de préjudices que l’hostilité déclarée. Avec le temps, elle isole davantage les animaux dans leur animalité irrémédiablement non humaine. Elle ne contribue pas pour une petite part à ce qu’il soit si difficile de débattre et résoudre au mieux des possibilités terrestres les questions de l’élevage industriel, entre autres…

Mais, les questions de langage sont difficiles. A l’époque des marées noires, qui révèlent à leur manière la noirceur de nos mœurs collectives, ces questions demeurent aussi irrésolues que dans le passé le plus reculé. Avons-nous progressé d’un pouce depuis Démosthène, malgré la télévision ? L’antiquité a connu un spécialiste, toujours admirablement d’actualité, de ces problèmes de langage, qui était en même temps un joyeux rouspéteur. Il se nommait Aristophane. Il vivait à l’époque où Périclès enseignait aux Athéniens comment ne pas s’en laisser conter par leurs voisins Spartiates. Ce râleur impénitent d’Aristophane avait une passion : la paix. Aussi critiquait-il à peu près tout le monde, en son temps de guerres perpétuelles et de floraison de l’esclavage… » (1).

Peut-être avons-nous commis des erreurs ! Sûrement même : quand on est passionné, on se laisse facilement submerger par l’émotion et, las d’être tant incompris, les mots finissent souvent par dépasser les pensées et le débat ne fait que s’enliser inexorablement… Au début des années 1980, on trouvait à juste titre que la condition animale en était arrivée à un point tel qu’il était totalement impensable que ça continue ainsi, dans le gigantisme et l’inhumanité… 40 années plus tard, tout s’est encore accéléré et considérablement accru, preuve qu’on peut toujours et encore faire pire : mais, pouvons-nous sérieusement continuer de la sorte dans l’absurde ?

JLS*

  1. « Le grand massacre » coécrit par Alfred Kastler, Michel Damien et Jean-Claude Nouet. Edition Fayard (1981)

 

*Article publié dans le n° d’octobre 2020 de la revue "Vivre en Harmonie"

 

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Cléo 19/10/2020 23:12

Premièrement, bravo pour cet article dans la revue : j'espère qu'il aura touché quelques personnes... En tous les cas, je suis comme toi : je ne serais plus capable de manger de la viande, puisque celle-ci est un animal... J'adore ton article! Bises et belle semaine à vous deux!

Anne 19/10/2020 12:42

Merci Jean-Louis pour ce beau texte. Moi aussi ça m’énerve d’entendre «  comment peut-on tuer cet agneau qui est si mignon? » je réponds toujours «  ah bon s’il était laid on pourrait? »

Zoé 19/10/2020 11:08

"Nous sommes nos choix " disait Jean-Sartre et assurément devenir végétarienne , il y a une vingtaine d'années - puis végétalienne plus tard - sont de ceux qui m'ont apporté le plus dans ma vie. je n'ai qu'un seul regret , celui d'avoir été formatée sans me poser de questions pendant si longtemps.

Béa kimcat 18/10/2020 18:41

C'est un très beau texte...

dominique 18/10/2020 13:56

Lu avec attention , merci cher JLS; tout serait à commenter; je me contenterai de ce passage:"on opposera toujours les emplois, la loi du marché, l’économie… qui sont naturellement des sujets autrement sérieux ! Ah bon ? Ainsi donc, on peut justifier l’injustifiable au nom de l’emploi, de l’économie nationale, internationale voire mondiale ?" C'est bien le problème et il en va de même pour changer complètement le système qui mène la Planète à sa perte ! L'emploi ! Un prétexte écoeurant quand on sait que les emplois ont été détruits pour faire plus de profit; et que ceux qui concernent les élevages industriels et les abattoirs "tuent" aussi ceux qui sont obligés de les accepter faute d'emploi correct !

laramicelle 18/10/2020 10:59

c'est un très beau texte ; je ne peux même pas imaginer manger un animal qui ne demande qu'à vivre; et la vue de leurs cadavres exposés à la convoitise humaine me donne envie de pleurer et de vomir ; pauvres animaux qui vivent l'enfer sur terre ;

Jacky 18/10/2020 09:07

L'article est réaliste. Il y a beaucoup à débattre. L'homme vit dans les ornières des ses habitudes et de son indifférence. Je m'en suis un peu sorti grâce à JLS. Bon dimanche (ici ensoleillé) à tous les lecteurs.