À l’Assemblée nationale, le bien-être animal, ça peut bien attendre

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Jeudi 8 octobre, les députés devaient débattre de la maltraitance animale. Progressivement déplumée de tout ce qui était très politique pour se consacrer essentiellement aux animaux en captivité « en vue de divertissement », la proposition de loi sur le bien-être animal n'accouchera même pas d'une souris.

« [Dans cet élevage on] voit de jeunes cochons entassés sur des caillebotis dans des conditions de vie dégueulasses. L’un deux, déjà mal en point, incapable de se lever, se fait bouffer l’oreille par ses congénères et hurle comme savent hurler les cochons... » Photo : L214 (Cliquez pour agrandir)

Son libellé aura été plus long que son examen. Jeudi 8 octobre, la « proposition de loi relative à des premières mesures d’interdiction de certaines pratiques génératrices de souffrances chez les animaux et d’amélioration des conditions de vie de ces derniers », portée par le député Cédric Villani (ex-LREM), arrivait enfin devant l’Assemblée nationale.

Déjà bien expurgé des mesures interdisant la chasse à courre ou l’élevage intensif, le texte ne devait plus porter que sur l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques, les delphinariums et les élevages de visions.

Las, seul un article du texte a pu être débattu, la séance ayant débuté à 22 heures. « De la même façon qu’à minuit le carrosse redevient citrouille, la proposition de loi disparaîtra » si le gouvernement ne la réinscrit pas à l’ordre du jour, avertissait, dépité, le député à la lavallière qui ne semblait plus se faire guère d’illusion sur la portée de son texte.

Bref, un enterrement de première classe pour un texte qui normalement aurait dû s’attaquer à des enjeux très politiques comme les conditions d’élevage intensif et pas seulement pour les visons et leur fourrure mais pour tous les animaux dont la chair devient des steaks et des côtelettes.

Pour bien mettre le nez des députés dans la réalité bien puante du lisier de porc, L214 diffusait, ce même jour, une nouvelle vidéo choc. Des images clandestines filmées en juillet 2020 au sein d’un élevage hors-sol de cochons, dans des bâtiments industriels situés à Barrais Bussoles dans l’Allier (Auvergne). On y voit de jeunes cochons entassés sur des caillebotis dans des conditions de vie dégueulasses. L’un deux, déjà mal en point, incapable de se lever, se fait bouffer l’oreille par ses congénères et hurle comme savent hurler les cochons. Quant à la peau normalement si rose des porcelets (et si proche de celle des humains) est, elle, chez ces animaux captifs, toujours couverte d’excréments, parfois de plaies, de bubons, de croûtes suspectes…

Même les humains les moins enclins à partager la misère animale devraient se questionner –et se révolter– sur ce que l’élevage industriel fait subir aux animaux et in fine leur fait bouffer.

Cet élevage auvergnat, Charlie le connait. L’année dernière, nous avions été en reportage sur place. Des militants écologistes de France Nature Environnement (FNE 03) y dénonçaient, outre les conditions d’élevage, l’utilisation présumée d’antibiotiques dans l’alimentation des animaux et les tours de passe-passe de l’industriel pour implanter son usine à cochon. Avec l’aide –il faut bien le dire– de la déréglementation en matière d’implantation de ferme usine. De lois assouplies en label bidon, les cochons de Barrais Bussoles se retrouvent sur les rayons des supermarchés avec l’étiquette « porc délice ». L’agro-industrie n’a décidément ni limite ni morale.

De la chair à jambon produite à la chaîne

Et puis l’Auvergne, dans l’imaginaire des consommateurs, ça s’apparente aux vastes espaces, au grand air et à la petite ferme blottie au cœur du parc des volcans d’Auvergne. On en est loin avec cette chair à jambon produite à la chaîne.

Cette détresse animale, qu’il s’agisse des cochons mais aussi des canards ou des lapins pour ne parler que des dernières vidéos de l’association L214, le gouvernement ne veut pas en entendre parler. Déjà en commission, lors de l’étude de sa proposition de loi, Cédric Villani s’était fait renvoyer à ses équations mathématiques par certains de ses collègues parlementaires. Des élus de la « ruralité » qui adorent enliser les débats et délégitimer les défenseurs des animaux… Pas étonnant lorsqu’on connait les bonnes relations qu’entretiennent les lobbyistes de l’agro-industrie, de la chasse, de la ruralité version ultra beauf avec de nombreux parlementaires.

Pétition, référendum pour les animaux, sondage Ifop, proposition de loi… La thématique du bien-être animal est désormais bien installée dans pas mal de têtes, vegans ou pas. Manger de la viande d’accord mais plus comme ça disent de plus en plus de consommateurs.

« L’Assemblée a offert le triste spectacle de députés déconnectés de l’attente de 89 % des citoyens, a réagi Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association L214. Au sein de tous les groupes parlementaires, les grandes déclarations d’intention se sont succédé, pour se dégonfler généralement à l’évocation de la moindre mesure concrète. Près d’un milliard d’animaux continueront chaque année de subir enfermement en élevage, mutilations, mort violente sans le moindre recul des pires pratiques. »

Se pose alors une question : comment un responsable politique peut-il rester insensible, sinon à la souffrance animale, au moins à la qualité sanitaire de la viande qu’ingère la population?

Il faut croire que les élus et membres du gouvernement n’ont pas la même cantine que le commun des mortels ou bien qu’ils sont complètement inconscients. Pour ne pas dire moins.

Natacha Devanda/Charlie Hebdo (09.10.2020)

Vidéo : Pourquoi l'Assemblée n'a pas voté la fin des animaux sauvages dans les cirques (3 :45)

Une proposition portée de longue date par les associations, reprise par Barbara Pompili le 29 septembre et soutenue par la majorité. Tout était donc prêt pour une adoption sans trop d’encombres. Mais c’était sans compter sur le gong du palais Bourbon. Le rapporteur de la loi, Cédric Villani n'a pas pu cacher sa grande déception…

 

 

 

 

 

 

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M
Beaucoup de députés sont chasseurs (ça fait partie du standing) et à ce titre invités a chasser dans les grandes chasses de prestige avec repas gastronomique et séjour offert. En échange de quelques menus services ensuite.Par ailleurs la plupart sont en politique depuis longtemps et radotent les mêmes théories depuis des lustres et flattent la même clientèle électorale sans se rendre compte le moins du monde que la société a évolué et qui ce qui était toléré hier ne l'est plus aujourd'hui.Pire les jeunes qui entrent en politique répètent comme des perroquets ce que disent leurs prédécesseurs pour être bien vu et faire carrière.L'ouverture d'esprit d'une borne kilométrique , la sensibilité d'un char d''assaut et aucun amour propre voilà les caractéristiques principales de beaucoup de nos élus, alors ce type de vote n'a rien d'étonnant.
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Z
Lamentable, écœurant! Mais qu'attendre d'autre de tous ces inféodés aux lobbys de la chasse, de l'agro alimentaire , de la FNSEA, de la corrida et j'en oublie !
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D
Je ne vote plus ! Je continue de soutenir toutes les ONG travaillant pour l'émergence d'une société plus respectueuse de la Vie, de toutes les vies : règne végétale, règne animal et, règne humain pour ceux qui le mérite !
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J
Ces gens là m’écœurent!
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B
Ben voyons !!!!!!!!!!
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D
Ecoeurant; on entend des arguments éculés quoique fallacieux; Cédric Villani les pointe bien du doigt.
Par exemple ceux qui prétendent que le projet veut la fin de l'élevage alors qu'il demande de meilleurs conditions de vie pour les animaux d'élevage; celui qui défend la chasse à courre va jusqu'à parler de "lien social" alors qu'elle est l'apanage d'une classe de grands privilégiés imbus et méprisants; et quand par extraordinaire un cerf voulant se défendre charge c'est bien sûr un rabatteur à pied, un manant qui est blessé voire tué, les hobereaux à l'abri sur leur monture. Quels intérêts défendent donc ces élus qui devraient représenter le vouloir de la majorité de citoyens ; les leurs peut-être ? Si Fillon (entre autres profitant du système même si plus légalement que lui) avait mis autant d'énergie et de ruse à défendre la cause animale qu'il en a mis à élaborer un système l'enrichissant, la condition animale aurait fait un grand bond en avant ! Et on s'étonne que certains ne votent plus !
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