Le miel parisien contaminé par le plomb de l'incendie de Notre-Dame

Publié le par Jean-Louis Schmitt

L'impressionnant incendie de la célèbre cathédrale Notre-Dame de Paris, en avril 2019, a dispersé d'importantes quantités de plomb dans l'environnement proche, au point que des niveaux élevés de plomb ont été retrouvés dans des échantillons de miel provenant de ruches sous le vent de l'incendie…

La cathédrale Notre-Dame de Paris en flammes, le 15 avril 2019. Photo : Laure Boyer/Hans Lucas

Le 15 avril 2019, la flèche et une grande partie de la toiture de la magnifique cathédrale de Notre-Dame de Paris, partaient en fumée dans un incendie impressionnant dont l'origine n'est toujours pas clairement établie, la piste retenue à ce jour étant une série de négligences.

Outre la perte inestimable d'un témoin de l'histoire de France, la chaleur du brasier (au moins 1000 °C) a entraîné la fonte de plus de 300 tonnes de plomb présents dans la flèche et la toiture (le point de fusion du plomb n'est que de 327 °C) qui ont coulé et/ou se sont vaporisés et donc dispersés dans l'air. La vaporisation du plomb est d'ailleurs très visible dans la couleur jaune du panache de fumée lors de l'incendie. C'est ce qu'a confirmé l'Agence régionale de Santé (ARS) d'Ile-de-France le 9 mai 2019, suite aux mesures effectuées par le Laboratoire central de Préfecture de Police de Paris (LCPP) pour évaluer les concentrations en plomb dans l'air et dans les poussières déposées : "les résidus de plomb peuvent être présents dans l'environnement, soit sous forme de particules en suspension dans l'air, soit sous forme de poussières résiduelles en intérieur ou sur les sols extérieurs."

Si des dépôts résiduels de plomb ont été découverts aux alentours de la cathédrale, une recherche publiée dans Environmental Science & Technology Letters, révèle que les ruches parisiennes contenaient du plomb trois mois après l'incendie.

Dans les 36 échantillons de miel prélevés en juillet 2019, les scientifiques du Pacific Center for Isotopic and Geochemical Research (PCIGR) de l'University of British Columbia ont retrouvés des concentrations moyennes de plomb jusqu'à 4 fois supérieures à celles des échantillons prélevés dans les banlieues ou la campagne entourant la ville, et jusqu'à 3,5 fois plus qu'avant l'incendie.

"En raison de la façon dont le vent soufflait la nuit où le feu a brûlé, la direction dans laquelle le panache de fumée a voyagé est bien définie. Les concentrations élevées de plomb ont été mesurées dans le miel qui a été collecté dans les ruches situées sous ce panache", a déclaré Kate Smith, auteur principal de l'étude et doctorant au PCIGR.

La plus forte concentration de plomb (0,08 µg/g), a été décelée dans un échantillon d'une ruche située à moins de cinq kilomètres à l'ouest de la cathédrale. C'est presque 10 fois plus que la moyenne calculée avant l'incendie (0,009 µg/g) et jusqu'à 40 fois plus que le plomb retrouvé dans le miel de ruches situées en région Rhône-Alpes.

Cependant, même si ces teneurs en plomb semblent relativement élevées, elles restent très faibles. "En fait, ce n'est pas plus élevé que ce que nous voyons dans le miel du centre-ville de Vancouver. Dans une ville aussi jeune que Vancouver, nous sommes en mesure de retracer les sources du métal en utilisant des signatures isotopiques distinctes. À Paris, cependant, la longue histoire de l'utilisation du plomb dans toute la ville a rendu les interprétations plus difficiles", précise le co-auteur Dominique Weis, directeur du PCIGR.

Outre la pollution du miel parisien, cette étude met une nouvelle fois en évidence le rôle des abeilles comme indicateurs de la qualité de notre environnement : "Nous avons pu montrer que le miel est également un traceur utile de la pollution de l'environnement lors d'un épisode de pollution aiguë comme l'incendie de Notre-Dame. Ce n'est pas une surprise, car une augmentation des quantités de plomb dans la poussière ou la couche arable a été observée dans les quartiers", a déclaré Dominique Weis.

Comme les abeilles mellifères se nourrissent dans un rayon de 2 à 3 kilomètres autour de leur ruche, le miel devient un bon traceur de la qualité de l'environnement. Au fur et à mesure que les abeilles butinent, elles collectent la poussière et les particules en suspension dans l'air, qui pénètrent ensuite dans le miel qu'elles fabriquent. Cette étude a été réalisée en partenariat avec la société parisienne de ruches Beeopic, qui gère environ 350 ruches dans toute la ville.

Ophélie Bontemps / notre-planete.info (30.07.2020)

Ruches installées sur la cathédrale de Notre Dame. D’après l’apiculteur Nicolas Géant et les responsables du site, les 200 000 abeilles ont survécu à l’incendie… Photo : Internet

 

 

 

 

 

 

 

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Béa kimcat 06/08/2020 17:05

Du miel plombé ?? Zut de zut !!

osswald pierre 06/08/2020 13:32

Je trouve que c'est lourdingue de faire des blagues sur le plomb de N-D. Alors que les braises sont à peine refroidies, que les volutes de fumée s'élèvent encore, que l'on distingue encore les voix cristallines des petits chanteurs dans les travées et que les mécréants se disputent sur le devenir du tas de vieilles pierres. Mais si je comprend bien les abeilles ne sont pas handicapées par le poids du plomb mélangé au pollen, c'est une bonne nouvelle. Et puis les parisiens un peu chochotte pourront toujours se procurer du miel de campagne avec des traces de néonicotinoïdes, c'est beaucoup plus sain.

Michèle 06/08/2020 12:34

Ouf, me voici rassurée avec cette phrase qui vaut son pesant de... plomb : "Cependant, même si ces teneurs en plomb semblent relativement élevées, elles restent très faibles." !!! Formidable !

Zoé 06/08/2020 10:41

C'est sûr que tout doit être plombé dans un rayon assez vaste!

Jean-Louis 06/08/2020 05:27

Pas de doute : il n'y a pas que miel des abeilles parisiennes qui doit être plombé...

DOMI 06/08/2020 05:07

UN AVENIR ;;; PLOMBE...