Lettre des animaux aux humains déconfinés : le cerf

Publié le par Jean-Louis Schmitt

Un port altier, des bois imposants, une voix puissante, le cerf est cet animal majestueux que de plus en plus de citadins veulent entendre bramer. Quand il ne tombe pas sur des admirateurs un peu voyeurs, il risque de croiser chasseurs et veneurs à cheval qui le pourchassent jusqu'à épuisement. Et si on lui lâchait enfin les sabots ?

Cerfs au brame… Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)Cerfs au brame… Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)

Cerfs au brame… Photos : JLS (Cliquez pour agrandir)

Bande de voyeurs! Chaque année, à la même époque, vous vous précipitez en forêt pour assister à mes ébats sexuels. Javoue que le spectacle est au rendez-vous mais un peu de pudeur serait bienvenue.

D’année en année vous êtes plus nombreux pendant cette période à vous agglutiner en forêt. Rassemblements de voitures, pique-niques, réunions entre amis… on se croirait au Puy-du-Fou. Pour ma part, après avoir vécu en solitaire de décembre au mois d’août, j’avoue vouloir renouer avec mon clan. Et quand je dis clan, je pense harem. Il me faut rassembler une dizaine de biches, et pourquoi pas une vingtaine. On dit qu’un de mes homologues en a réuni une soixantaine du côté de Chambord. L’opération n’est pas de tout repos puisque je dois à la fois conquérir les femelles et repousser les prétendants.

Dans un premier temps mon arme de séduction et de dissuasion, c’est le brame. J’arrive à émettre au moins neuf expressions différentes. Toutes signifient un langage. Ma présence, par exemple, la séduction aussi, ou encore en imposer ainsi que la victoire et bien d’autres émotions sonores ponctuent le concert. Tout cela est épuisant. Je n’éprouve plus le besoin ni la volonté de me nourrir. Alors qu’en période normale j’affiche aisément 100 à 250 kg sur la balance, tout en réalisant des courses atteignant les 76 km/heure, j’en viens à perdre 20 à 25 kilos en quelques jours. Car il me faut non seulement donner de la voix mais engager le combat.

En pareil cas, je commence par l’intimidation. En retournant la végétation avec violence, en courant tête haute, en paradant, en urinant, ou en me roulant dans la boue, j’espère dissuader les prétendants. S’ils persistent, alors je n’hésite plus. Par bonheur, nos combats ne sont pas fatals même si certains d’entre nous ont fini par succomber, les bois irrémédiablement enlacés. Vous l’avez compris, nous sommes tout à notre affaire, la sexualité l’emportant sur la prudence.

C’est précisément durant cette période d’insouciance, d’inconscience devrais-je dire, que vous ouvrez la chasse à courre et à tir. Quelle indécence! Non seulement il me parait inacceptable de donner la mort au moment où nous donnons la vie mais, il est évident que, aveuglés par notre sexualité, nous sommes incapables d’échapper à votre obsession meurtrière. De grâce, laissez-nous en paix durant la période des amours!

Allain Bougrain-Dubourg (22.09.2020)

Illustration : Coco/Charlie Hebdo

 

 

 

 

 

 

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Z
les laisser tranquilles tout le temps! Ceux qui tirent dessus ou les pourchassent à cheval sont de grands pervers que je hais!
J'adore le dessin de Coco !
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D
De prime abord amusée par le dessin et cela d'autant plus qu'il met les chasseurs en cause, je me suis dit: " Attention, Charlie par cette caricature tu risques de t'attirer de sévères représailles du syndicat des cerfs ...et ils sont bien armés....! "
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C
En effet, ce serait superbe de les laisser tranquille pendant cette période... et le reste du temps! ;) Bises et belle fin de semaine à vous deux!
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B
Je partage !!
Bon WE Jean-Louis
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D
Pas besoin de les déranger ; au Grand Valtin, allongé tranquillou sur le balcon une partie de la nuit, on les entend fort bien, certains même sont tout près ! Et quel bonheur de constater que la nature sauvage est encore présente près de nous !
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J
Il y a une trentaine d’années, vivant à Orléans, je me suis livré plusieurs à l’écoute du brame en forêt, à cette époque. L’approche est amusante, bien sûr de nuit, en tenant compte du vent pour approcher assez près de la clairière sans déranger et sans être dérangé non plus. Quel concert ! Intéressant en famille mais sans foule. A l’époque c’était le cas.
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D
on peut en conclure que l'amour fait maigrir, allez, tous sous la couette !
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